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Symphonie concertante à Monte-Carlo

mercredi 21 octobre 2009 par Cyril Brun
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Ralf Weikert
DR

Alors que l’Orchestre Philharmonique de Nice l’avait déjà jouée ce matin, ce fut au tour de celui de Monte-Carlo l’après-midi de donner Leonore III.

Bien que la qualité de cette version monégasque fût incontestablement meilleure que celle donnée par le voisin niçois, la descente d’ouverture manqua d’ensemble, tandis que l’entrée de flûtes fut gâchée par un souffle d’air trop présent, ce qui fut peut-être à l’origine du dialogue trop sec qu’elle entretint avec le pupitre de violons. Posé des flûtes et entrée étaient trop approximatifs, tout comme les accents des trombones ; ceci renforça la lourdeur d’une interprétation donnant une impression de masse sonore informe sous une entrée de cors en appogiature, impression renforcée par un jeu de silence décousu et des contretemps de violons lourds, presque jetés. En revanche, au service d’une belle trompette, il faut souligner la belle et stable tenue de l’orchestre, dont elle sortait admirablement. Malgré un basson trop plaqué et légèrement en dehors et des instruments trop indépendants, l’orchestre servit de belles nuances, quelque peu perturbées par une courte instabilité entre les deux pupitres de violons. Mais l’indépendance fut un peu générale et les phrasés furent trop différents d’un instrument à l’autre, ce qui déboucha tout naturellement sur des contretemps peu ensemble et des accords du tutti en appogiature. Aux timbales trop en dehors (avec leur sonorité de caisse claire) répondit l’isolement du dialogue flûtes basses. Si les cors furent magnifiques, ils ouvrirent une surcharge sonore finale qui gâcha le reste de l’interprétation.

Mozart fut malheureusement plus mal mené. Pour être vrai, il fallait être attentif pour reconnaître la pâte classique de l’auteur. À la légèreté nécessaire au style classique fut substituée une lourdeur massive des croches des violoncelles et une entrée de l’harmonie en soufflet d’avion. Le tout fit perdre beaucoup de clarté au discours comme aux simples lignes instrumentales. Signalons toutefois le superbe et vif trait de violons précédant l’entrée des cors. L’appel des violoncelles fut trop discret, contrastant avec la rude prestation des deux solistes, jouant trop sur le talon. Leur jeu ne s’épousa jamais, chacun demeurant trop rigide sur sa partition. La violoniste avait tendance à pousser ses notes déséquilibrant ainsi une partie d’alto qui pour exister se fit rude et tranchée, au point de se trouver légèrement en avance dans ses accents sur l’orchestre. Si la violoniste fut plus fluide, elle fut plus sombre. Dans une telle dissymétrie de jeu, l’orchestre fut réduit à se plaquer lourdement entre les deux. Dans un tel contexte, impossible d’imaginer des syncopes autres que lourdes. À la place de la rigueur classique fut imposé un haché décomposé que les graves relâchées n’arrangèrent pas jusqu’à un final plutôt pompeux.

Le deuxième mouvement fut plus délicat encore, entre un violon qui n’achève pas ses fins de phrase et un alto aux graves relâchés. Il fut tout de même difficile de reconnaître Mozart, surtout sur l’exagération très romantique du legato. Les violoncelles d’ordinaire si fins se perdirent eux-mêmes en lourdeurs épatées. Le troisième mouvement manqua de rigueur et de ce rebondi classique et précis. Au fond ce manque d’ensemble répondait à un manque de direction claire et affirmée, à tel point qu’il semblait que le chef se calait a posteriori sur l’orchestre. Le bis, la Passacaille de Haendel, fut au diapason du reste, c’est-à-dire qu’il fut plus juxtaposé que réellement uni.

La Symphonie n°3 de Beethoven laisse un peu plus perplexe et surtout moins affirmatif. Autant, il semblait que l’orchestre était laissé à lui-même, autant celui-ci fut d’un ensemble impeccable sur la plupart des parties linéaires. Ce fut moins le cas sur les passages en rupture, en dialogue, où on sentait plusieurs flottements. Mais la masse des passages linéaires fut d’une telle puissance qu’il n’est pas permis de douter un instant qu’il y aurait un défaut de travail et d’unité. C’est pourquoi au vu des imprécisions des parties nécessitant plus d’équilibre nous serions tenté de croire à un dysfonctionnement de direction ou de tempo. En effet dès l’appel d’ouverture lancé, l’orchestre semblait jouer seul. Avec cette indépendance, les bois ont pris en lourdeur au point de charger de plomb leurs premiers temps accentués. D’une manière générale les accents furent trop mis en exergue, jusqu’à devenir des ruptures au lieu de lancer la partition en avant. On oublie trop souvent que l’orchestre du XXIe siècle est plus puissant que les orchestres beethovéniens et qu’il faut relire les nuances et les accentuations à cette lumière. Les flûtes furent trop stridentes et, comme le reste de l’harmonie, plaquées sur les cordes, en un ensemble juxtaposé, vidant ainsi la substance des répons de basson. Les crescendi trop brusques en perdaient leurs effets. En revanche les syncopes furent parfaites, ce qui a de quoi surprendre dans cet ensemble d’approximations lourdes. Le passage qui suit est emblématique de la surprise. Sur des pizzicati superbes, mais autogérés des cordes, vient se plaquer une harmonie indépendante. Le beau crescendo qui suivit pâtit toutefois du jeu pilonné des violoncelles et des cuivres basses. Mais le très beau tapis de violon suivant permit une très belle entrée de trombones. Les reprises de thèmes ne se ressemblent pas, tant le jeu des instruments est indépendant. De mêmes les enchainements de motifs sont tout en rupture. De ce fait le dynamisme de la partition a du mal à se mettre en place et à aller de l’avant ; les effets de nuances deviennent plats et les changements de tempi manquent d’ensemble.

La précipitation du tempo se fit sentir surtout au deuxième mouvement, ce qui réduisit à néant l’effet des retombées des cordes basses et alourdit les entrées au détriment de la solennité de la marche. Les motifs se sont alors télescopés, perdant ainsi tout dynamisme. Dès lors rien n’était plus posé ni stable. Tout était aplani, les reliefs avaient disparu. La levée du thème est écourtée tandis que la retombée est écrasée. Le decrescendo est vidé, les instruments renversés, perturbant voire annihilant les échanges et les dialogues. Dans le troisième mouvement les accents ont du mal à se mettre en place avant de devenir trop massifs et ainsi introduire une rupture supplémentaire. En fait l’interprétation est trop cloisonnée, comme des ilots mahlériens. Le finale, dans le même esprit, manque d’articulation sur les silences des contretemps, laissant une respiration linéaire s’imposer dans une précipitation des tempi. Malgré cela, les flûtes se tissent bien dans les cordes, ce qui n’est toutefois pas suffisant pour éviter la confusion des rapports entre parties. Pris individuellement et dans la globalité il y eut donc de belles choses, mais dans l’esprit de l’œuvre nous restons perplexe.

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- Wolfgang Amadeus Mozart(1756-1791), Sinfonia concertante pour violon et alto en Mi bémol majeur KV364
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- Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
- Ralf Weikert, direction











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