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Soirées Lyriques de Sanxay 2012 : La Traviata

vendredi 24 août 2012 par Emmanuel Andrieu
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Lianna Haroutounian, Violetta
© Patrick Lavaud

Pour sa treizième édition, le Festival de Sanxay - qui se déroule dans le cadre enchanteur des ruines du théâtre gallo-romain d’un petit village sis entre Niort et Poitiers - remontait une production de la Traviata, créée in loco en 2002 et signée Jack Gervais. Honneur soit rendu à son infatigable directeur-fondateur, Christophe Blugeon qui, cette année encore, a su réunir une distribution digne des plus grandes scènes internationales, avec un trio de chanteurs électrisant qui nous a maintes fois donné le frisson.

Une fois n’est pas coutume, c’est donc avec les voix que nous commencerons notre chronique. Dans le rôle de Violetta, la soprano arménienne Lianna Haroutounian est une révélation ; car elle habite pleinement l’héroïne de Verdi et l’illumine, toute la soirée durant, de sa féminité et de sa grâce. Sans entrer dans un quelconque jeu, sans calcul, elle porte l’intensité émotionnelle à son comble. Ainsi lorsque, dépouillée des « masques » de la fête, pendant le « E strano », elle dévoile au public, quasi yeux dans les yeux, presque en confidence, avec une pudeur infiniment simple et humaine, sa vulnérabilité et ses maigres espérances. De même, lors du « Dite al giovine », qui paraît, avec elle, reposer sur le souffle de vie même, celui du sacrifice intégral, celui qui annihile toute forme d’espoir : les spectateurs, bouleversés et conquis, comme dans un état second, suspendent alors leur souffle. Au dernier acte, enfin, la mort semble arriver dès après « Addio del passato » ; les scènes ultérieures s’inscrivent dans le délire du personnage, dans une sorte d’élévation qui ajoute à sa grandeur.

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Lianna Haroutounian, Violetta
© Patrick Lavaud

Vocalement, elle parvient à une totale maîtrise du rôle, ne sacrifiant jamais l’intensité dramatique à la virtuosité, attentive au spinto, aux colorations, à la projection juste. A l’instar de sa consœur et compatriote Hasmik Papian, on admire chez cette artiste sa grande voix de lirico-spinto, au beau timbre cuivrée, à la puissance impressionnante et à l’égalité parfaite sur toute la tessiture. Au regard de toutes ces facettes, la Violetta de Lianna Haroutounian atteint une rare hauteur de vues et l’inscrit, de facto, parmi les plus grandes Traviata de notre époque.

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Lianna Haroutounian, Violetta ; Stefan Pop, Alfredo Germont
© Patrick Lavaud

En dépit d’un physique peu avantageux, qui le dessert sur scène en l’empêchant parfois dans ses mouvements, l’Alfredo du ténor roumain Stefan Pop n’en est pas moins quasi idéal. En premier lieu, il a l’âge d‘Alfredo (24 ans !), rendant totalement crédibles les ardeurs, la naïveté et la crédulité du personnage. Ensuite, le ténor est d’une rare élégance, sa leçon de chant et de style qui culmine dans un « Parigi, o cara » détaillé pianissimo. Si le timbre, pourtant beau, n’est pas d’un grain immédiatement identifiable, la couleur sombre du médium annonce une évolution vers des emplois plus dramatiques, quand cette voix musicale aura atteint sa maturité.

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Fabio Maria Capitanucci, Giorgio Germont
© Patrick Lavaud

Le Germont solide de Fabio Maria Capitanucci, authentique baryton verdien, mérite pleinement une carrière qui est en train de s’envoler (rien de moins que le Met, Covent Garden, La Scala, Vienne ou encore Paris l’accueilleront prochainement). Car voilà un artiste de noble stature, de voix racée, pleine, une comédien présent, impliqué et de style exemplaire. Ce Germont de haut vol aura su être bien plus que le défenseur de la morale bourgeoise, celui d’une certaine idée du chant verdien.

Enfin, la Flora de Sarah Vaysset et le Dr Grenvil de Jean-Marie Delpas méritent d’être cités.

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Lianna Haroutounian, Violetta
© Patrick Lavaud

La production de Jack Gervais est sage, dans un style « zeffirellien » qui raconte et situe l’histoire, sans agresser la tradition. L’action se déroule ainsi dans le Paris du Second Empire, avec ses luxes excessifs et les fastes clinquants d’une grasse bourgeoise libidineuse. Une idée originale, néanmoins, vient trancher avec ce classicisme, le metteur en scène faisant rôder les trois actes durant, d’inquiétants personnages, qui ne sont autres que des anges de la mort, appuyant ainsi sur le fait que, dès le début, le sort de Violetta est scellé. Un bémol cependant, la lourdeur du décor et l’absence de plateau mobile entraînent de longs précipités, ce qui prolonge trop le spectacle et brise la continuité du contenu émotionnel de l’œuvre.

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Lianna Haroutounian, Violetta ; Stefan Pop, Alfredo Germont
© Patrick Lavaud

Le chef français Didier Lucchesi manque peut-être de dynamisme au premier acte, mais mène avec allant le reste de la partition, soucieux de trouver des couleurs et des tempi aussi fluctuants que les situations du drame, bien suivi par l’Orchestre et les Chœurs des Soirées Lyriques de Sanxay.

Inutile de préciser que le succès a été au rendez-vous, les artistes revenant maintes fois saluer devant un public enthousiaste, malgré l’heure tardive…et le froid mordant de la campagne poitevine la nuit !

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- Sanxay
- Théâtre antique
- 16 août 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901), La Traviata, Opéra en trois actes. Livret de Francesco Maria Piave d’après « La Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils.
- Mise en scène et Lumières, Jack Gervais ; Costumes, Maison Grout (Bordeaux) ; Chorégraphie, Laurence Fanon.
- Violette Valéry, Lianna Haroutounian ; Alfredo Germont, Srefan Pop ; Giorgio Germont, Fabio Maria Capitanucci ; Flora Bervoix, Sarah Vaysset ; Annina, Aline Martin ; Gastone, Frédéric Diquero ; Le Baron Douphol, Florian Sempey ; Le Marquis d’Obigny, Ronan Nedelec ; Le Docteur Grenvil, Jean-Marie Delpas.
- Chœur des Soirées Lyriques de Sanxay. Chef des chœurs, Stefano Visconti
- Orchestre des Soirées Lyriques de Sanxay
- Didier Lucchesi, direction






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