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The Cleveland Orchestra à Paris (1) : une plutôt bonne surprise

mercredi 16 novembre 2011 par Philippe Houbert
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Franz Welser-Möst
© Roger Mastroianni

La venue du Cleveland Orchestra à Paris, après quelques années d’absence, suscitait quelques a priori mélangés. Autant la possibilité de réentendre l’orchestre de George Szell, cette phalange qui demeure dans le big five américain, pouvait donner de beaux espoirs, autant le retour de Franz Welser-Möst, dont aucune production symphonique ne nous avait marqué à ce jour (il en va tout autrement à l’opéra) pouvait laisser dubitatif. Et pourtant, l’originalité de ce premier programme, permettant de mettre en valeur les qualités d’un orchestre sans tomber dans les traditionnelles ouvertures brillantes ou pièces de pseudo-musique contemporaine, avait de quoi exciter les mélomanes.

Ainsi, cette première soirée débutait avec le très peu joué Agon, œuvre commandée à Stravinsky par Lincoln Kirstein pour le New York City Ballet, mais créée en version de concert par Robert Craft à Los Angeles en juin 1957. Cette musique de ballet est écrite pour grand orchestre mais Stravinski s’évertue à ne donner aucun tutti, les différentes entrées (référence au ballet baroque) étant destinées à des formations à géométrie variable. : trompettes sur cordes, percussion et mandoline dans le premier pas de quatre, plus loin, précipité de cordes avec interventions du hautbois et du basson, etc. L’utilisation par le compositeur de la mandoline fait évidemment référence aux Pièces opus 10 de Webern, dont Stravinski était très entiché dans les années 50. Plus qu’à Webern, c’est à Schönberg et Berg que la direction très chorégraphique de Franz Welser-Möst fit penser. On peut regretter un léger manque de transparence dans certains passages, notamment dans le Prélude et les deux Interludes, ou le pas de deux de la dernière partie, mais l’ensemble avait une très belle tenue, une formidable élégance à la Balanchine. L’ensemble des pupitres brillait dans chacune de leurs interventions, notamment les cordes dans le redoutable pas de quatre de la première entrée ou dans la fin du ballet.

Ce beau début était confirmé par une surprenante et très remarquable exécution des Métamorphoses de Richard Strauss. Cette œuvre crépusculaire semble en passe de devenir la pièce de Strauss que tous les chefs et orchestres veulent donner, plus que Don Juan, Till ou Heldenleben. Nous devons en être à quatre versions différentes ces dernières années à Paris et Kurt Masur et le National s’y attaqueront plus tard en ce mois de novembre. Franz Welser-Möst eut le bon goût de privilégier l’aspect formel de l’œuvre, une sorte d’arche à rapprocher des grands mouvements lents bruckneriens, plutôt que de vouloir conter quelque chose dans une lecture de poème symphonique que les Métamorphoses ne sont pas. Le chef d’opéra que Franz Welser-Möst est n’oublie ni l’obligation des différents pupitres de cordes à s’écouter les uns les autres, ni la parenté de l’œuvre avec le Sextuor de Capriccio, très proche chronologiquement. On est sans doute très loin des monuments granitiques que Furtwängler, Klemperer ou Karajan ont pu nous laisser, plus proche d’une Autriche surannée que des ruines de l’Opéra de Munich qui donnèrent à Strauss l’impulsion créatrice, mais cette vision très assumée tenait parfaitement debout, servie par des cordes qui n’ont peut être pas la virtuosité et le soyeux de celles du Philadelphia Orchestra entendu en septembre, mais qui restent d’un très bon niveau.

Après une première partie d’une qualité que nous n’attendions pas, Franz Welser-Möst s’attaquait à la Quatrième symphonie de Tchaïkovski. Cette symphonie sur-contextualisée a du mal à échapper au programme très détaillé que le compositeur en a fourni à Nadejda von Meck. Disons, sans entrer dans trop de détails, que la plus grande difficulté qui réside dans l’interprétation de cette œuvre est, pour le chef, de maintenir une tension tout du long, sans succomber à la tentation de faire hurler son orchestre, mais tout en respectant la construction de l’œuvre et, notamment, toutes les phases de transition, qui justement contribuent au maintien de la tension. Compte tenu de ce sommaire cahier des charges, on peut dire que Welser-Möst et l’orchestre de Cleveland ont rempli le contrat à demi. Dans le premier mouvement, si le chef conduit assez remarquablement les passages qui aboutissent à des tutti, l’ensemble du mouvement est mené de façon trop séquentielle, les transitions passant à la trappe. Orchestralement, ça ne sonne pas russe pour un sou et, grosse déception, la petite harmonie montre des signes de faiblesse dans le thème que Tchaïkovski qualifiait de « rêve plein de douceur et de tendresse ». Où sont les pelotes de chat dans ces affreuses clarinettes et flûtes ? Le deuxième mouvement, marqué Andantino, est plutôt pris comme un Adagio conduit très scolairement, avec une surprenante accélération lors de la reprise du thème aux cordes sur les guirlandes des vents. Là encore, c’est la montée du climax qui fut le passage le plus réussi. Mais, par ailleurs, quelle déception que ces fusées aux vents manquant totalement de naturel, de grâce ….. et de justesse !

Le scherzo fut plutôt réussi, bien en place, mais manquant néanmoins de cinglant. Le Finale racheta en partie ces réserves par une très belle mise en place des plans sonores, une très belle montée vers le thème du fatum et une coda des plus émouvantes.

Bref, une symphonie de Tchaïkovski fort peu russe mais, honnêtement, avons nous jamais entendu au concert une Symphonie n°4 non russe de qualité ? Peut être Claudio Abbado avec le LSO en fureur lors d’un mémorable concert au Théâtre des Champs-Elysées il y a une trentaine d’années.

Notre collègue Thomas Rigail complètera cette chronique du passage de l’orchestre de Cleveland à Paris avec le critique du second concert. En tout cas, une première partie intéressante à défaut d’être totalement accomplie, complétée en bis par un très beau prélude du troisième acte des Maitres Chanteurs de Nuremberg, qui nous rappela quel excellent chef lyrique Franz Welser-Möst peut être.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 25 octobre 2011
- Igor Stravinski, (1882-1971), Agon, ballet
- Richard Strauss (1864-1949), Métamorphoses, étude pour vingt-trois cordes solistes
- Piotr Ilitch TchaÏkovski (1840-1893), Symphonie n°4 en fa mineur opus 36
- The Cleveland Orchestra
- Franz Welser-Möst, direction






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