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Schubert autrement

mercredi 12 décembre 2007 par Richard Letawe

Le programme de ce concert du SymfonieOrkest Vlaanderen, que nous suivons ce soir au Bijloke de Gand était difficile à vendre : aucune oeuvr vraiment célèbre ou populaire, des miettes de Schubert, et beaucoup de répertoire contemporain.

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Martin Fischer-Dieskau
DR

L’auditoire est donc un peu plus clairsemé qu’à l’habitude, mais le succès public reste quand même très honorable.
Invité ce soir au pupitre, Martin Fischer-Dieskau, au nom bien lourd à porter dans le monde musical, et qui mène une carrière variée et intéressante, principalement au Canada, en Suisse et en Allemagne, même s’il dirige rarement des orchestres de tout premier plan.

Le concert débute par la pimpante Ouverture en Ut majeur de Schubert, que le chef dirige vivement, mais sans beaucoup de douceur, et avec des accents assez raides. Ensuite, de Schubert encore, nous entendons les Danses Allemandes, initialement composées pour le piano, et ici orchestrées par Webern. Martin Fischer-Dieskau y fait preuve d’un sens chorégraphique très sûr, n’hésitant pas à y aller franchement dans le déhanchement, marquant les rythmes avec soin. Il laisse beaucoup de liberté à l’orchestre, semble parfois divaguer les bras ballants, mais fait finalement de ces danses sans prétention un moment pétillant et plein d’humour.

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Margriet van Reisen
© Marco Borghreve

La première partie est conclue par les Folksongs de Berio, chantés par la mezzo hollandaise Margriet van Reisen, lauréate du Concours Reine Elisabeth de chant, l’année de la victoire de Marie-Nicole Lemieux. Elle semble constamment hésiter entre un style vocal brut, résolument populaire et folklorisant, et une interprétation plus onctueuse et lyrique. Cet entre-deux stylistique, entre cabaret et opéra est assez peu satisfaisant, d’autant plus que les limites de la chanteuses sont très palpables. L’intonation manque de netteté et de définition, la voix, qui laisse passer beaucoup d’air, semblant toujours entourée d’un halo. Le legato est un vieux souvenir des cours de chant, mais n’a pas de réalité audible, et le timbre est rêche, avec un haut médium très sourd, et des aigus courts et acides. Restent un investissement très louable, et des graves doux et bien assis, ce qui ne sauve qu’en partie une interprétation inaboutie.

Retour à Schubert pour la deuxième partie, dont l’Ouverture en Ré majeur est dirigée avec panache, et de façon moins cassante que celle qui ouvrait la soirée.
La pièce de résistance est constituée par Rendering de Berio, dans lequel le compositeur italien reprend les dernières esquisses symphoniques de Schubert. Il les instrumente pour un orchestre semblable à celui de la symphonie n°9, et ajoute pour compléter les passages manquant entre les parties composées une sorte de matière orchestrale neutre, sans couleurs, à l’atmosphère éthérée et à l’aspect lymphatique. Berio définit lui-même cette grise et répétitive, au goût fade malgré l’omniprésence du célesta, comme du « ciment » destiné à boucher les trous. Le travail de Berio est louable, pour ce qu’il permet d’entendre des dernières idées de Schubert, du même niveau d’inspiration que pour sa Grande symphonie, plus que pour les remplissages du compositeur italien, ce qui semble d’ailleurs être clairement le but qu’il se fixait au départ. Martin Fischer-Dieskau dirige l’œuvre de façon claire et posée, sensiblement plus intéressé par les passages schubertiens, auxquels il donne élégance et puissance, trouvant naturellement le rythme de marche sérieuse du mouvement lent, cousin du mouvement similaire de la symphonie n°9, et faisant sonner les parties rapides avec une vigueur un peu militaire, qui leur convient bien.

Le SymfonieOrkest Vlaanderen joue ce programme avec sérieux et maîtrise, mais a déjà été plus impliqué et plus précis. Les pupitres manquent un peu de cohésion, avec des bois pour une fois assez fades, et parfois pris en faute d’intonation ou de décalage.

Le SOV retrouvera son chef titulaire Etienne Siebens à la fin de ce mois de décembre à Bruxelles, Anvers et Bruges, pour le Concerto pour piano de Dvorak -Jan Michiels au clavier-, et la fin de l’intégrale Brahms avec la quatrième symphonie.

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- Gand
- Bijloke
- 23 novembre 2007
- Franz Schubert (1797-1828), Ouverture en Ut majeur D591 ; Danses allemandes, Orchestration d’Anton Webern ; Ouverture en Ré majeur D590
- Luciano Berio (1925-2003), Folk Songs ; Rendering sur des esquisses de Franz Schubert
- Margriet van Reisen, mezzo-soprano
- SymfonieOrkest Vlaanderen
- Martin Fischer-Dieskau, direction






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