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Luxembourg

Tabea Zimmerman et le Chamber Orchestra of Europe

Philharmonie
vendredi 16 novembre 2007 par Richard Letawe

L’altiste Tabea Zimmerman sera cette saison artiste en résidence à la Philharmonie de Luxembourg. Elle y sera présente en janvier pour des concerts en solo pour les enfants, reviendra en février en tant que membre du Quatuor Arcanto, puis en avril pour le concerto d’Alfred Schnittke avec l’Orchestre du Capitole.

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Elle débutait cette résidence ce soir avec le Chamber Orchestra of Europe, dans un programme assez inhabituel. Il commence par le Concerto pour clarinette de Mozart, transcrit pour l’alto par Christopher Hogwood. Le répertoire concertant pour alto n’étant guère fourni, il est légitime d’essayer de l’étoffer quelque peu en réalisant quelques adaptations, et le choix du concerto pour clarinette de Mozart est judicieux, car les deux instruments des timbres et des registres expressifs assez proches. Mozart aimait l’alto, il en tenait généralement la partie lors des soirées de musique de chambre auquel il participait à Vienne, et a d’ailleurs marié l’instrument avec la clarinette, qu’il aimait également beaucoup, dans le magnifique trio Kegelstadt KV 498. Rappelons également que Mozart lui-même, pour compléter une commande qui l’ennuyait, n’hésita pas à prendre son concerto pour hautbois, qu’il transcrivit, et en fit sans vergogne son deuxième concerto pour flûte.
Enfin, il ne faut pas oublier que Mozart composa son concerto pour une clarinette de basset, et que l’immense majorité des exécutions de ce concerto est faite avec des clarinettes modernes, qui ne peuvent descendre aussi bas dans le grave. C’est donc déjà une transposition qu’on entend la plupart du temps quand on écoute ce concerto plutôt que l’original, qui a d’ailleurs été perdu.

Ayant accepté le principe de la transcription, on peut dès lors apprécier ce concerto pour alto à sa juste valeur, car le travail de Christopher Hogwood est consciencieux et de qualité. Le résultat est à la fois fidèle, car il respecte la ligne générale et les principaux accents de la partie soliste, et libre, car il ne cherche pas imiter servilement le jeu de la clarinette, et donne à la partie d’alto des traits purement violonistiques quand c’est nécessaire. Il est bien entendu impossible à l’auditeur d’effacer de sa mémoire la version pour clarinette, comme si on vidait son disque dur, et l’oreille fait donc toujours automatiquement la comparaison entre les versions, cherchant dans l’alto le jeu de la clarinette. Néanmoins, si la transcription est moins attrayante que « l’original », l’audition en est plaisante, et le manque des couleurs et des sonorités de l’instrument à anches ne se fait pas trop sentir. Ce concerto pour alto ne sera jamais un tube, mais on ne peut qu’encourager les altistes à le mettre à leur répertoire, auquel il constitue un ajout précieux.

Tabea Zimmerman en donne une interprétation très convaincante, grâce à sa chaude et riche sonorité, et à un jeu décanté et sans fioritures, au vibrato léger. On apprécie sa rayonnante virtuosité, au service d’une expressivité sans affectation dans les deux allegros, juste entachée de quelques dérapages de l’archet, peu importants, dans le finale. Sa simplicité expressive est particulièrement opportune dans l’Adagio, qu’elle ne surjoue pas, alors que l’écriture violonistique semble l’inviter à allonger les notes et à épaissir l’articulation, au risque de tomber dans un pathos de mauvais goût. Très équilibré, l’accompagnement du COE, dirigé du violon par Lorenza Borrani, est chaleureux, attentif et coloré.
Evincée dans le concerto, la clarinette fait un retour en force dans l’Octuor de Paul Hindemith, qui lui réserve une place très importante. Dernière œuvre de musique de chambre de son auteur, l’octuor fut créé en 1958 à Berlin. Il fait concerter un groupe de cordes (un violon, deux altos, un violoncelle et une contrebasse), avec une clarinette, un cor et un basson. L’œuvre est en cinq mouvements, et est d’une grande rigueur structurelle et d’aspect fortement contrapuntique. Le compositeur use de la fugue, du canon, des variations et de la passacaille avec une science consommée, mais sans que ce formalisme soit sec ou pédant, car la beauté sérieuse des thèmes et de leurs développements, la variété des sonorités, et la riche palette de couleurs –à dominante sombre- des combinaisons instrumentales rendent l’œuvre au final très séduisante. Le public de la Philharmonie semble d’ailleurs captivé par la superbe exécution qu’en donnent les chefs de pupitre du COE, renforcés par Tabea Zimmerman au poste de premier alto. La technique instrumentale de tous ces virtuoses est superlative, avec une mention pour un clarinettiste aux solos très inspirés, et la sonorité de l’ensemble est ronde, pleine, et homogène.

Après la pause, on retrouve le COE au complet, dans lequel Tabea Zimmerman a pris le poste de chef d’attaque des altos, dans un exercice difficile, l’exécution sans chef d’une symphonie du répertoire. C’est un exercice dans lequel s’est spécialisé l’Orpheus Chamber Orchestra de New York, et que pratiquent de temps à autres certaines formations sur instruments anciens, généralement dans des symphonies de Haydn ou de Mozart. Ici, c’est la première symphonie de Beethoven qui est jouée de cette façon, et ce n’est pas un mince exploit, car l’orchestre est important, et mis à part quelques très légers décalages, l’exécution est d’une précision tout à fait excellente. Le COE donne de cette symphonie une version véloce et énergique, aux équilibres instrumentaux très fins, portée par un enthousiasme collectif très audible. Manque cependant un peu de prise de risque, car les quatre mouvements s’enchaînent sans vraiment marquer l’auditeur, comme de beaux moments qu’on oublie vite. Le COE, qui enregistra sa célébrissime intégrale Beethoven sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, ne retrouve pas tout à fait ce soir, sans chef, la personnalité et l’inspiration qu’il avait manifestées à l’époque.
Le concert reste cependant d’un excellent niveau, et avec lui, la résidence de Tabea Zimmerman débute sous les meilleurs auspices.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 13 octobre 2007
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Concerto pour clarinette en La majeur KV 622, Transcription pour l’alto par Christopher Hogwood
- Paul Hindemith (1895-1963), Octuor
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Symphonie n°1 en Ut majeur Op.21
- Tabea Zimmerman, alto
- Chamber Orchestra of Europe






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