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Schumann, Capuçon, Harding et Dresde, un mariage idéal.

mardi 23 juin 2009 par Carlos Tinoco
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Daniel Harding
©Eisuke Miyoshi

On pouvait avoir des réserves sur l’enregistrement du concerto pour violon de Schumann par Renaud Capuçon, Daniel Harding et le Mahler Chamber Orchestra : tempos trop retenus, ensemble un peu pesant, comme si les interprètes avaient trop pris au pied de la lettre les indications du compositeur (« nicht zu schnellen tempo ») et avaient oublié que, pour sauver cette œuvre imparfaite, il fallait y introduire l’allant d’un Szeryng (avec Dorati). Le concert avec la Staatskapelle de Dresde a apporté un démenti flagrant. Tout ce qui ne fonctionnait pas au disque a pris ici sa place avec une évidence qui donne envie de dire : « c’est bien pour cela que cette musique a été écrite ».

Le programme du concert au Théâtre des Champs-Elysées faisait la part belle au Schumann mal aimé. Une ouverture de Genoveva trop rarement jouée, le concerto pour violon, escamoté par Clara Schumann et par Joachim eux-mêmes, et la deuxième symphonie, habituellement la moins considérée des quatre. Genoveva confirme d’emblée ce qu’on pouvait attendre de l’affiche : la Staatskapelle est bien l’un des plus formidables orchestres au monde (et reste surtout, parmi les grandes phalanges, l’une de celles qui garde un son nettement caractérisé), et Harding a de grandes qualités de chef. En premier lieu, des qualités de chef d’opéra, évidentes dans cette ouverture. Cette main-là sait construire une narration. Au-delà de la vigueur du propos, c’est la tension dramatique et l’intelligence des contrastes qui frappent. Cette manière de penser le discours convient remarquablement à un orchestre dont le trait principal est peut-être de ne jamais se laisser enivrer par sa propre splendeur.

L’intégrité, ce pourrait être d’ailleurs le terme emblématique de ce concert. Et Renaud Capuçon n’en manque pas. Ce n’est pas le plus ébouriffant des grands violonistes (en a-t-il seulement le désir ?) mais quel magnifique musicien ! Le dialogue avec l’orchestre est porté à un tel niveau qu’on a l’impression d’assister à de la musique de chambre, et de la plus intime. Pris à ce tempo, là où on entendait quelque chose d’hiératique avec le Mahler Chamber Orchestra, c’est dans une rêverie mélancolique que Harding et Dresde accompagnent Capuçon. C’est peut-être ainsi, seulement, que cette partition trouve son équilibre. En particulier la polonaise finale, dont on a souvent l’impression qu’elle est un entredeux insatisfaisant : pas assez ou trop brillante. Mais quand les instrumentistes ne nous transportent plus sous les ors d’une salle de bal, quand ils nous font entendre le murmure d’un Schumann qui se chante à lui-même, sans effet ni luxe, l’œuvre ainsi mise à nu devient infiniment émouvante.

La symphonie n°2 qui clôt ce parcours schumannien opère comme une synthèse entre la dimension dramatique de Genoveva et l’intériorité du concerto. Notons d’abord que Harding et Dresde se tirent à merveille des chausse-trappes de cette partition, notamment aux deuxième et troisième mouvements. La liberté agogique ne conduit pas à un morcellement de la symphonie car le chef tient les tempos avec maîtrise et finesse. Il peut d’autant plus laisser la place à tout ce qui fuse dans l’écriture schumanienne qu’il sait l’intégrer dans une cohérence d’ensemble. La transparence des pupitres de la Staatskapelle lui sont ici d’un grand secours. Les différentes facettes de cette musique, songeuse, espiègle, frénétique, sont entrelacées sans solution de continuité et dans un constant souci narratif. Harding est un remarquable schumannien, et si son geste n’a pas le brillant que certains attendent dans ce répertoire, la maîtrise avec laquelle il conduit le discours est exaltante.

Quant au rappel : l’ouverture du Freischütz, avec tant d’ingrédients réunis, c’est évidemment un grand bonheur…

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- Paris
- 12 juin 2009
- Robert Schumann (1810-1856), Ouverture de Genoveva ; Concerto pour violon et orchestre en ré mineur ; Symphonie n°2 en Ut majeur Op.61
- Gauthier Capuçon, violon
- Staatskapelle Dresden
- Daniel Harding, direction






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