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Salzburger Festspiele 2011 – les concerts orchestraux : Dany bougon et Vienne, toujours Vienne

vendredi 23 septembre 2011 par Philippe Houbert

Notre séjour salzbourgeois se terminait avec deux concerts orchestraux donnés au Grosses Festpielhaus, l’un avec un orchestre invité, le West-Eastern Divan Orchestra ; l’autre avec la formation en résidence à chaque festival (une rue perpendiculaire aux palais du Festival lui est dédiée), l’Orchestre philharmonique de Vienne.

Daniel Barenboïm tel qu’en lui-même :

Daniel Barenboïm est l’une des personnalités du monde musical classique qui suscite les réactions les plus contrastées. De l’enfant et du jeune homme prodige au chef de l’Orchestre de Paris, de son travail à Chicago et Berlin à la création, avec Edward Saïd, de cet orchestre, le West-Eastern Divan Orchestra, vecteur de compréhension entre jeunes musiciens en provenance de pays en désaccords profonds, on ne peut qu’aimer cet homme exigeant et curieux. Mais la nature humaine est chose complexe et, au-delà de ses qualités musicales, Daniel Barenboïm est aussi doté d’un caractère peu amène et assez souvent désagréable. Ainsi, après avoir fait patienter le public durant près de 3 quarts d’heure pour cause d’arrivée très tardive de l’orchestre, à la fin du concert, il s’est mis plus ou moins à engueuler le président d’un organisme international qui lui remettait un prix européen de … tolérance, sous le prétexte que ce dernier mot ne lui convenait pas, le tout évidemment sans un mot d’excuse pour le public. Tout cela serait de peu d’importance si cet état d’esprit ne lui était fâcheusement habituel et s’il ne déteignait pas sur sa façon de diriger.

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Daniel Barenboïm
© Wolfgang Lienbacher

Daniel Barenboïm proposait, avec le West-Eastern Divan Orchestra (WEDO) le même programme que celui donné à Pleyel en mai dernier, concert que nous avions manqué mais qui nous avait été relaté avec moult enthousiasmes. L’Adagio de la Symphonie n°10 est devenu, en ces deux années de commémorations malhériennes, un point de passage obligé pour chefs et orchestres. Supposé symboliser le testament musical du compositeur, l’œuvre, du moins en certains de ses passages, est en passe de supplanter l’Adagietto de la Cinquième ou l’Adagio pour cordes de Barber dans les séquences de films où il est de bon ton de faire pleurer Margot. Le WEDO s’y comporta remarquablement, les cordes démontrant les progrès de géant accomplis en quelques années d’existence, les autres pupitres paraissant encore un peu verts mais, cependant, de tenue plus que correcte. Mais la direction de Barenboïm, bien engagée avec un début très lent quoique parvenant à créer une tension suffisante, fluctua tout du long du mouvement, avec d’étranges coups d’accélérateur, des baisses de régime, un certain manque d’engagement dans les sinistres accords annonciateurs du Purgatorio, pour finir dans une coda très lente, admirable de mise en place, juste assez lyrique sans tomber dans la guimauve. En vingt-cinq minutes, une sorte de condensé de Barenboïm chef, alternant pire et meilleur ?

Nous eûmes été satisfait de pouvoir en dire de même de l’Héroïque de Beethoven qui suivit. Comment ce chef, qui produisit au début du siècle l’intégrale des symphonies de Beethoven sans doute la plus convaincante depuis celles des grands aînés, a-t-il pu produire une interprétation aussi lourde, sans rebond, avec des tempi lents et surtout sans tension, une incapacité à étager les plans sonores aboutissant à noyer les vents dans les cordes et les cuivres et, comble, sans la reprise de l’Allegro initial ? Où est passée la puissance démiurgique de la version Staatkapelle de Berlin dans le premier mouvement ? Qu’était devenue la conduite de la Marche funèbre, escamotant la montée du climax du premier développement, semblant presque tâtonner dans la fugue ? Le WEDO n’est absolument pas en cause dans ces échecs, les jeunes instrumentistes donnant le meilleur d’eux-mêmes. Le Scherzo fut beaucoup plus intéressant, avec des dynamiques bien respectées et une précision instrumentale que nombre d’orchestres plus expérimentés pourraient envier. Mais le Finale apporta de nouvelles désillusions, avec une direction très relâchée. A aucun moment la tension harmonique ne parvint à trouver son juste équilibre, le plus souvent la pâte orchestrale paraissant extraordinairement lourde. Il devient décidément de plus en plus rare d’entendre les symphonies de Beethoven bien exécutées.

