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Susanna Mälkki au pays des Utopies

samedi 1er mars 2008 par Vincent Haegele
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Susanna Mälkki
©Tanja Ahola

Jeune chef finlandaise prometteuse, aux talents qui ne demandent qu’à s’exprimer, Susanna Mälkki dirigeait à la fois ce 29 février l’Ensemble Intercontemporain et l’Orchestre du conservatoire de Paris à la Cité de la musique.

Un programme dense, exigeant et séduisant était offert aux spectateurs, lesquels n’ont pas boudé leur plaisir en entendant successivement les Six pièces pour orchestre Op.6 de Webern, la Suite pour soprano et orchestre tirée du Wozzeck de Berg, Blue Pole de Reinhardt Fuchs et le Photoptosis de Zimmermann : trois grands classiques et une création française, joués dans le cadre du cycle Utopies et Réalités qui se déroule actuellement à la Cité de la musique (du 29 février au 6 mars).

La bonne surprise de la soirée ? L’excellente forme des deux orchestres présents sur scène et l’engagement volontaire de son chef. Direction efficace et sobre, grand sens de la mise en scène dramatique de ces pièces dont le contenu tragique est évident : Susanna Mälkki est parvenue à convaincre son auditoire malgré la difficulté redoutable du programme.

Dès les Six pièces pour orchestre, œuvres de jeunesse qui laissent déjà percevoir les grands chefs-d’œuvre de la maturité, on était emporté par la conviction des musiciens de l’Orchestre du conservatoire. Certes, les premières mesures n’étaient pas toujours assurées : cors un peu timides, timbre des trompettes en retrait, équilibres qui se cherchent encore. On pouvait remarquer une certaine disproportion entre la présence de certains bois (pupitre des flûtes notamment) et le pack des cordes, parfois trop fluides et pas assez présentes. Ces quelques petits défauts techniques disparaissaient dès la marche funèbre de la quatrième pièce. Silences, montées en puissance violentes, usage unique de la percussion (la pièce débute par un solo de tam-tam oscillant en permanence entre pianos et pianissimos) : tout paraît clair et compréhensible.

Cette excellente impression était immédiatement confirmée avec les trois pièces de la suite de Wozzeck, avec en prime, Angela Denoke pour interpréter la partie vocale de l’œuvre, soit deux airs de Marie et la ronde d’enfants du dernier acte. L’ambiance mahlérienne de cette suite, dont le but a toujours été de donner un aperçu abordable de l’opéra au public était parfaitement instillée, depuis le magnifique prélude où les cordes se sont réveillées, jusqu’au dernier interlude orchestral, vibrant et poignant. Mention spéciale pour Angela Denoke, magnifique Marie, au timbre aéré mais puissant et aux aigus bien placés.

Après ces deux monuments de l’École de Vienne, suivaient deux pièces plus proches de nous. Blue Pole, pour grand ensemble, était interprété par les seuls solistes de l’Ensemble Intercontemporain. Une fois encore, leur grande expérience du répertoire d’aujourd’hui leur permet de briller. On remarque notamment l’extraordinaire pupitre de violoncelles emmené par Pierre Strauch. En revanche, on ne saurait être qu’extrêmement réservé sur la qualité de la pièce présentée. Reinhardt Fuchs, né en 1974, a prétendu s’inspirer de la peinture de Jackson Pollock lors de la composition d’une pièce « aux couleurs vives. » Où sont les couleurs vives ? La pièce ne part de rien, n’a rien à dire et ne va nulle part : imaginez un morceau de droite dans l’espace. Cette esthétique froide, couplée à un discours bavard et peu imaginatif qui faisait appel à tous les poncifs possibles (les cordes pincées du piano, il fallait y penser !) n’a pas rendu justice au travail des musiciens. N’est pas Morton Feldman qui veut. Dommage.

Après un long moment destiné à réaménager la scène, l’Orchestre du conservatoire refaisait son entrée pour ce grand monument symphonique qu’est le Photoptosis de Zimmermann. Le compositeur allemand a composé un hymne à la lumière et une formidable orgie instrumentale à partir de matériaux divers, en grande partie empruntés à l’univers du Poème de l’Extase et du Prométhée de Scriabine. La démonstration est concluante, l’interprétation haletante. Plus de dix minutes de folie éruptive à l’issue desquelles Susanna Mälkki empoignait la partition pour la faire applaudir par un public conquis. Le concert s’achevait sur ce grand chaos orchestral parfaitement réglé. Une grande soirée !

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- Paris
- Cité de la musique
- Cycle Utopies et réalités.
- 29 février 2008
- Anton Webern (1883-1945), 6 pièces pour orchestre, op. 6 ; Alban Berg (1885-1935), Trois fragments de Wozzeck ; Reinhardt Fuchs (1974), Blue pole (création française) ; Bernd Alois Zimmermann (1918-1970), Photoptosis
- Angela Denoke, soprano
- Ensemble intercontemporain
- Orchestre du Conservatoire de Paris
- Susanna Mälkki, direction






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