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Schumann : Coup de Folie sur Strasbourg

vendredi 18 avril 2008 par Bertrand Balmitgère
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Ronald Brautigam
DR

Heureusement que les premières mesures d’un concert n’en déterminent pas la suite car sinon, on n’aurait guère donné cher de la suite de cette soirée consacrée à Schumann. En effet, un concert qui débute par un festival de pains de la part des cuivres, ce n’est jamais très encourageant. Heureusement, il ne s’agissait là que d’une mauvaise introduction, à l’image d’un mauvais démarrage chez un sportif. Car la suite du concert se révéla d’excellente facture, constituant même une agréable surprise.

Nous avions quitté l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg aux prises avec Bruckner, qu’il avait plus ou moins travesti en Mahler. On pouvait s’interroger quant à la capacité de l’orchestre à dompter un répertoire romantique plus précoce tout aussi piégeur. En effet, les œuvres de ce soir : les deux premières symphonies de Schumann et son concerto pour piano, réclament un orchestre virtuose, capable de tempérament, frôlant même l’emportement, tout en y alliant une rare finesse. Le pari n’est donc pas facile à remplir, du moins à première vue. Et c’est là qu’est la surprise offerte par l’OPS, car il a relevé le gant avec panache. Emmené par la remarquable flûtiste solo Agathe Renault, l’OPS de Marc Albrecht semblait comme habité par l’esprit romantique. Les deux premières symphonies de Schumann furent jouées tambour battant, comme si un vent irrésistible poussait la phalange strasbourgeoise dans une folle course. A cela l’orchestre répondait par un jeu aérien, un son velouté, semblable à celui qu’aimait donner Claudio Abbado à ses Berliner Philharmoniker tout juste avant de le quitter en 2002. Comparaison flatteuse mais pas inopportune, car la démarche était bien la même. Donner de la vie, de la lumière, de la légèreté à ces œuvres. Marc Albrecht y est parfaitement bien parvenu, faisant craquer les pupitres sous ses coups de cravaches. Rien ne semblait calculé, les musiciens semblaient jouer leur vie. Comme si celle-ci dépendait de l’accomplissement de ce concert. Et le plus remarquable dans tout cela, c’est que contrairement au dernier concert Bruckner, jamais l’orchestre ne tomba dans l’excès et encore moins dans la fausseté. Mention à ce niveau-là aux violons, violoncelles et autres vents. Les cuivres encore et toujours auraient pu nous faire mentir avec leurs éternels ratages mais c’était si peu de chose comparé au reste.

Il sembla de fait que ce répertoire schumanien était taillé sur mesure pour l’OPS qui s’y trouvait comme un poisson dans l’eau. Constat qui se confirma de la meilleure des manières lors du concerto pour piano. Le soliste en était le fantasque mais non moins excellent Ronald Brautigam. En préambule, nous tenons à saluer enfin un pianiste sympathique, qui sait faire aimer son art et le partager avec le public qui lui rendait bien. Le jeu de Brautigam plongea tout de suite la salle dans une atmosphère tantôt électrique tantôt romantique. On pourrait oser le jeu des comparaisons tant la ressemblance avec Martha Argerich était flagrante ce soir là. Avec ce même côté félin, libre et furieux. Ne cherchez pas en vain ici la lourdeur car ni Brautigam, ni Albrecht ne semblait la connaître. Nous eûmes donc la chance d’assister à une prestation sans faille, classieuse au possible.

Certains esprits chagrins, nostalgiques des prestations germaniques à la Furtwängler auront peut-être trouvé ce concert Schumann un peu trop dans le registre de la légèreté. Laissons les penser cela, car pour notre part l’allégement des masses orchestrales est un bienfait qui participe toujours plus à la libération de la musique du poids d’une tradition devenue trop pesante et passéiste.

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- Strasbourg
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- 03 avril 2008
- Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n°1 en Si bémol majeur, du « Printemps » Op.38, Concerto pour piano et orchestre en la mineur Op.54, Symphonie n°2, en ut majeur Op.61
- Ronald Brautigam, piano
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marc Albrecht, direction











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