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SFS/MTT 1 : couci couça

lundi 13 juin 2011 par Philippe Houbert
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Michael Tilson Thomas
DR

Le retour à Paris pour deux concerts du San Francisco Symphony (SFS pour la suite), venant après huit années d’absence, était guetté avec une relative impatience. La raréfaction des grands chefs dans le monde a pour corollaire un nivellement des grands orchestres. Ainsi, aux Etats-Unis, l’écart entre les Big Five (Boston, New York, Chicago, Philadelphie, Cleveland) et les autres (Los Angeles, San Francisco, Pittsburgh, Minnesota, Baltimore, Dallas, Houston, entre autres) semblait s’être réduit ces dernières années. La comparaison pourra se poursuivre à l’automne puisque quelques uns des orchestres précités feront halte salle Pleyel. La venue du SFS et de son chef depuis seize ans était donc une bonne occasion de commencer à vérifier où en est cette hiérarchie.

Deux concerts donc, le premier de format très classique pour une tournée : pièce américaine en forme d’ouverture, concerto, symphonie. Henry Cowell, figure majeure de l’avant-garde américaine, demeure extrêmement peu joué en France, même au sein des formations spécialisées en musique du vingtième siècle et de notre temps. Il serait plus que temps que nos institutions lui rendent hommage un jour. La Cité notamment a consacré des cycles à des compositeurs moins passionnants. Synchrony est une oeuvre pour grand orchestre conçue en 1929-1930 pour une tournée européenne de la Pan American Association of Composers, fondée peu avant par Cowell en collaboration avec Varese et Carlos Chavez. Pièce écrite à l’origine pour un ballet de Martha Graham, dans lequel musique, danse et lumière devaient être à parts égales. On ne sait pas trop pourquoi le ballet ne fut jamais monté mais l’œuvre fut écourtée par Cowell et c’est à Paris que Synchrony fut créée en juin 1931 par l’orchestre Straram sous la direction de Nicolas Slonimsky. Cette composition d’un petit quart d’heure débute par un très long solo de trompette qui concentre tout le matériau de la pièce. Suivent après des phases très inspirées de Jeux de Claude Debussy et une partie très animée rythmiquement, très stravinskienne mais avec des passages harmoniques très personnels, notamment dans l’utilisation des percussions jusqu’à ces coups de gong dans les notes graves du piano, résonance qui nimbera la fin de l’œuvre. Michael Tilson Thomas, très familier de la musique américaine du vingtième siècle (pensons à sa remarquable intégrale des symphonies de Ives), fit merveille, ainsi que le SFS, brillant sans être clinquant, musicien avant que de se montrer virtuose. En tout cas, une belle découverte.

C’est le concerto de Mendelssohn, second du genre pour être précis, que Christian Tetzlaff avait mis au programme. Nous avons relaté ici la très intéressante interprétation du concerto de Beethoven donnée par le violoniste allemand en mars dernier, avec le London Philharmonic et Vladimir Jurowski. Tetzlaff se distingue résolument de la plupart des violonistes de la même génération : il ne laisse pas indifférent. En gros, on l’aime ou ne l’aime pas. Nous avouons un faible qui pourrait être qualifié d’agacé à son encontre. Gros faible, sans doute, car voilà un violoniste qui inscrit ses interprétations dans une vision d’ensemble, pas comme une suite de notes à jouer le plus parfaitement possible. Nous ne serions pas étonnés de découvrir que Tezlaff connaît le Discours musical de Nikolaus Harnoncourt par cœur. La musique, chez lui, qu’il s’agisse de Bach ou de Berg, de Beethoven ou de Mendelssohn, est affaire de discours, donc de rhétorique. D’où un souci particulier porté à l’articulation au sein de chaque mesure, au sein de chaque passage. On peut comprendre, même sans les partager, les critiques visant le souci de joliesse, le détail gâchant l’ensemble. Ce que nous entendons ici, comme toujours en concert avec Christian Tetzlaff, c’est une volonté exacerbée de chanter, de réinventer (ou tout juste donner) la grammaire musicale de l’oeuvre. Avec lui, les indications métronomiques ou expressives ne sont pas de vains mots avec lesquels on puisse jouer. L’Allegro molto appassionato initial est bien molto appassionato, pas juste appassionato. Le lyrisme de l’Andante semble déborder de partout, le Finale ne nage jamais dans le convenu académique souvent reproché à Mendelssohn. Quand on y ajoute le bel accompagnement du San Francisco Symphony, avec des vents exemplaires, des petites touches rarement entendues dans le Finale, on se dit qu’on a entendu l’un des plus beaux concertos de violon de l’année à Paris et on est heureux, ce d’autant que la Gavotte en rondeau de la troisième Partita de Bach vint confirmer que, dans ce répertoire aussi, Tetzlaff est bien l’un des meilleurs violonistes du moment. Nous mentionnions plus haut « faible agacé ». Oui, cet agacement vient tout simplement du fait que nous n’avons jamais retrouvé ces impressions favorables dans les nombreux enregistrements laissés par Tetzlaff. Inhibition du studio ?

La Symphonie n°5 de Beethoven qui composa la seconde partie du concert s’avéra plus décevante. Pas mauvaise mais l’absence de gros défaut apparent est déjà presque un problème. Un orchestre assez large (en tout cas plus important que les tenants d’une vision post-Harnoncourt), des tempi plutôt lents (beaucoup trop pour créer la moindre tension dans les deux premiers mouvements), une mise en place très transparente de la part de Michael Tilson Thomas (positivement, on entend tout à sa juste place et à son juste niveau dynamique ; négativement, ça sonne assez creux comme un parfait élève qui récite un texte parfaitement sans bien en comprendre le sens). Bref, on écoute, on trouve ça pas mal car l’orchestre est d’excellente qualité dans ce répertoire …. et puis on oublie aussi vite. Décidément, en attendant la Septième par Salonen et l’Orchestre de Paris dans quelques jours, les symphonies de Beethoven auront été bien mal servies à Paris cette année, à de très rares exceptions près. La pénurie de grands chefs se fait lourdement sentir.

Un premier concert du SFS assez prometteur quant à la qualité de l’orchestre et qui ouvre quelques questions concernant Michael Tilson Thomas. Le second concert se chargera de donner les réponses.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 30 mai 2011
- Henry Cowell (1897-1965), Synchrony
- Félix Mendelssohn (1809-1847), Concerto pour violon et orchestre n°2 en mi mineur opus 64
- Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°5 en ut mineur opus 67
- Christian Tetzlaff, violon
- San Francisco Symphony
- Michael Tilson Thomas, direction






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