Mariss Jansons et les Wiener Philharmoniker s’amusent en dehors de leur jardin :

Le lendemain, en fin de matinée, dans la même salle du Grosses Festpielhaus, l’Orchestre philharmonique de Vienne donnait un étonnant concert sous la direction de Mariss Jansons. Etonnant car très court : une grosse heure de musique. Etonnant aussi par son programme car réunissant deux œuvres orchestrales avec lesquelles les Wiener Philharmoniker ne sont pas encore familiarisés, et un concerto de piano rebattu. Commençons par ce dernier : ça va aller très vite ! Lang Lang est une des pires calamités qui ait pu arriver à la musique classique ces dernières années, et la malheureuse n’a pas besoin de ça par les temps qui courent ! Le Premier concerto de Liszt est, intrinsèquement, l’une des plus faibles œuvres de son auteur (Hanslick y entendait un concerto pour triangle !) mais, sous les doigts du pianiste chinois, ça devient le vestibule d’un énième cercle de l’Enfer. On passera sur les mines ridicules mais pas sur ce toucher d’une laideur stratosphérique, sur l’incapacité congénitale à tenir une phrase sans la ralentir, sur la vulgarité du discours appliqué à une œuvre manquant déjà de classe naturelle. Heureusement, avant ce désastre dont les membres de l’orchestre avaient l’air presque gênés, Mariss Jansons avait dirigé une remarquable version de Petrouchka de Stravinsky. Il était très intéressant de voir cet orchestre virtuose, et dont on pourrait penser qu’il est désormais familiarisé avec tout le répertoire, se comporter de façon très appliquée avec cette œuvre centenaire. La précision du chef, la jubilation chorégraphique, les attaques parfaites des vents et des cuivres (formidable flûte de Wolfgang Schulz !), les cordes de rêve que l’on connaît, notamment à Salzbourg, leur seconde maison.

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Wiener Philharmoniker, Mariss Jansons
© Wolfgang Lienbacher

Le programme de ce concert se terminait par une autre œuvre peu courante dans le répertoire de l’orchestre : la Valse de Ravel. Partition rabâchée par les orchestres français et américains, et souvent interprétée toutes voiles dehors, avec le côté canaille que cela peut entraîner. Avec Vienne et Jansons, rien de tel. Une version navigant dans des territoires plus proches des Valses nobles et sentimentales, avec toute la subtilité, la distinction, le raffinement requis. Ah ! ce premier trille aux violons ! Si le mot sensualité peut avoir une traduction musicale, les Wiener Philharmoniker et Mariss Jansons l’ont bien trouvée. Est-il besoin de dire que tout dans cette interprétation, de la virtuosité instrumentale à la mise en place des plans sonores, du bouillonnement rythmique au respect des dynamiques (quelle montée dans le climax !) fut absolument parfait. Et qu’il est bon de retrouver ce chef d’œuvre d’orchestration sous de tels doigts !

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- Salzbour – Grosses Festspielhaus
- 19 août 2011
- Gustav Mahler (1860-1911), Adagio de la Symphonie n° 10
- Ludwig van Beethoven (1770-1827)n Symphonie n° 3 en mi bémol majeur opus 55 « Héroïque »
- West-Eastern Divan Orchestra
- Daniel Barenboim, direction

- 20 août 2011
- Igor Stravinski (1882-1971), Petrouchka, scènes burlesques en quatre tableaux
- Franz Liszt (1811-1886), Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur
- Maurice Ravel (1875-1937), La Valse, poème chorégraphique pour orchestre
- Lang Lang, piano
- Wiener Philharmoniker
- Mariss Jansons, direction











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