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Soif de Mozart à Templeuve

jeudi 28 octobre 2010 par Richard Letawe

Depuis 2005, l’association Les Concerts de poche permet au public des campagnes, des petites communes et des périphéries des grandes villes d’entendre de la musique de chambre dans des salles familières, à un prix très abordable, jouée par des musiciens qu’on retrouve dans les programmations des salles les plus prestigieuses.

La saison s’étend de mars à décembre, sur plusieurs départements, la Seine et Marne, le Nord, l’Essonne, l’Aisne, le Val-de-Marne… Durant cette saison, les artistes invités ont été entre autres, Gustav Leonhardt, le Quatuor Modigliani, Romain Leleu, Philippe Cassard, le Danish String Quartet…

Le concert de ce samedi soir se déroule dans la commune de Templeuve, entre Lille et Valenciennes, en coproduction avec les Rencontres culturelles en Pays de Pévelle. La très belle salle d’honneur de la mairie semblait déjà bien garnie en sièges à notre arrivée, pourtant, il a fallu ajouter près de quatre-vingt chaises, amenées des autres pièces de la mairie ou de l’église voisine pour que tout le public présent trouve place, les enfants devant quand même s’asseoir pour la plupart sur le sol. Au final, ce concert Mozart donné par le Quatuor Voce a donc dû réunir près de 200 personnes, ce qui n’est pas une mince affaire dans une commune rurale.

Pour débuter le concert, trois membres des Voce accompagnent Michel Moraguès dans le Quatuor avec flûte KV285. Leur version est agréable, fraîche et délicate, et ils ont le mérite en sus d’aborder cette œuvre avec sérieux, sans verser dans l’anecdote ou la frivolité, donnant par exemple beaucoup de profondeur à l’Adagio et jouant le Finale avec beaucoup de vigueur et de résolution. La qualité d’exécution est de premier plan : le flûtiste a une sonorité très séduisante et produit des attaques très franches, alors que les Voce font preuve d’une grande faculté d’écoute, et font joliment fusionner leurs instruments.

Le Quatuor Voce a récemment décidé de faire alterner Sarah Dayan et Cécile Robin au poste de premier violon. Pour le Quatuor n°22, c’est la seconde qui mène le quatuor avec un bonheur certain, transmettant sa conviction et son énergie à ses partenaires.

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Quatuor Voce
© Sophie Pawlak

Alors que c’est la première fois qu’ils le jouent en public, les Voce font preuve dans ce quatuor d’une grande qualité de chant, laissant respirer les phrases avec un superbe sens des nuances, faisant naître une véritable conversation musicale, franche et équilibrée. Le premier mouvement est solidement joué, malgré quelques crispations, mais c’est surtout l’équilibre et la délicatesse du Larghetto qu’on retiendra, dans lequel la pureté des phrasés de la première violon et du violoncelliste sont particulièrement appréciables. Malgré la fermeté des attaques au début du mouvement, et un trio vigoureux et endurant, le Menuetto n’affiche pas la même maîtrise du discours, Cécile Roubin perdant pied régulièrement, et émettant quelques aigus déréglés. On oublie vite ce mouvement difficile pour passer à un finale nettement meilleur, alliant fluidité des phrasés et qualité de l’articulation grâce à une leader qui reprend contenance, retrouve de la précision et n’oublie jamais de chanter.

La dernière œuvre du programme est celle qui pose le plus de questions ; il s’agit du Quintette KV516, mais joué ici dans une transcription de David Walter qui l’adapte pour hautbois et quatuor à cordes. Le travail de David Walter, qui donne au hautbois la majorité de la partie dévolue au premier violon dans l’œuvre originelle, est habile et respectueux, le transcripteur ne cherchant pas à supplanter Mozart, mais plutôt à suivre ses pas et à être le plus fidèle possible à son travail. Néanmoins, pour une œuvre aussi célèbre et aussi importante, il est difficile à l’auditeur de ne pas substituer ses souvenirs de l’œuvre originale au quintette avec hautbois qu’il entend en même temps, et de constater alors un certain affadissement de la musique, qui perd une part de son caractère tragique et de sa couleur sombre quand elle est médiatisée par la sonorité pimpante du hautbois. L’exécution est pourtant excellente ; David Walter est un instrumentiste de grande valeur, et les Voce sont pleinement concernés, mais on entend aussi parfois un mini-concerto plutôt qu’un quintette- dans l’Adagio essentiellement-, et désolé, nous sommes physiquement incapable de ne pas préférer écouter cette musique en tant que quintette à cordes plutôt que dans cette transcription.

Ceci vient à peine troubler le bilan d’un concert au demeurant fort réjouissant, donné dans une atmosphère vraiment sympathique, verre de l’amitié avec les artistes compris, pour terminer la soirée en beauté.

Prochains concerts dans le Nord et ailleurs sur le site des Concerts de Poche.

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- Templeuve
- Salle d’honneur de la Mairie
- 16 octobre 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quatuor pour flûte et cordes n°1 en Ré majeur KV285 ; Quatuor à cordes n°22 en si bémol majeur KV589 ; Quintette en sol mineur KV516 (transcription pour hautbois en quatuor à cordes par David Walter)
- Michel Moraguès, flûte
- David Walter, hautbois
- Quatuor Voce : Cécile Roubin, Sarah Dayan, violon ; Guillaume Becker, alto ; Florian Frère, violoncelle











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