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« Sacré Sigiswald … »

mercredi 29 avril 2009 par Philippe Houbert
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Sigiswald Kuijken
© Saskia Vanderstichele

Nous devons avouer un agacement certain lorsque des interprètes ou des compositeurs se croient obligés d’intervenir avant ou au cours d’un concert pour délivrer des explications au public. Rares sont ceux qui ont un vrai talent pédagogique. Le plus souvent, ces interventions se bornent, soit à des autoportraits plus que louangeurs (nous ne citerons pas de noms), soit à des propos visant à brosser le public dans le sens du poil et à lui « apprendre » ce qu’il devrait déjà savoir s’il avait eu la curiosité préalable de se renseigner sur l’œuvre écoutée.

En très long, mais passionnant, préambule d’un concert consacré à trois cantates post-pascales de Jean-Sébastien Bach, Sigiswald Kuijken nous fit un cours d’analyse musicale doublé de belles notions de théologie et de rhétorique. Le tout, sans l’ombre d’un quelconque pédantisme mais en toute humilité : c’est tout juste s’il ne s’excusa pas d’avoir programmé une soirée aussi courte. Ah ! Si tous les interprètes pouvaient avoir ce respect du public !

Ceci étant dit, il restait à jouer. En fidèle disciple et compagnon de route de Gustav Leonhardt, Sigiswald Kuijken semble se mettre en retrait des œuvres. Quand il parle de Bach, il insiste sur le sens premier du verbe « composer », à savoir « mettre ensemble ». De même, interpréter une oeuvre, c’est « rassembler », « faire jouer ensemble ». Oui, mais à condition, ce qui est le cas ici, que les bases techniques de l’interprétation baroque (les rythmes, les articulations, les accents) et la rhétorique (le sens de ces textes chantés, la symbolique des voix, du chœur, de chaque groupe instrumental) soient parfaitement assimilées en amont. Et c’est bien ici le cas, avec une Petite Bande revenue à un très bon niveau en dépit d’un contexte incertain, et un quatuor vocal très homogène.

Le concert débutait avec la cantate BWV 67 composée pour le premier dimanche après Pâques (dit dimanche de Quasimodo), « Halt im Gedächtnis Jesum Christ » (Souviens-toi de Jésus-Christ), ce premier verset étant tiré de la deuxième épitre de Paul à Timothée. L’interprétation donnée à Saint Roch était absolument parfaite d’un bout à l’autre.

Du chœur initial, donné par les quatre voix solistes comme pour les autres cantates (option définitivement retenue par Kuijken dans ses enregistrements), avec son magnifique enchevêtrement de lignes verticales (au chœur), de fugues et de passages instrumentaux au choral final impeccable de recueillement, en passant par l’expressivité déployée par Christoph Genz dans l’air de ténor, en passant par l’air de basse avec chœur « Friede sei mit euch », sublime dialogue entre la « vox Christi » de la basse et les tourments et doutes des fidèles (très belle voix de Jan van der Crabben), tout sonnait avec la force de l’évidence.

Jusqu’à l’utilisation de l’acoustique si difficilement maîtrisable de St.Roch, avec un ensemble instrumental très écarté, renforçant la différentiation des plans sonores entre cordes et vents.

Pour clore la première partie du concert, Sigiswald Kuijken proposait la cantate BWV 85 « Ich bin ein guter Hirt » (Je suis le bon Pasteur), composée pour le deuxième dimanche après Pâques de l’année 1724. Nous avons écrit tout le bien que nous pensions de l’enregistrement réalisé par Masaaki Suzuki (volume 39 de son intégrale). La version donnée en concert par les troupes de Kuijken se situe presque au même niveau.

Rien à dire, si ce n’est que du bien, de l’air initial. Jan van der Crabben incarne parfaitement la « vox Christi » dans cette page tendant à l’arioso avec un très pastoral accompagnement de hautbois. L’air d’alto, se référant à la Passion, est en mineur, et reçoit un magnifique et très troublant accompagnement de « violoncello piccolo », ici joué par Sigiswald Kuijken « da spalla ». La très belle et sculpturale chanteuse slovaque Petra Noskaiova y fit merveille.

Le choral suivant est tout aussi beau, avec la mélodie au soprano (la très émouvante Gerlinde Sämann) accompagnée des deux hautbois d’amour. Nous émettrons enfin une légère réserve quant à un engagement textuel insuffisant de Christoph Genz dans l’air de ténor, mais que la voix est belle !

En seconde partie du concert, la seule cantate BWV 12 « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » (Plaintes, larmes, peines, craintes) composée à Weimar en 1714 pour le troisième dimanche après Pâques (dit dimanche de Jubilate), mais retouchée en 1724 pour Leipzig. La Sinfonia initiale est une merveille très inspirée à Bach par ses goûts pour la musique italienne de l’époque (Marcello, Albinoni), avec son hautbois d’amour concertant. Le premier chœur, en fa mineur, déroule une sorte de procession sur un motif obstiné joué douze fois, chaconne que Bach réutilisera dans le Crucifixus de la Messe en si. Le mouvement plutôt plus lent que dans d’autres versions, employé par Kuijken nous plongea dans un climat d’apesanteur. L’utilisation d’une voix par partie chorale renforce définitivement l’impact de chaque entrée (le nombre ne crée pas forcément un impact plus important).

Après un très beau récitatif à l’alto, suivent trois airs. Le premier, pour alto, nous livra la seconde réserve infime de la soirée. Malgré un hautbois exceptionnel de phrasé, la voix de Noskaiova y est un chouia trop placide pour un texte qui parle de « croix et couronne », de « tourments et d’adversités ». Par contre, que des louanges à décerner à Jan van der Crabben dans l’air de basse, avec l’écriture canonique à l’accompagnement de violons, et à Christoph Genz dans l’air de ténor, formidable en dépit d’une ligne mélodique d’un tortueux rare, symbole des difficultés rencontrées pour demeurer fidèle à sa foi. L’intervention de tromba, plus que périlleuse, sur le choral « Jesu meine Freude » fut tout à fait réussie.

Un concert très réussi, ramenant l’auditoire à quelques fondamentaux liés à cette musique, bases que Sigiswald Kuijken possède sur le bout des doigts et qu’il parvient à transmettre à ses instrumentistes et chanteurs.

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- Paris – Eglise Saint Roch – 23 avril 2009
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), « Cantates de Pâques » : Cantate BWV 67 « Hal im Gedächtnis Jesum Christ » ; « Cantate BWV 85 Ich bin ein guter Hirt » ; Cantate BWV 12 « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen »
- Gerlinde Sämann, soprano
- Petra Noskaiova, alto
- Christoph Genz, ténor
- Jan van der Crabben, basse
- La Petite Bande [1]
- Sigiswald Kuijken, direction

[1] Sigiswald Kuijken, Katharine Wulf, violons I Makoto Akatsu, Ann Cnop, violons II Marleen Thiers, alto Sigiswald Kuijken, violoncello da spalla Marian Minnen, basse de violon Patrick Beuckels, traverso Patrick Beaugiraud, Vinciane Baudhuin, hautbois et hautbois d’amour Jean-François Madeuf, tromba Yukiko Murakami, basson Korneel Bernolet, orgue











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