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Simplement Debussy

mercredi 11 juillet 2012 par Vincent Haegele

Pour l’année Debussy, les Flâneries musicales de Reims ne lésinent pas sur les moyens : l’Orchestre national de Lille au grand complet, le choeur de femmes de l’Opéra de Lille et les caméras d’Arte ont dû se serrer un peu dans l’espace du Cirque d’hiver, pour une représentation donnant à entendre quelques essentiels de la production orchestrale du compositeur, agrémentés de l’arrangement de Marius Constant tiré du Pelléas et Mélisande. Un concert haut en couleurs pour des partitions qui n’en manquent théoriquement pas.

Quand on y pense, les concerts « tout Debussy » sont plutôt rares de nos jours, hormis pour ce qui touche les programmes pianistiques (et encore...) et une fois encore, il faut recourir aux inévitables commémorations pour avoir l’occasion d’entendre les Nocturnes, l’Après-midi et la Mer en un seul concert. A ce titre, ne boudons pas notre plaisir, la prochaine fois risque bien de ne se reproduire qu’en 2018, pour le centenaire du décès du compositeur. Mais tant qu’à faire, on peut raisonnablement critiquer les choix du programme : pourquoi la "Symphonie" d’après le Pelléas, découpée à la serpe par un Marius Constant en manque d’inspiration ? Il y a d’autres pièces bien plus intéressantes qui dorment dans les tiroirs : Khamma, par exemple, dont la dernière représentation doit remonter, au bas mot, aux années 1980-1990 (nous nous avançons un peu, mais quand même...) D’autant que la "Symphonie" mérite assez mal son nom, tant on sait combien Debussy était réfractaire au genre et très peu enclin à y céder un jour et que le travail de Constant souffre d’un évident déséquilibre entre les parties.

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Ugo Ponte © onl

Voilà pour l’articulation du programme, qui se veut une belle montée en puissance, depuis la douce brise du Prélude à l’après-midi d’un faune jusqu’aux bourrasques violentes de la Mer. Mais de progression réelle dans la tension orchestrale, point : certes, les conditions de jeu ne sont guère idéales pour une centaine de musiciens, serrés les uns contre les autres dans une exiguïté assez étouffante. Dans tous les cas, c’est l’uniformité du son et de l’interprétation qui prévaut : solide, carrée, mais sans imagination et sans grande recherche de couleur (ce qui est un comble pour une musique que l’on décrit abusivement comme impressionniste.)

De la couleur, on en trouve bien dans le Prélude : l’interprétation en est classique, débutant sur un solo de flûte d’une belle profondeur et aux promesses irisées. Le développement pose déjà nettement plus problème, avec des cordes très compactes et d’une légèreté douteuse. Les cordes de l’Orchestre de Lille sont de toute évidence assez fragiles, surtout dans un environnement aussi confiné : peu de projection et un grand espace laissé aux approximations et aux impuretés. Certes, l’acoustique joue beaucoup pour ce dernier point, surtout lorsque l’on se trouve près des premiers rangs. On retrouve en revanche la belle cohésion des pupitres d’altos (Paul Mayes) et de violoncelles (Jean-Michel Moulin), qui constituent l’épine dorsale de l’ensemble des cordes.

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Ugo Ponte © onl

Après un premier Nocturne plutôt bien tenu, les Fêtes sont relativement décevantes et si elles ne manquent pas de tonicité, la conduite se fait mesure après mesure, sans véritable fil conducteur. Les Sirènes, bien que justes de ton, s’étirent et s’étiolent avec un manque de grâce évident. Dans ces conditions, on retrouve dans la deuxième partie ces mêmes défauts, auxquels n’échappent ni la « Symphonie » recréée par Marius Constant (un beau sommet est atteint dans le dernier interlude qui clôt la première partie), ni la Mer, dont Jean-Claude Casadesus offre une lecture honnête mais qui n’échappe pas aux clichés. Tout cela sent un peu trop la lourdeur pour figurer l’air marin.

L’Orchestre national de Lille, en dépit de ces éléments qui sont également à imputer à des conditions de jeu peu habituelles et à la chaleur, offre un visage uni et solide : trente années d’un travail égal et exigeant font que tout se tient, tout se lie et tout se fait. Il ne manque qu’une petite étincelle à sa tête pour faire faillir la véritable émotion.

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- Reims
- Cirque d’hiver
- 23 juin 2012
- Claude Debussy (186-1918), Prélude à l’Après-midi d’un faune ; Nocturnes ; Pelléas et Mélisande, Symphonie (arrangement de Marius Constant) ; La Mer, trois esquisses symphoniques.
- Orchestre National de Lille
- Jean-Claude Casadesus, direction.






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