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Salzburger Festspiele 2011 : les Mandelring dans un Chostakovitch autre

mardi 13 septembre 2011 par Philippe Houbert

Le Festival de Salzbourg est principalement renommé pour ses représentations d’opéra, mariage du théâtre et de la musique. Mais les concerts y occupent aussi une place importante, avec une kyrielle de grands noms en solistes et chefs, et quelques programmes de musique de chambre alléchants. Cette année, le Quatuor Mandelring donnait, dans la salle du Mozarteum, l’intégrale des quatuors à cordes de Dimitri Chostakovitch, en quatre concerts répartis sur deux jours, en après-midi et soirée. Nous relatons ici le troisième concert de la série, consacré aux Quatuors n°9, 10 et 11.

En effet, les Mandelring choisirent de donner l’intégrale dans l’ordre chronologique et renoncèrent donc à associer des quatuors d’époque différente, comme c’est très souvent le cas, y compris dans leur version discographique enregistrée sur plusieurs années et parue chez Audite. De l’écoute des trois œuvres données au cours de ce concert, dans une salle surchauffée (l’été salzbourgeois fut visiblement chaud et humide), on peut retenir quelques considérations générales. Le Quatuor Mandelring gagne considérablement à être entendu en concert. Les disques, qu’il s’agisse des Chostakovitch mentionnés ou des Brahms critiqués sur ClassiqueInfo, sont impeccables techniquement mais un brin ennuyeux car l’engagement des musiciens semble toujours beaucoup trop sous contrôle. En direct, même si on peut, ici ou là, aspirer à ce que tel ou tel instrumentiste se lâche un peu plus, les œuvres sont vraiment interprétées et n’en restent pas à une lecture parfaite. La technique est tout à fait impressionnante, et surtout d’une grande homogénéité d’un pupitre à l’autre.

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Mandelring Quartett
© Ralf Ziegler

Si l’on va un peu plus dans le détail, nous avons beaucoup apprécié la conduite générale du Quatuor n° 9, petit frère de la Symphonie n°13. Les deux premiers mouvements, qui restent dans une sorte de grisaille, furent parfaits de mise en place et le solo d’alto (Roland Glassl) introduisant l’Adagio fut donné avec un lyrisme évitant tout pathos. Si l’Allegretto servant de Scherzo apparaît un peu trop littéral et manquant du grotesque sardonique cher au compositeur, le finale fut bien la référence au Beethoven du Quatuor en ut dièse mineur qu’on peut y attendre : alerte, virtuose, engagé et résumant tout ce qui a précédé en quelques minutes.

Nous émettrons un peu plus de réserves quant à l’exécution du Quatuor n° 10. L’Andante initial est une pièce redoutable. Cet hommage à l’amitié qui liait Chostakovitch à Moshe Vainberg fut parfait instrumentalement, mais manquant légèrement de naturel, de chaleur instinctive. Sans doute les Quatuors Beethoven et Borodine (dans la formation de la grande époque) vont-ils plus loin dans le furioso de l’Allegretto mais nous devons rendre les armes devant une telle qualité de mise en place et d’homogénéité. La sublime passacaille de l’Adagio doit elle être prise ainsi que le firent les Mandelring, avec un début assez allant, nous ne saurions l’affirmer, mais quel lyrisme dans ce qui suit ! Quant au Finale dansant, sauf à être de mauvaise foi, le quatuor allemand peut tout à fait s’y mesurer aux références citées plus haut.

Après l’entracte, les Mandelring donnaient le Quatuor n°11, œuvre énigmatique, poème sans paroles diront certains, en sept mouvements enchaînés. L’interprétation qui en fut donnée nous apparut d’une formidable sérénité assumée. De l’Andantino initial au Moderato final, en passant par le Récitatif Adagio et la très émouvante Elégie, on a l’impression de marcher au milieu de fantômes, non pas des spectres menaçants, mais des ombres légères et familières. Techniquement, on est près de la perfection, avec un degré de concentration qui, si on la met en regard du marathon auquel se livre le quatuor en deux journées, ne peut que forcer l’admiration.

Ensuite, et ceci vaut pour l’ensemble du concert, reste la question fondamentale : est il possible de jouer ces œuvres après les Quatuors Beethoven et Borodine ? Est-ce que ce que font les Mandelring est, non seulement assez russe, mais d’un russe qui aurait traversé les horreurs vécues par Chostakovitch ? Et, ici, on ne peut que se souvenir de l’anecdote racontée par Guennadi Rojdestvenski au sujet du rythme qui ponctue la fin du premier mouvement de la Symphonie n°4. Là où les musiciens de l’orchestre de Cleveland y entendaient des chevaux au galop, le chef russe leur rappelait que c’était le rythme des coups que les prisonniers des geôles staliniennes donnaient sur les tuyaux pour communiquer entre eux.

Formidable quatuor que l’on aimerait ré-entendre en France (malheureusement pas prévu à la prochaine Biennale de la Cité !) et que nous aurions mieux fait de suivre dans les quatre derniers quatuors plutôt que de nous rendre à un concert bien décevant, de l’autre côté de la Salzach. A suivre …

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- Salzbourg
- Mozarteum
- 19 août 2011
- Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuors à cordes n° 9 en mi bémol majeur, opus 117 ; n° 10 en la bémol majeur, opus 118 ; n° 11 en fa mineur, opus 122
- Mandelring Quartett : Sebastian Schmidt, 1er violon ; Nanette Schmidt, 2nd violon ; Roland Glassl, alto ; Bernhard Schmidt, violoncelle






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