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Simon Rattle dirige Siegfried

vendredi 4 juillet 2008 par Olivier Lalorette
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Photo Festival d’Aix en Provence

Après une Walkyrie très réussie l’année passée, le Festival d’Aix en Provence, qui fête ses soixante ans, continue son Ring entamé en 2006 avec Siegfried.

Inaugurée il y a un an avec Die Walküre, le Grand Théâtre de Provence a déjà beaucoup fait parler de lui. Il s’agit d’une salle de spectacle ultramoderne relativement grande, dont l’acoustique avantage nettement l’orchestre, au détriment des voix (hélas).
Justement … le grand intérêt de la soirée était dans la fosse. Les Berliner Philarmoniker dirigés par Sir Simon Rattle font des merveilles. Un immense moment de musique et d’émotion tant il est évident que cet orchestre et son chef connaissent parfaitement le monde sonore de Wagner. La direction est d’une impressionnante clarté, et riche de toutes les nuances imaginables. Le public se lèvera pour applaudir très chaleureusement Simon Rattle. Vous l’aurez compris, le spectacle pourrait tenir avec le seul orchestre.

C’est le ténor Ben Heppner qui chante le rôle titre. Hélas, c’est une déception. Heppner est un Siegfried plus lyrique qu’à l’habitude, à la voix belle, qu’il ne surmène jamais, mais auquel il manque la puissance et l’héroïsme, et qui dès le début est en partie couvert par l’orchestre. Il campe un Siegfried très (trop ?) puéril, au talent de comédien très limité, que la direction d’acteur n’aide pas : il ne sait que faire dans la chanson de la forge, et le duo d’amour met un long moment avant de décoller.

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Photo Festival d’Aix en Provence

Pour lui donner la réplique tout au long du premier acte, Burkhard Ulrich campe un Mime de haut vol, dans la lignée d’un Graham Clark. Le timbre est légèrement nasal (mais pas désagréable pour autant), la voix est puissante (un Mime qu’on entend plus que Siegfried … un comble), et le jeu d’acteur est fouillé et précis. Un rôle qui sied à merveille au chanteur.

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Photo Festival d’Aix en Provence

Comme dans les deux épisodes précédents c’est Willard White qui interprète Wotan. La voix est puissante, les graves requis sont bien au rendez-vous, et le chanteur a le charisme nécessaire pour un tel rôle. Son interprétation épouse bien la ligne de chant majestueuse que Wagner donne au personnage dans cet épisode du Ring. C’est Katarina Dalayman qui tient le rôle de sa fille adorée. Elle possède la voix large du rôle. Il reste cependant un léger vibrato, mais n’est ce pas inhérent à ce genre de voix ? Théâtralement, elle fait ce qu’elle peut face à un Ben Heppner trop statique.

Dale Duesing est un Alberich bien terne, qui n’a ni la voix ni le jeu d’acteur pour le rôle. Alfred Reiter est un Fafner convaincant, grâce à une voix très grave et imposante. Enfin, c’est une jolie Erda aux cheveux blonds (Anna Larsson) qui sort des entrailles de la Terre au troisième acte. La voix est fort belle, les graves somptueux, et ce sans poitrinage.

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La mise en scène est dans la droite ligne des deux premiers épisodes. Au sens propre d’abord : le rideau s’ouvre sur les flammes entourant une Brünnhilde endormie sur les trois chaises rouges. Les décors sont relativement minimalistes pendant les trois actes et définitivement gris. Au premier acte une petite fenêtre ornée de barbelés, ainsi que des lits très sommaires renvoient presque l’image d’une cellule de prison. La chanson de la forge est animée par de très beaux effets visuels.
Après l’entrée en matière somptueuse de l’orchestre, le deuxième acte s’ouvre sur une maigre forêt. Vient ensuite le très convenu (mais bienvenu) tapis vert des « murmures de la forêt », assuré par une lumière. Une figurante intervient pendant que Siegfried pense à sa mère, ce qui n’apporte pas grand-chose à la scène. L’antre de Fafner est une simple ouverture entre deux murs du décor, éclairée d’une forte lumière rouge. Finalement, il sort de son antre blessé … mais dans l’inévitable costume cravate.

Le troisième acte est peut être encore plus minimaliste : un simple lit au centre de la scène. Le décor s’enflamme à l’approche de la barrière formée par Loge, puis devient blanc une fois franchi, pendant le duo d’amour.

Stéphane Braunschweig ne démérite pas. Pourtant on sent dans ce Ring une sorte de peur de s’engager dans une interprétation vraiment personnelle de l’œuvre.

En définitive, cette production de Siegfried est assez déséquilibré : un orchestre, de très haut niveau -et qui domine clairement les débats-ne doit pas malgré tout pas faire oublier un Wotan impérial et un Mime de grand cru.

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- Aix-en-Provence
- Grand Théâtre de Provence
- 01 juillet 2008
- Richard Wagner (1813-1883), Siegfried
- Stéphane Braunschweig, Mise en scène, scénographie et vidéo ; Thibault Vancraenenbroeck, Costumes ; Marion Hewlett, Lumières
- Siegfried, Ben Heppner ; Mime, Burkhard Ulrich ; Der Wanderer, Sir Willard White ; Brünnhilde, Katarina Dalayman ; Alberich, Dale Duesing ; Fafner, Alfred Reiter ; Erda, Anna Larsson ; L’Oiseau, Mojca Erdmann
- Berliner Philharmoniker
- Simon Rattle, direction






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