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The Fairy couine

jeudi 17 février 2011 par Philippe Houbert
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New London Consort
© New London Consort

La Cité de la musique avait déjà accueilli Philip Pickett et son New London Consort ces dernières années pour des versions de concert plutôt réussies de The Indian Queen et Don Quixote de Purcell. C’est donc avec grand plaisir que nous attendions cette Fairy Queen, cette fois mise en scène par le mexicain Mauricio Garcia Lozano.

Les metteurs en scène de théâtre et d’opéra ont diverses façons de communiquer avec le public. Il en est qui ne livrent rien de leurs intentions. Le spectateur est donc obligé de faire appel à son imaginaire, à son référentiel, à sa culture. Certains livrent quelques clés, jetant quelques cailloux à partir desquels il est permis d’essayer de trouver son chemin. Enfin, il s’en trouve qui vous disent tout dans le programme du spectacle, au point que vous pourriez presque vous contenter de lire ces abondants commentaires et de fermer les yeux. C’est dans cette dernière catégorie que se range le metteur en scène de cette Fairy Queen.

Le genre du « semi opera », indissociable de la période de la Restauration anglaise (de 1660 à la fin du XVIIème siècle), pose toujours de gros problèmes de reconstitution aujourd’hui. Un peu comme la musique des Lully et Charpentier pour les pièces de Molière. Ne jouer que la musique, sans la moindre référence à la pièce à laquelle la musique est associée, et on court le risque que cette dernière n’apparaisse que décorative. Tout donner aboutit à donner des spectacles très longs et requérant des moyens que peu de théâtres peuvent se permettre. Dans le cas de The Fairy Queen, il s’agissait à l’origine d’une adaptation du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare. Philip Pickett rappelle dans le programme que, compte tenu du caractère très indépendant, de l’importance et de la qualité des « masques », ces parties chantées et dansées ont vite acquis une vie propre, sans besoin d’y juxtaposer la pièce. Pickett et Garcia Lozano voulurent aller plus loin en détachant la musique de Purcell de toute référence shakespearienne. Tous les mots du livret citant les fées, Obéron, Titania ou évoquant symboliquement le mariage royal ont été supprimés, ainsi que tous les personnages et archétypes trop « datés ». En lieu et place, Garcia Lozano nous proposait un « masque » arcadien supposé mieux parler aux pauvres incultes que nous sommes devenus. Et c’est bien là que le bât blesse dans ce spectacle. Dieu sait si nous sommes plus qu’ouverts aux adaptations de toutes sortes, aux réaménagements des intentions des auteurs, mais à la condition qu’on continue à nous considérer comme des auditeurs-spectateurs adultes, cultivés, capables de tisser notre propre lien entre œuvre originale et transposition. Le metteur en scène ne l’entend pas de cette oreille. Il réécrit pour les incultes que nous sommes un scénario que nous somme supposés mieux gober. Mieux, on nous décrit en trois pages détaillées chaque personnage recréé : la femme d’affaires (qui fera aussi Junon, la Nuit, la Plainte), la femme fatale – je cite : « séductrice de haut vol, maitresse très entretenue, elle guette l’homme fortuné et sait montrer une grande reconnaissance pour les cadeaux qu’elle reçoit. Sarcastique, avisée, mondaine mais solitaire, elle peine à se joindre aux autres. Elle fait profil bas depuis la parution dans la presse de révélations particulièrement scabreuses à son sujet. » N’en jetez plus, la cour est pleine ! Et ainsi de l’épicière, d’un comédien, d’un professeur, d’un rêveur, d’un prêtre, etc, etc .. Chacun a son petit « background » et, de tout cela, on nous sort un nouvel argument selon lequel « un groupe de voyageurs se rassemble dans l’espoir d’une vie différente. Ils ont décidé de quitter la ville pour gagner l’Arcadie. » Bien, avouons que nous avons souri à l’arrivée de chacun d’entre eux avec sa valise, cet objet constituant le seul élément décoratif du spectacle entier. Les airs tombent comme un cheveu sur la soupe et seuls les prestations du Circus Space (acrobates et jongleurs) parviennent à maintenir un semblant de continuité théaâtrale. Circus Space, dont nous découvrons qu’une de leurs grandes spécialités outre-Manche est d’organiser des sessions de « team building », vaste tarte à la crème-foutaise de tout programme de formation dans les grandes entreprises. Et, si nous citons cela, c’est que l’Arcadie que nous présentent Philip Pickett et Mauricio Garcia Lozano n’est rien de moins qu’un territoire-espace où chacun « aura trouvé l’opportunité de se révéler à lui-même [1] ; tous ont fait naître en eux la magie. Heureux et apaisés, ils plient bagage en songeant à leur prochain voyage … ». Ainsi, la Nouvelle Arcadie des temps post-modernes, c’est un monde où chacun d’entre nous subirait une séance de « team building » et accoucherait du meilleur de lui-même. Rideau ! Tout cela est d’une bêtise et d’une vulgarité sans nom.

De ce fatras prétentieux et qui ne tient pas plus de dix minutes sur le plan théâtral, Philip Pickett, son New London Consort et les chanteurs essaient de tirer quelques pépites. Joanne Lunn l’emporte haut la main par sa technique hors pair et son timbre lumineux. Michael George est aussi impressionnant mais il disparait malheureusement d’une grande partie de ce nouveau scénario. Ed Lyon a un joli timbre mais la technique baroque laisse à désirer. Les autres interprètes sont plus que corrects, à l’exception notoire de Christophe Robson, très insuffisant dans le sublime air du Secret. Pickett anime son Consort, souvent en décalage avec ce qui se passe sur scène, mais on peut légitimement lui demander ce qu’il est venu faire dans cette galère.

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- Paris
– Cité de la Musique
- 15 février 2011
- Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen, semi-opéra sur un livret anonyme d’après « Le Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, revu et corrigé par Mauricio Garcia Lozano
- Mauricio Garcia Lozano, mise en scène ; Isobel Dunhill, décor et costumes ; Ace McCarron, lumières ; Karla Shacklock, chorégraphie
- Joanne Lunn, soprano (la femme d’affaires, la Nuit, Junon, la Plainte)
- Ed Lyon, ténor (le rêveur, l’Automne, le Chinois)
- Michael George, baryton-basse (le prêtre, le Poète, le Sommeil, l’Hiver, le Mariage)
- Dana Marbach, soprano (la femme fatale, une Fée, le Mystère, le Printemps, une Nymphe)
- Faye Newton, soprano (l’épicière, une Fée, Mopsa)
- Christopher Robson, contre-ténor (le comédien, le Secret)
- Tim Travers-Brown, contre-ténor (le prof, l’Eté)
- Joseph Cornwell, ténor (le motard)
- Simon Grant, baryton-basse (l’employé de bureau, Phébus, Corydon)
- Artistes du Circus Space : Kaveh Rahnama, Lauren Hendry, Tink Bruce, Boldo Janchivdorj, acrobates ; José Triguero Delgado, jongleur
- New London Consort
- Philip Pickett, direction

[1raison pour laquelle on leur fait jouer les Saisons et certains personnages exotiques, jeux de rôles, phase obligée de tout programme de formation digne de ce nom !






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