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Stéphanie d’Oustrac en récital à l’Opéra-Théâtre d’Avignon

mardi 31 janvier 2012 par Emmanuel Andrieu
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Stéphanie d’Oustrac
DR

Après la superbe Patrizia Ciofi, venue offrir un mémorablerécital d’airs de bel canto en octobre dernier, c’est une autre magnifique artiste que l’Opéra-Théâtre d’Avignon accueillait en ses murs : la mezzo française Stéphanie d’Oustrac. Elle a présenté au public provençal un programme alternant, avec un égal bonheur, des airs de Mozart et de Rossini.

Révélée à la fin des années 90 dans le répertoire baroque par Wiliam Christie, la mezzo-soprano originaire de Rennes a maintenant conquis (dans tous les sens du terme) toutes les grandes scènes hexagonales, dans un répertoire depuis considérablement élargi, allant de Purcell à Poulenc, en passant par Berlioz, Offenbach, Britten… En cette soirée du 20 janvier, ce sont plus « prosaïquement » Mozart et Rossini qui sont convoqués, avec des airs tirés de leurs opéras les plus célèbres. Mais c’est surtout une « pépite », aussi rare que splendide, qui a retenu l’attention : la cantate Giovanna d’Arco que Rossini composa à Paris en 1832, à l’intention d’une des plus grandes cantatrices de l’époque, la soprano Olympe Pélissier.

Mais avant la rareté, des tubes !

La première partie est consacré à Mozart. Après une exécution enlevée de sa Symphonie n°31 (dite « Paris »), le premier air choisi est celui de Cherubino dans Le Nozze di Figaro : « Voi che sapete ». En quelques mesures, le personnage est croqué, Stéphanie d’Oustrac nous gratifiant d’emblée de son timbre chaud et velouté, immédiatement reconnaissable. Dans le sublime « Parto, ma tu ben mio », elle subjugue à la fois par la souveraine élégance de sa ligne de chant et par un art consommé de la nuance et des couleurs. L’émotion que ce personnage cornélien, écartelé entre l’amour et le devoir, éprouve à ce moment de la partition de La Clémence de Titus a tôt fait de gagner l’auditoire, et c’est une première salve d’applaudissements nourris que récolte la chanteuse. Pour clore ce début de programme, elle offre ensuite la redoutable aria de Dorabella « Smanie implacabili » - extrait de Cosi fan Tutte - qu’elle délivre avec une aisance confondante et une absolue sincérité d’accents.

Après l’entracte, l’Orchestre Lyrique Région Avignon Provence, toujours placé sous la battue du chef argentin Yeruham Scharovsky, donne à entendre les deux ouvertures rossiniennes peut-être les plus connues : L’Italienne à Alger et Le Barbier de Séville. Régulièrement invité à Avignon, le directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Rio de Janeiro fait preuve d’une belle énergie dans ces deux morceaux, mais devrait toutefois surveiller une inclination fâcheuse au fff !

De son côté, Stéphanie d’Oustrac revient sur scène avec le célébre air de Rosina « Una voce poco fa », qu’elle rehausse de toute la mutinerie possible, mais c’est surtout l’étonnante cantate Giovanna d’Arco (orchestrée par Salvatore Sciarrino) qui suscite un véritable enthousiasme parmi le public. Après une longue introduction musicale - mêlant notamment flûtes et violoncelles - la chanteuse pare son visage de son air le plus grave, et entame cette déploration entrecoupée par intermittence d’éclats fulgurants. Elle se joue alors de toutes les vocalises périlleuses - aux redoutables écarts - qui ornent des élans patriotiques, où reviennent constamment les mots « Patria » et « Vittoria ». Autre motif d’émerveillement, la façon qu’elle a de passer, avec la plus déconcertante des facilités, d’un grave sonore à un aigu piano posé sur le souffle… Magistral !

En bis, elle offre le second air de Cherubino : « Non so piu ». La sensualité fougueuse et les palpitations du jeune énamouré sont, là encore, tout autant vécues que chantées (car d’Oustrac est aussi une formidable comédienne !). La cantatrice conclut la soirée en reprenant le « Voi che sapete » et reçoit, de la part d’un public malheureusement clairsemé ce soir, une très longue et chaleureuse ovation.

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- Avignon
- Opéra-Théâtre
- 20 janvier 2012
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Symphonie N°31 ; Le Nozze di Figaro : Voi che sapete ; La Clemenza di Tito : Parto, ma tu ben moi ; Cosi fan Tutte, ouverture ; Cosi fan Tutte, Smanie Implacabili
- Gioacchino Rossini (1792-1868), L’Italiana in Algeri : Ouverture ; Cantate Giovanna d’Arco (orchestrée par Salvatore Sciarrino) ; Il Barbiere di Siviglia : Ouverture ; Il Barbiere di Siviglia : Una Voce poco fa
- Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano
- Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence
- Yeruham Scharovsky, direction











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