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Thérèse de Massenet

vendredi 19 novembre 2010 par Richard Letawe
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Albane Carrère (Thérèse) ; Sébastien Romignon (Armand)
DR

Pour la deuxième saison, le Palais des Beaux-Arts de Charleroi ses spectacles lyriques sous le label Charleroi Pôle Lyrique, où on trouve traditionnellement les spectacles venus de l’Opéra Royal de Wallonie (cette année La Bohème (le 04 décembre prochain), Carmen et Otello, des opérettes et comédies musicales, et même une production propre, d’une véritable rareté qui plus est, Thérèse de Massenet.

Durant un peu plus d’une heure, composé pour trois personnages principaux et un chœur, Thérèse est un opéra de chambre que Massenet écrit pour Monte-Carlo en 1907. L’intrigue est simple : fin 1792, Armand de Clerval, jeune marquis émigré est de retour incognito à son château de Clagny, qui a été acheté par son ami d’enfance André Thorel, devenu représentant girondin. André a également épousé Thérèse, le premier amour d’Armand.

Assise dans le parc de château, Thérèse soupire au souvenir de ce premier amour lorsque apparaît Armand, qui ne l’a pas oubliée, et qui est de passage avant de rejoindre la Vendée où il veut prendre part aux combats. Thérèse lui demande d’oublier leur amour passé, mais André s’approche, reconnaît son ami, et offre l’hospitalité à l’émigré.

Quelques mois plus tard, Armand est toujours caché au château, et les Girondins sont en train de perdre le pouvoir. André, qui a obtenu un sauf-conduit qui permettra à Armand de fuir est appelé à Paris où son parti est menacé. Armand fait ses adieux à Thérèse, et tente de la convaincre de l’accompagner. Lorsqu’elle cède, le portier apparaît, annonçant qu’André a été arrêté par les Montagnards. Thérèse promet à son amant de le rejoindre plus tard, et court à Paris. Voyant son mari sur la charrette des condamnés, elle crie « Vive le Roy », et est saisie par la foule en colère.

Le livret n’est pas tout à fait crédible du point de vue historique [1], et très lapidaire, effleurant seulement des thèmes puissants comme les conflits entre le patriotisme, la fidélité à l’amitié et l’amour, et restant très à la surface des personnages, Thérèse seule ayant un caractère un peu plus fouillé [2], mais est néanmoins efficace et plutôt poignant, et permet à Massenet de composer une musique digne de son talent, à l’orchestration très soignée.

La production carolorégienne est réalisée à l’économie, avec des décors dépouillés et des costumes très simples, mais sans avoir l’air pauvre, et est portée par une direction d’acteurs crédible : il n’y a pour ainsi dire pas d’action dans cette pièce, mais le spectacle n’est jamais ennuyeux, même si on aurait pu faire un petit effort pour varier les costumes, qui restent identiques entre les deux actes. Quelques cocardes tricolores pour les sans-culottes auraient aussi apporté une touche de réalisme.

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Albane Carrère (Thérèse) ; Denis Boudard (André) ; Sébastien Romignon (Armand)
DR

Les jeunes chanteurs qui composent la distribution font bonne figure. Sébastien Romignon est un ténor prometteur, au timbre agréable et à la ligne de chant harmonieuse, qui doit encore travailler son endurance et la tenue de ses aigus, qui manquent souvent de soutien, mais qui fait déjà preuve de belles qualités lyriques dans le rôle d’Armand. Le baryton Denis Boudard est un André très solide, à la voix ferme et bien timbrée, et au chant juste et bien nuancé.

Enfin, Albane Carrère défend le rôle de Thérèse avec un beau tempérament de tragédienne, offrant une excellente diction, un timbre velouté et un chant juste et solide, aux aigus purs, émis sans efforts. La tessiture du rôle est large, et elle n’a pas encore tous les graves du rôle, mais sa prestation est plus que probante, car son investissement est à la hauteur des exigences de la partition.

Dirigeant un orchestre anonyme mais bien sonnant et assez précis, David Miller est un chef efficace et compétent, qui sert consciencieusement l’élégance et l’éclat de la musique de Massenet.

Reste à évoquer la principale pierre d’achoppement de cette production : la sonorisation. Elle n’est pas annoncée, fausse l’appréciation des voix, qui semblent pourtant capables d’atteindre le parterre sans cet artifice, et est très peu discrète : réalisée avec des micros au sol, elle fait excessivement entendre les crissements des semelles sur le plancher. De quoi gâcher un peu le plaisir procuré par cette production très honorable et courageuse, portée par une très bonne distribution, d’une belle rareté du répertoire français.

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- Charleroi
- Palais des Beaux-Arts
- 14 novembre 2010
- Jules Massenet (1842-1912), Thérèse. Opéra de chambre en deux actes, livret de Jules Claretie
- Mise en scène, Daniel Donies ; scénographie et costumes, Satu Peltioniemi ; lumières, Xavier Lauwers
- Albane Carrère, Thérèse ; Denis Boudard, André Thoral ; Sébastien Romignon, Armand de Clerval ; Morel, Philippe Sarrouy
- Orchestre
- David Miller, direction

[1la Vendée est restée calme jusqu’au printemps 1793. Armand n’a donc aucune raison de vouloir aller y combattre en automne 1792. Il n’est d’ailleurs pas très constant dans ses actions, puisqu’il reste plusieurs mois à l’abri chez son ami.

[2Le personnage d’Armand, et ses rapports avec André, un ami certes, mais néanmoins l’homme qui occupe désormais les lieux de son enfance et a épousé celle qu’il aime, auraient mérité d’être plus poussés. Le sujet mérite en fait de servir de cadre à une oeuvre de taille normale plutôt qu’à un petit opéra de chambre.






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