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Sigiswald Kuijken ou le caméléonisme positif

lundi 28 novembre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature
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Sigiswald Kuijken
DR

Les orchestres adoptent de plus en plus la disposition équilibrée qui consiste à séparer les violons I des violons II en mettant ceux-ci à la droite du chef, devant les contrebasses. Les altos et les violoncelles se trouvant au centre. L’OBMFC obéissait ce soir à cette règle, et le fait est que le résultat sonore s’en trouvait renforcé.

Jean-François Verdier prêtait « son » orchestre au maître de la musique ancienne et de l’interprétation baroque, le grand Sigiswald Kuijken. Tout droit sorti d’un tableau de Rembrandt, avec ses longs cheveux lisses et blancs débordant sur une tunique lie de vin, le maître apparaît décontracté. Il dirige sans baguette, le geste souple. L’esthétique baroque limitant volontairement les effets de poids et les grandes envolées lyriques, le chef d’un soir à Besançon manie avec assez d’efficacité l’écriture haydnienne pour en faire ressortir toutes les lignes mélodiques.

L’introduction du premier mouvement de la Symphonie n°92 donne le ton : très claire, presque fragmentée, elle prend des allures chambristes inattendues et bienvenues pour peu que l’on adhère à cette esthétique. Mais Sigiswald Kuijken se distingue d’autres collègues baroqueux par l’absence d’excès de contrastes, de soufflets et un vibrato existant mais minimal. Il ne cherche pas à compenser une certaine neutralité d’affects par une gratuité d’effets inutiles. Rien n’est appuyé, pas même le Menuet. Tout sonne juste. L’ampleur, le souffle, l’élan, l’agilité et la densité s’additionneront dans un finale ébouriffant. On peut faire une remarque à propos de ce Haydn : l’Orchestre de Besançon sonne différemment, preuve incontestable que Sigiswald Kuijken fait partie des grands chefs capables de modifier la couleur d’un orchestre sans en changer les éléments ni les instruments. Tout au plus remarquera-t-on la tenue légèrement différente de quelques archets.

Une rareté sert de transition avec la seconde partie du concert : une pièce de Weber pour basson, rarement exécutée en public. Une curiosité qui permet d’apprécier la sonorité goulue et grasse de cet instrument peu mis en avant mais dont Fany Maselli nous fait apprécier les capacités expressives et virtuoses, dont la vélocité étourdissante des dernières mesures. En bis, un second mouvement du Concerto KV191 de Mozart, trop rarement entendu, qui nous fait oublier que cet instrument n’est pas seulement le Grand-Père de Pierre et le Loup.

Après un bref entracte, tout se remet en place pour la Symphonie n°1 de Brahms. Nous ne cacherons pas certaines craintes initiales, bien que Sigiswald Kuijken dirige occasionnellement le répertoire romantique avec des orchestres modernes, ce qui est le cas ici. Les premières mesures font vite évaporer nos réticences. Comme Haydn mais dans un autre siècle, ce Brahms-là n’est heureusement pas joué à l’ancienne, pas dégraissé et déromantisé. Encore une fois, un travail de fond est réalisé dans le sens d’une plus grande clarté, d’un meilleur équilibre réparti entre les masses sonores. Il y a du poids mais pas d’embonpoint, de la densité sonore mais pas de surcharge, de la structure formelle mais pas un collage mathématique. L’harmonie ressort suffisamment pour contrer les cordes dont l’aspect chambriste n’échappera à personne tout le long du second mouvement. Quelques faiblesses dans l’attaque des cors sur les deux derniers mouvements seront vite oubliées par l’énergique élan insufflé dans les dernières minutes.

Sigiswald Kuijken a donc réussi là où beaucoup auraient échoué : avec un orchestre « moderne » faire sonner Haydn comme au XVIIIè et jouer Brahms compositeur du XIXè sans subjectivité romantique.

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- Besançon
- Théâtre musical
- 25 novembre 2011
- Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n°92 en sol majeur « Oxford »
- Carl Maria von Weber (1786-1826), Andante et rondo hongrois op.35
- Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°1 en ut mineur op.68
- Fany Maselli, basson
- Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté
- Sigiswald Kuijken, direction






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