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Simone Kermes ouvre le trentième Festival de musique baroque de Lyon

mercredi 31 octobre 2012 par Emmanuel Andrieu

Pour fêter dignement son trentième anniversaire, le Festival de musique baroque de Lyon a eu l’excellente idée d‘inviter la soprano allemande Simone Kermes, l’interprète de musique baroque la plus électrisante du moment. Dirigée par son infatigable directeur-fondateur Eric Desnoues - qui a également la charge des Nuits musicales d’Uzès dans le Gard -, la manifestation lyonnaise poursuivra sa saison en invitant d’autres prestigieux chanteurs tels que Vivica Genaux, Max Emanuel Cencic ou encore le très prometteur contre-ténor roumain Valer Barna-Sabadus. Mais ce sont aussi des ensembles baroques parmi les plus renommés qui se produiront jusqu’en mai sous les voûtes de la magnifique Chapelle de la Trinité : Les Nouveaux Caractères-Sébastien d’Hérin (en résidence cette année), Le Poème Harmonique-Vincent Dumestre, l’Ensemble Matheus-Jean-Christophe Spinosi...

Avant les parisiens - le récital était aussi donné Salle Gaveau le 24 octobre -, ce sont donc les mélomanes lyonnais qui ont la primeur de la tournée de promotion de la diva allemande, qui vient tout juste de sortir son dernier CD (intitulé « Dramma »). Celui-ci est entièrement consacré au répertoire napolitain du XVIIIème siècle, créneau dans lequel Simone Kermes s’est engouffrée depuis quelques années déjà. A l’instar de Cecilia Bartoli, elle sort ainsi de l’oubli des airs dévolus aux plus célèbres castrats de cet âge d’or du chant, essentiellement tirés d’opéras composés par Porpora (toute la première partie du concert lui est consacrée), Leo, Pergolesi et Hasse. Pour l’essentiel, ce sont des arias inclus dans son disque qu’elle interprète ce soir, bis compris.

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© François Vasseur

L’auditoire de la chapelle lyonnaise est doublement chanceux car, en plus de la performance éblouissante et émouvante de l’artiste à travers une succession d’airs de bravoure ou de lamentation, il peut découvrir des pages fort rares, écrites spécialement pour les stars de l’époque : Farinelli, Carestini et autre Senesino. Accompagnée par une formation baroque, La Magnificà Communità, emmenée tour à tour avec panache ou délicatesse par le chef italien Enrico Cassaza (qui ponctuera chaque air avec des Ouvertures d’opéras et des Concerti de Vivaldi), Simone Kermes surgit de derrière l’autel - arborant une robe sophistiquée et sa flamboyante chevelure rousse -, scrute le public, le toise, avant de donner au chef le moment du départ. Elle stupéfie d’emblée l’audience avec un air ébouriffant, véritable torrent de coloratures pyrotechniques, le superbe « Vedra turbato il mare », tiré du Mitridate de Porpora. Mais tout autant que la magistrale performance vocale, c’est la fabuleuse présence de cet artiste hors norme qui capte l’attention : son corps ne cesse de danser, de chalouper, de palpiter d’une vitalité sans borne, ce qui la rapproche plus d’une rock star que d’une chanteuse lyrique. Dans la virtuosité comme dans la plainte, il épouse les moindres accents de son chant, témoignant de la sensibilité et de la sincérité de l’artiste. Les deux airs qui suivent, le déchirant « Alto Giove » extrait de Polifemo et le touchant « Tace l’augello » tiré d’Agrippina, délaissent l’avalanche de trilles de son air d’entrée, la voix n’est alors plus que murmures et pianissimi impalpables : la salle se retrouve littéralement suspendue à ses lèvres. Mais l’air qui clôt la première partie, le fulgurant « Empi, se mai disciolgo », extrait de Germanico in Germania, nous tire très vite de notre torpeur et nous laisse ébahi : souffle, écarts de registres et trilles extravagants, l’artiste déploie tout son art avec le naturel le plus confondant.

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© François Vasseur

Le concert reprend avec l’Ouverture très enlevée de l’Adriano in Siria de Pergolèse. Accompagnée au clavecin solo (excellent Davide Pozzi), la tornade rousse entonne ensuite une aria particulièrement virevoltante de Leonardo Leo, « Son qual nave in rie procella ». Puis, l’effet hypnotique déjà éprouvé se renouvelle avec un air sublimement intériorisé, le « Consola il genitore », tiré de L’Olimpiade de Johann Adolf Hasse, qui nous fait partager la résignation du personnage, et pleurer à l’unisson. Pour éviter la monotonie, et dans un souci (baroque) des contrastes, vient ensuite un air de fureur extrait de l’Atarserse du même compositeur, « Fra cento affani e cento » : notes piquées, sauts d’octave, vocalises en rafale, et tempi échevelés tétanisent d’abord, puis suscitent l’enthousiasme. Clôturant le concert, l’air élégiaque de Pergolèse « Sul mio cor » est délivré, lui, avec une économie d’effets qui s’avère tout simplement bouleversante.

En bis, après la reprise de l’aria de Leo, c’est la sensibilité à fleur de lèvres de Simone Kermes qui vient à nouveau émouvoir l’auditoire, bientôt envoûté et rendu silencieux par un « Lascia ch’io pianga » distillé dans un murmure, et magnifié par le théorbe délicat de Diego Cantalupi.

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- Lyon
- Chapelle de la Trinité
- 17 octobre 2012
- Nicola Antonio Porpora (1686-1768), Agrippina : ouverture - Mitridate : air « Vedra turbato il mare »
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto en mi mineur « Il Favorito »
- Nicola Antonio Porpora, Polifemo : air « Alto Giove »
- Alessandro Scarlatti (1660-1725), Giuditta : ouverture
- Nicola Antonio Porpora, Agrippina : air « Tace l’augello » - Germanico in Germania : air « Empi, se mai disciolgo »
- Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), Adriano in Siria : ouverture
- Leonardo Leo (1694-1744), Zenobia in Palmira : air « Son qual nave in rie procella »
- Johann Adolf Hasse (1699-1783), L’Olimpiade : air « Consola il genitore »
- Antonio Vivaldi, Concerto en ré majeur « Per la Solennità della lingua di Sant‘Antonio in Padua »
- Johann Adolf Hasse, Artaserse : air « Fra cento affani e cento »
- Giovanni Battista Pergolesi, Adriano in Siria : air « Sul mio cor »
- Simone Kermes, soprano
- La Magnificà Communità
- Enrico Cassaza, direction






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