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Sous le signe du violoncelle

jeudi 13 mars 2008 par Vincent Haegele
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Thomas Dausgaard
© Marianne Grondhal

Thomas Dausgaard dirigeait ce soir au Théâtre des Champs-Élysées l’Orchestre National du Danemark (ou Royal du Danemark) dans un programme qui laissait la part belle aux cordes graves : Pan et Syrinx de Carl Nielsen, le concerto pour violoncelle d’Elgar et la quatrième symphonie de Brahms. Unité de ton (les deux dernières œuvres partagent la même tonalité de mi mineur), unité de style. La magnifique prestation du violoncelliste Truls Mørk a encore un peu plus souligné l’intérêt de ce concert.

Nielsen pour commencer, donc. Pan et Syrinx est une œuvre mélancolique et sauvage, aux combinaisons orchestrales inspirées, où l’on peut entendre un glockenspiel accompagner un cor anglais ou se laisser entraîner à la suite du demi-dieu dans de délicieuses parties chambristes. Elle laisse également la part belle au violoncelliste solo de l’orchestre, Richard Krug. Malgré le plaisir d’entendre cette « Après-midi d’un faune » version danoise, si rarement programmé sous nos latitudes, on ne peut s’empêcher de noter quelques déséquilibres dans l’orchestre : les violons sont éteints, à la différence des violoncelles et des contrebasses. Quant aux cors et aux altos, ils sont inexistants. Le solo de cor anglais agace un peu par ses accents trop appuyés, et s’il y avait volonté d’en « faire trop », c’était trop peu. Néanmoins, Dausgaard conduit sa phalange avec style et raffinement. La pièce s’achève sur un curieux accord dissonant des violons dans l’aigu, magnifiquement travaillé.

Les problèmes d’équilibres orchestraux relevés au cours de l’introduction se poursuivent malheureusement durant toute la partie concertante. Il y a pourtant de quoi faire dans l’accompagnement du concerto d’Elgar. Il faut attendre le quatrième mouvement pour voir apparaître des trombones un peu moins pâteux et des trompettes un peu moins acides. Ces quelques réserves ne doivent en revanche en aucun cas porter préjudice à l’interprétation inspirée de Truls Mørk dans cette œuvre du grand répertoire pour violoncelle. Ayant banni tout signe ostentatoire, toute référence au spectaculaire, il livre au public une version poignante et parfois tragique de cette longue fresque en quatre mouvements. Depuis le premier accord de l’introduction, en passant par les folles cabrioles de doubles croches du deuxième mouvement, les longues cantilènes du troisième et la marche dansante du final, le soliste reste égal de bout en bout, ne montrant aucune faiblesse. C’est ciselé et impeccable…

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Truls Mork
©Morten Krogvold/Virgin Classics

Après cette démonstration de force, qui avait laissé un orchestre danois un peu en retrait, on pouvait s’attendre à une prestation moyenne de la quatrième symphonie de Brahms. D’autant que Dausgaard vient d’enregistrer une intégrale des symphonies de Schumann qui a été très mal reçue par la critique (voir ici). Par bonheur, il n’en est rien. C’était un tout autre orchestre que l’on découvrait, un peu interloqué. Mais où étaient les violons pendant la première partie ? Étaient-ce les mêmes ? Le changement de premier soliste y est certainement pour quelque chose : la deuxième partie était emmenée par Soo-Jin Hong, dont le travail à la tête des violons est tout simplement bluffant. Pourquoi n’était-elle que co-soliste lors de la première partie ? Quoi qu’il en soit, les premières mesures du premier mouvement sont parmi les plus belles qu’il nous ait été donné d’entendre : vibrato des cordes, fragilité du thème, interventions de la petite harmonie. Dausgaard possède une réelle vision de l’œuvre de Brahms et sait la faire partager. Le charme se poursuit lors du deuxième mouvement, où l’on peut enfin goûter à la sonorité profonde des cors de l’orchestre et plus encore dans le troisième mouvement, follement endiablé et puissamment enlevé. C’est une vraie réussite, que vient malheureusement gâcher l’introduction de la passacaille, enchaînée immédiatement à la suite du scherzo. On pourra regretter ce choix : le chef n’a pas laissé ses musiciens se reprendre et a trop tendu la corde. La passacaille s’ouvrait donc sur un surprenant choral de fausses notes. Et les cuivres de reprendre leurs mauvaises habitudes… On pourra se montrer vraiment sévère à l’égard du trio des trombones de l’orchestre qui n’a cessé pendant toutes ses interventions de faire preuve du plus mauvais goût possible. Dommage, car les trois premiers mouvements étaient plus que réussis. Cependant, la conclusion était par bonheur sauvée des eaux.

Succès mérité pour Dausgaard, qui a su faire passer une très agréable soirée au public des Champs-Élysées, lequel pouvait bénéficier de trois bis successifs, donnés par un orchestre subitement métamorphosé. L’ouverture de Maskerade de Nielsen, par exemple, a été confondante de virtuosité et de cohérence. Étaient-ce là les mêmes cuivres ? Á entendre cette interprétation hallucinante et débridée, on pouvait finalement regretter que le programme n’ait pas laissé une plus grande part au répertoire de Nielsen ou de Langgaard… Les musiciens de cet orchestre et leur chef ont vraiment de quoi dire, mais n’osent pas toujours s’exprimer. On attendra avec impatience leur prochaine tournée en France.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 12 mars 2008
- Carl Nielsen (1865-1931), Pan et Syrinx Op.49 ; Edward Elgar (1857-1934), Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur Op.85 ; Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°4 en mi mineur Op.98
- Truls Mørk, violoncelle.
- DR Radiosymfoniorkestret
- Thomas Dausgaard, direction











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