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Salle Pleyel : Daniel Harding dirige l’Orchestre de la Radio suédoise

vendredi 30 avril 2010 par Thomas Rigail
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Daniel Harding
© K. Miura

Lourd programme pour Daniel Harding : le Concerto pour piano n°5 de Beethoven et la Sixième symphonie de Mahler, rien que ça. Dans ces deux gros morceaux du répertoire germanique, Nicolas Angelich remplace Hélène Grimaud absente pour raisons de santé, et on découvre un orchestre rare dans nos contrées, l’Orchestre de la Radio suédoise.

Un orchestre qui ne restera pas dans les mémoires, car s’il apparaît globalement d’un niveau plus qu’honnête, aucune individualité ne se détache réellement et certains pupitres, en particulier chez les cuivres, entachent une prestation solide et disciplinée mais qui ne sort pas de l’ordinaire d’un orchestre de niveau national (autrement dit, on a aussi bien et parfois mieux avec les orchestres parisiens, ce que chacun pourra interpréter selon son jugement sur lesdits orchestres...). L’intérêt de la formation, c’est donc son jeune chef principal, Daniel Harding.

On pourrait trouver beaucoup de qualités à ce Concerto n°5 donné avec Nicolas Angelich : élégance des phrases, équilibre de la texture orchestrale, sonorité pleine du pianiste, aisance générale du geste autant chez le soliste que chez le chef. Des défauts aussi : un deuxième mouvement d’un tempo trop lent qui entraîne des phrasés un peu éparpillés au piano (par exemple mes.21-22 et 25-28) et oscille entre la sensiblerie et le maniérisme, un troisième manquant d’allant et un peu décousu, un pianiste pas toujours très net rythmiquement. Mais ce qui se dégage de cette interprétation, c’est sa grande politesse : équilibrée, lisse, sans excès d’aucune sorte ni prise de risque, elle se déroule affablement, sans céder sur la consistance ni véritablement tenir l’attention en éveil.

Le premier mouvement de la Symphonie n°6 de Mahler affiche des cuivres assez malheureux : pains aux cors (à la reprise du premier thème, aux notes accentuées 5 mesures après 25), sonorité parfois triviale (toute la coda) et limites des timbres qui manquent de brillant et d’homogénéité (particulièrement frappants, l’accord de La majeur/La mineur aux trompettes avant le chiffre 7, ou les accords aux trompettes et aux cors à 41, ratés) affaiblissent un orchestre par ailleurs bien détaillé. Les bois sont également impersonnels : si on note un bon basson solo, la petite harmonie n’a guère de caractère et les solos sont bons sans tout à fait sortir d’une certaine banalité de timbre et de jeu. Ce qui tient le mouvement, c’est l’assurance du geste mélodique de Daniel Harding, qui mène avec force et livre des phrasés cohérents : le deuxième thème, pris assez vite, est particulièrement bien donné, et si le chef s’égare un peu dans la première partie très fragmentée du développement, il sait organiser avec autorité la réexposition.

Le deuxième mouvement – ici le mouvement lent – montre la même maturité de la conduite mélodique. Dans un tempo initialement assez rapide et soutenus par des harpes bien sonores, les bois affichent de belles qualités de groupe (chiffre 47) et le cor solo, libéré de ses encombrants camarades, se découvre une nouvelle précision. Les cordes se lancent avec vigueur dans le premier f (10 mesures après 41) et Harding maintient une belle continuité de la ligne dans les échanges entre bois et cordes qui suivent, mais le souffle se perd un peu, d’autant que le chef tend à ralentir petit à petit et perd sa pulsation initiale (l’a tempo à 55 n’en est pas vraiment un et l’indication « nicht eilen » à 56 est un peu trop prise au pied de la lettre). Cela le pousse à accélérer un peu brutalement à 59 pour donner de l’élan à l’entrée de la conclusion du mouvement, mais la perte rapide de la pulsation fait que le climax à 61 perd un peu de sa superbe. Cela reste néanmoins avec l’Allegro energico le mouvement le plus réussi.

Nous nous attardons sur cette conception de la pulsation car si elle ne gêne pas le mouvement lent, le scherzo est tellement saturé de curiosités agogiques qu’il devient difficile de comprendre où Daniel Harding veut en venir : appuyant le séquençage par des contrastes pas très fins, marquant plus que de raison les intentions expressives, il livre un mouvement assez débraillé et peu cohérent. Il est vrai qu’il est difficile de se sortir de la forme très particulière de ce mouvement, mais ici le chef semble en rester à la surface.

Le finale débute de manière un peu laborieuse et éteinte, et ne démarre véritablement qu’à la partie bois/cors à 106. En dépit de cuivres toujours un peu laids, l’orchestre affiche une belle tenue mais Daniel Harding, s’il donne de ce dernier mouvement une exécution soignée et solide, n’impose pas vraiment de direction expressive bien déterminée. Il parvient à éviter le déballage d’extrémismes sonores mais l’absence de réelle empreinte finit par faire tomber le mouvement dans un pompiérisme et une surcharge un peu vaine.

Un programme généreux bien que classique, un orchestre solide sans atteindre le meilleur niveau, un bon soliste, une direction assez souvent maitrisée : voici assurément un bon concert, mais le côté indigeste du programme et le sentiment que Daniel Harding serait capable de mieux dans ces œuvres avec un meilleur orchestre tempèrent l’enthousiasme.

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- 27 avril 2010
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- Gustav Mahler (1860-1911), Symphonie n°6
- Nicholas Angelich, piano
- Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise
- Daniel Harding, direction






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