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The Rake’s progress : reprise aux néons

vendredi 19 octobre 2012 par Gilles Charlassier
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Gidon Saks, Nick Shadow ; Charles Castronovo, Tom Rakewell
© Opéra national de Paris/ J.M. Lisse

Présenté d’abord en français en 1953 à la salle Favart, The Rake’s progress a été intronisé sous les ors de Garnier en 2008 dans une mise en scène d’Olivier Py, qui faisait alors ses premiers pas à l’Opéra de Paris. Quatre ans plus tard, on retrouve l’essentiel de l’oeuvre comme du style de l’artiste français dans cette production imaginative et efficace.

Entre stupre et rédemption, la fable inspirée par les peintures de William Hogarth ne pouvait en effet manquer d’inspirer le dramaturge français. Ecrin noir, roues de néons, torses féminins et masculins, Pierre-André Weitz déploie son vocabulaire scénographique usuel. Evoluant à vue, le dispositif se fait ainsi écho visuel de la paradoxale crédibilité d’un ouvrage où les noms résonnent en soi comme un programme. L’artifice du théâtre se donne d’emblée dans l’irruption de Nick Shadow, tout de noir vêtu et ganté, et qui tire les ficelles de l’intrigue tel un avatar de Méphistophélès. Les rideaux blancs s’évadant de la tribune de fenêtres dans le premier tableau distillent une poésie distanciée en harmonie avec l’esthétique de la partition, variation sur les formes et le refus du pathos auxquels on reconnaît le néo-classicisme de Stravinsky. Le menu des pratiques sexuelles dans le bordel n’émoustille que certaine philistinerie honteuse de paraître conservatrice. L’inventivité se renouvelle cependant au gré de l’inspiration musicale, et tout particulièrement dans un troisième acte virtuose – entre autres, la scène des enchères, véritable pantomime sonore, et remarquable exemple de confiance à l’égard de la musique.

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Gidon Saks, Nick Shadow ; Ekaterina Siurina, Anne Trulove ; Charles Castronovo, Tom Rakewell
© Opéra national de Paris/ J.M. Lisse

Renouvelée, la distribution répond à la mise en scène par une égale cohérence. Scott Wilde affirme un Trulove aussi solide que sensible, lézardé d’une fragilité paternelle. Sa fille, Anne, rayonne de lyrisme grâce au soprano charnu et lumineux d’Ekaterina Siurina. L’instrument s’est enrichi, favorisant un approfondissement de la caractérisation dramatique. Charles Castronovo affiche une vigueur incontestable en Tom Rakewell, privilégiant l’expressivité à une froide précision. Sombre, parfois à l’excès, Gidon Saks réserve à Nick Shadow un legato circonscrit mais n’altère jamais la fludité de la ligne. Ursula Hesse von den Steinen fait son effet en Mother Goose, tout comme Jane Henschel en Baba The Turk, à qui l’on pardonne les stigmates de l’âge. Sellem bien en style à défaut de l’être sans reproche quant à la voix, Kim Begley sait faire converger l’attention sur le commissaire-priseur. Trois pensionnaires de l’Atelier Lyrique complètent le plateau : Ugo Rabec en tenancier d’asile et Virginia Leva ainsi que Chae Wook Lim émergeant de la foule, où l’on entend le travail d’Alessandro di Stefano à la tête d’un choeur en bonne forme.

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Charles Castronovo, Tom Rakewell ; Jane Henschel, Baba the Turck
© Opéra national de Paris/ J.M. Lisse

Plutôt que d’accentuer le dynamisme tout en rupture et en contrastes de l’opéra de Stravinsky, Jeffrey Tate suit l’attitude herméneutique du compositeur, que l’on oublie souvent, croyant à tort sa baguette archétypale de son écriture musicale. Tout en rondeur, sa battue étoffe sans doute un certain lyrisme, au lieu de souligner les arêtes formelles – trahison esthétique peut-être seulement apparente, quand bien même elle fait un peu trop poudroyer la lumière de la partition. La clarté expressive dispose de ressources que l’on ne soupçonne pas assez.

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- Paris
- Palais Garnier
- 16 octobre 2012
- Igor Stravinski (1882-1971), The Rake’s progress, Opéra en trois actes. Livret de Wystan Hugh Auden et Chester Kallman.
- Mise en scène, Olivier Py ; Décors et costumes, Pierre André Weitz ; Lumières, Bertrand Killy.
- Scott Wilde, Trulove ; Ekaterina Siurina, Anne Trulove ; Charles Castronovo, Tom Rakewell ; Gidon Saks, Nick Shadow ; Ursula Hess von den Steinen, Mother Goose ; Jane Henschel, Baba the Turk ; Kim Begley, Sellem ; Ugo Rabec, Keeper of the madhouse ; Virginia Leva/Chae Wook Lim, Voices from the crowd.
- Choeur de l’Opéra national de Paris ; Alessandro di Stefano, direction des choeurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Jeffrey Tate, direction.






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