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Se révéler dans l’adversité

jeudi 3 février 2011 par Vincent Haegele
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Sarah Connoly
DR

C’est peut-être louable, de la part de Vladimir Jurowski, de tenter de réformer l’irréformable et de tirer le meilleur parti d’un orchestre, celui de l’Age des Lumières, en l’occurrence, dont la rigueur s’est depuis longtemps enfuie. Au final, l’impression est mitigée et pourrait prêter à confusion : il serait aisé d’écrire que le chef a donné le meilleur de lui-même et que l’orchestre a fait ce qu’il a pu dans un répertoire ambitieux, réservé d’ordinaire aux plus grandes phalanges. Écheveau à démêler, donc…

L’Orchestra of the Age of Enlightenment n’est pas ce que l’on peut appeler d’une rigueur à toute épreuve, quelle que soit la baguette sous laquelle il joue. Bénéficiant d’une réputation certaine, notamment dans le répertoire classique, il serait tentant d’écrire que l’ensemble anglais n’a que peu à dire dans Wagner, Liszt ou Mahler, surtout si l’on est allergique à un certain mode d’interprétation, prétendument historique, lequel consiste souvent à jouer faux, sans expression et dans un grand fatras sans coordination. Alors oui, il y a eu des fausses notes, des musiciens totalement à côté de la plaque (mention spéciale à la chef du deuxième pupitre des premiers violons, en contre-archet en permanence), une ou deux cordes cassées en direct et au mauvais moment, mais malgré tout, le sentiment dominant reste plaisant.

Vladimir Jurowski est certainement la source de ce petit miracle : sa lecture très précise du Prélude de Parsifal est certes gâchée par les approximations des cuivres et du hautbois principal, mais elle a le mérite d’aller au fond des choses, avec un tempo qui fait fi des possibilités techniques de ces maudits « instruments d’époque » reconstitués. Le constat est identique dans les Totenfeier de Gustav Mahler, mouvement isolé qui deviendra plus tard la première partie de la symphonie « Résurrection ». Les intentions sont bonnes et le rendu efficace, notamment chez les cordes et les percussions, grâce à une prise de rythme sensiblement peu rapide, ce qui laisse le temps au chef de développer un discours qui respecte le contrepoint serré de Mahler sans sombrer dans un fouillis sans nom. Une sorte d’Anti-Norrigton, si l’on veut.

Il se peut parfois que les intentions ne suffisent pas et ce sont les rares Préludes de Franz Liszt, poème symphonique tout en fureur et en bruit, qui en ont fait les frais : on fonce, tant pis pour les obstacles. Le résultat est amusant, faisant oublier que juste auparavant, Sarah Conolly donnait une interprétation foudroyante de justesse, toute en ombres du soir, des Chants du compagnon errant. C’était là la meilleure partie du concert, la plus aboutie et c’est bien à elle qu’on le doit. Des aigus de rêve, une force de conviction de marbre dans Ich hab’ ein Messer, bref, un véritable bonheur.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Élysées
- 22 janvier 2010
- Richard Wagner (1813-1883), Prélude de Parsifal
- Gustav Mahler (1860-1911), Totenfeier ; Lieder eines fahrenden Gesellen
- Franz Liszt (1811-1886), Les Préludes.
- Sarah Conolly, mezzo soprano
- Orchestra of the Age of Enlightenment
- Vladimir Jurowski, direction











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