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Thaïs à l’Opéra d’Avignon

mardi 6 décembre 2011 par Emmanuel Andrieu
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Inva Mula, Thaïs ; Marc Barrard, Athanaël
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Après avoir été créée à Tours en octobre dernier, cette nouvelle production de la Thaïs de Massenet faisait escale en Avignon avec une distribution entièrement différente : Inva Mula dans le rôle-titre, Marc Barrard en Athanaël et Florian Laconi en Nicias.

L’extraordinaire roman d’Anatole France dont est tirée la Thaïs (1894) de Massenet est un réquisitoire sans équivoque contre l’hypocrisie, l’intolérance et le fanatisme, incarnés en la personne du moine Paphnuce (Athanaël dans l’opéra) qui, refusant une part de lui-même, reporte sa haine sur autrui. Le livret escamote tout l’aspect social et psychologique de cette critique - ce n’est pas la première fois qu’un opéra est réactionnaire par rapport à la littérature -, la conversion de Thaïs arrive sans grande vraisemblance et l’opéra devient drame édifiant, mais la musique fait, cela dit, tout pardonner. Car la partition de Massenet subjugue par son raffinement orchestral ainsi que par ses couleurs chatoyantes, et s’avère d’une rare efficacité, tout au moins jusqu’à la célèbre Méditation. Par la suite, Massenet semble moins intéressé par l’aspect théâtral de sa composition et, comme dans Werther ou Manon, le dernier tableau ne révèle plus de moments véritablement inspirés.

La mise en scène de Nadine Duffaut nous a déçu. Troquant l’Alexandrie du IVème siècle contre une mégalopole des années 1970, nous ne voyons pas très bien quel éclairage nouveau la transposition est censée apporter au drame érotico-religieux qu’est Thaïs. L’action débute dans une Thébaïde où évolue un Palémon transformé en prêtre-ouvrier, blouson en cuir sur sa robe de moine ; le tableau suivant nous emmène chez un Nicias, ray-ban sur le nez et bottes en croco rose aux pieds, entouré d’une faune très ambiguë, sexuellement parlant, qui danse du disco pendant les dix minutes que dure la musique de ballet… Le « clou » est atteint au dernier tableau où la communauté religieuse d’Albine nous est présentée au milieu d’une décharge à ciel ouvert. Thaïs termine ainsi son existence au milieu de sacs poubelle en plastique, de pneus usagés et autres machines à laver rouillées ! Autant dire qu’une telle lecture nous a paru par trop réductrice et le public avignonnais a d’ailleurs bruyamment manifesté son mécontentement devant tant de laideur et de misérabilisme, qui oblitèrent selon nous complètement l’univers poétique de la partition.

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Inva Mula, Thaïs ; Marc Barrard, Athanaël ; Florian Laconi, Nicias
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Après avoir abordé le rôle au Festival de Las Palmas en avril 2008, la superbe Inva Mula incarnait à Avignon la pécheresse repentie. Elle en a incontestablement le physique mais aussi la voix, avec une ligne de chant expressive, nous gratifiant de sons filés exquis et d’aigus lumineux. Excès de prudence ? Elle élude les contre-ré de son grand air, « Dis-moi que je suis belle », en se contentant de simples contre-ut. Bagatelle toutefois, tant la sensibilité de l’artiste est indéniable, comme en témoigne la bouleversante scène finale.
Le personnage d’Athanaël trouve en Marc Barrard un comédien inspiré et un chanteur tout aussi convaincant. Son incarnation tant physique que vocale de ce moine arrogant, enragé et engoncé dans le carcan de ses certitudes inscrit assurément le baryton nîmois parmi les meilleurs titulaires actuels de ce rôle. La beauté du timbre, la clarté de la diction, le contrôle de la ligne et l’intense émotion qu’il suscite parmi l’auditoire, lorsqu‘il déclare sa flamme à Thaïs alors que celle-ci expire dans ses bras, lui valent une chaleureuse ovation aux saluts.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Protégé de Raymond Duffaut - le ténor messin se produit une à deux fois par an sur la scène de l’Opéra-Théâtre d’Avignon depuis plusieurs saisons maintenant - Florian Laconi endossait les habits de Nicias. Exemplaire de diction, projetant sa voix avec autant de vaillance que d‘assurance, Laconi est de plus un excellent acteur, qui évolue avec aisance sur scène.
Les seconds rôles sont tous tenus avec excellence. Ainsi de la Crobyle d’Anaïs Mahikian et de la Myrtale de Julie Robard-Gendre, voix belles et fraîches. Paul Gay est un Palémon de luxe tandis que Mélanie Boisvert, en charmeuse de serpents, éblouit par ses vocalises aériennes.

Jean-Yves Ossonce dirige avec sensibilité et délicatesse une partition qu’il aime de toute évidence et dont il restitue avec lyrisme l’émotion et la poésie. Sa présence et sa souplesse dans l’accompagnement des chanteurs sont par ailleurs exemplaires. Accordons également une mention méritée à la violoniste supersoliste de l’orchestre, Cordelia Palm, dont l’exécution de la fameuse Méditation, pleine de sensibilité, a beaucoup touché. Enfin, les chœurs « maison », fort bien préparés par Aurore Marchand, ont pleinement contribué au succès musical de la soirée.

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- Avignon
- Opéra-Théâtre
- 29 novembre 2011
- Jules Massenet (1842-1912), Thaïs, Opéra en 3 actes
- Mise en scène, Nadine Duffaut ; Décors, Emmanuelle Favre ; Costumes, Danièle Barraud ; Lumières, Philippe Grosperrin ; Chorégraphie, Eric Belaud
- Thaïs, Inva Mula ; Athanaël, Marc Barrard ; Nicias, Florian Laconi ; Palémon, Paul Gay ; Crobyle, Anaïs Marikina ; Myrtale, Julie Robard-Gendre ; Albine, Anne Salvan ; La charmeuse de serpents, Mélanie Boisvert ; Le serviteur, Antoine Albello
- Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse
- Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse
- Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence
- Jean-Yves Ossonce, direction






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