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Succès de l’inattendue Tosca de Tourcoing

mardi 2 décembre 2008 par Richard Letawe
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Voir la Tosca montée à Tourcoing, où Rameau, Haendel, Mozart, règnent en maîtres, est assez inattendu. C’est pourtant le choix qu’a fait Jean-Claude Malgoire pour l’ouverture de la saison de l’Atelier Lyrique, célébrant les 150 ans de Puccini avec cette œuvre au dramatisme génial.

Tosca est une œuvre si populaire, si souvent jouée, qu’il est devenu très compliqué d’y faire impression. Les « Tosca de plus » sont légions. Pourtant, cette production qui fait le choix de la modestie et utilise des chanteurs maison plutôt que des gosiers internationaux, se démarque par son intelligence, sa sobriété et son naturel. Créée au début de novembre au Grand Théâtre de Reims, la production a déjà été vue entretemps à Bretz avant d’arriver à Tourcoing pour quatre représentations, dont la première avait lieu ce vendredi, dans un Théâtre municipal très bien rempli, où les jeunes spectateurs étaient très nombreux, attentifs et fort enthousiastes.

La mise en scène de Christian Schiaretti et Arnaud Decarsin est économe et évite toute surcharge. Les décors de Renaud de Fontainier sont légers, assez dépouillés mais évocateurs, bien mis en valeur par les très belles lumières réglées par Julia Grand, qui confronte efficacement le noir et les couleurs chaudes. Dans ce beau cadre, les chanteurs sont bien dirigés, tous très crédibles et naturels. On remarque à peine deux ou trois incohérences, comme Angelotti dont la tenue est un peu trop propre après un an passé dans un cachot, ou les figurants qui se tiennent dans le champ de tir du peloton d’exécution ; quand au suicide de Tosca, qui disparaît en fond de scène, il est un peu escamoté, mais vu l’exigüité du décor, c’est une solution ingénieuse.

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La distribution fait donc appel à des fidèles de la scène tourquennoise, pour les petits rôles, Renaud Delaigue en Angelotti, Jean Delescluse en Spoletto, Patrick Alliotte en Sciarrone, tous impeccables, et aussi pour les personnages principaux. Pierre-Yves Pruvot a déjà chanté à Tourcoing une belle série de rôles, entre autres Figaro des barbiers de Paisiello et de Rossini, Falstaff de Salieri, Don Alfonso dans Cosi fan tutte, Daniele dans Ciro in Babilonia,…Il reprend ici Scarpia, qu’il incarne de façon réellement magistrale, grand seigneur aux manières élégantes et aux mœurs dépravées. Ce caractère aristocratique se retrouve dans son chant suprêmement stylé et très classique, à la diction mordante, dont la puissance ne se paie jamais de vociférations, malgré la férocité du personnage. Qu’un chanteur de cette trempe, qui donne une telle leçon de chant dans ce rôle, et dans bien d’autres, soit cantonné à des théâtres de province, et à des scènes à l’étranger relativement mineures, ne cesse de nous étonner depuis que nous le connaissons.

Gilles Ragon est un Cavaradossi méritant, mais qui est bien éloigné de ses possibilités et de sa typologie vocale. Sans lumière et sans couleurs, la voix est aussi peu italienne que possible et assez inconfortable. L’émission est dure, très nasale, et le vibrato souvent gênant. Loin de l’idéal, sa prestation est cependant sauvée par sa sincérité et son courage, et par un « E lucevan le stelle » très correct, émouvant, malgré un léger manque de souplesse.

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Enfin, Hjördis Thébault est une Tosca de grande classe, fine musicienne, qui partage avec Pierre-Yves Pruvot, son époux à la ville, un idéal de chant classique, dégagé des excès qu’on a l’habitude de qualifier de véristes. Plus lyrique que dramatique, elle souffre un peu dans le deuxième acte, où on la sent à la limite de ses moyens, mais donnant quand même un « Vissi d’arte » émouvant et d’une belle tenue. Un peu plus légers, les deux autres actes lui permettent d’exprimer toute sa musicalité et toute la grâce de son chant. Le moelleux du timbre est prenant, la ligne ronde et souple, les aigus bien assurés, et elle n’a aucun problème de puissance. Femme noble et fière, elle ne surjoue pas la jalousie ou la colère, et est particulièrement touchant au troisième acte, lorsqu’elle évoque avec Mario les jours heureux qu’ils pourront vivre après leur fuite.

Dans la fosse, l’Orchestre du Grand Théâtre de Reims accompagne la production depuis ses débuts. Il a déjà mieux joué que cela : les cordes sont souvent grinçantes, la cohésion est perfectible, l’intonation parfois précaire. On mentionnera cependant la bonne tenue des cuivres au début du troisième acte, et la belle prestation des bois, souvent inspirés. La direction de Jean-Claude Malgoire est quant à elle, très ample, enflammée et spontanée, pleine de lyrisme, mais elle manque un peu de précision et ne facilite pas le travail de l’orchestre.

Notre conclusion sera courte : une superbe soirée, inattendue, où musique et théâtre se complètent magnifiquement.

A voir encore ce mardi 02 et ce vendredi 05 décembre au Théâtre Municipal de Tourcoing.

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- Tourcoing
- Théâtre municipal
- 28 novembre 2008
- Giacomo Puccini (1858-1924), Tosca. Opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, d’après Victorien Sardou
- Mise en scène, Christian Schiaretti et Arnaud Decarsin ; Assistant à la mise en scène, Grégory Voillemet ; Décors, Renaud de Fontainieu ; Assistante aux décors, Federica Mugnai ; Costumes, Thibaut Welchin ; Maquillage, coiffures, Emilie Vuez ; Chefs de chant, Emmanuel Olivier et Nicolas Chesneau
- Floria Tosca, Hjördis Thébault ; Mario Cavaradossi, Gilles Ragon ; Baron Scarpia, Pierre Yves Pruvot ; Angelotti, Renaud Delaigue ; un sacristain, Marc Boucher ; Spoletta, Jean Delescluse ; Sciarrone, le geôlier, Patrick Alliotte ; une pastourelle, Marie Planinsek
- Chœur d’enfant du Conservatoire à Rayonnement Départemental de saint Omer. Chef de chœur, Adélaïde Stroesser
- Chœur Nicolas de Grigny. Chef de chœur, Jean Marie Puissant
- Orchestre du Grand Théâtre de Reims
- Jean-Claude Malgoire, direction






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