ClassiqueInfo.com



Munich

Münchner Opernfestspiele 2007 : Rigoletto sur la Planète des singes

mercredi 28 novembre 2007 par Richard Letawe
JPEG - 84.7 ko
©Bayerische Staatsoper

En contemplant les photographies de cette production de Rigoletto, présentant des singes, une soucoupe volante, un cosmonaute, nos craintes étaient grandes d’assister à une de ces pantalonnades farfelues qui ont souvent cours sur les scènes allemandes.

Dorris Dörie la metteuse en scène, a transposé l’action sur la Planète des Singes : sauf Rigoletto et Gilda, le père en tenue de spationaute, la fille en robe blanche et en couettes, la faisant ressembler à la Princesse Leia, tous les autres protagonistes sont grimés en singe. Sur cette troupe de primates règne le Duc de Mantoue, babouin en costume criard et chaînes, façon rappeur US. Le contexte est donc très déroutant au premier abord, mais le travail de Dorris Dörie est à part cela très classique, et elle suit précisément la trame du livret. Elle donne même beaucoup d’épaisseur aux personnages, rend l’action tout à fait lisible, et finalement très émouvante. Le grand quatuor du second acte, et tout ce qui suit est particulièrement prenant, bénéficiant de la direction d’acteur très travaillée de la scénographe, et de son utilisation très intelligente du plateau tournant, qui ne sert pas ici seulement à changer de décor, mais surtout à avoir un autre point de vue sur celui-ci. On en oublie donc vite les déguisements des chanteurs, pour se concentrer sur l’action, mais la question qui se pose après la représentation est pourquoi. Pourquoi avoir déployé tant de moyens, et imposé ce cadre « spationauto-simiesque » à Rigoletto, pour au final suivre aussi littéralement le livret ? Et qu’a voulu nous dire la metteuse en scène avec cette transposition a priori hasardeuse ? Exercice de style, volonté de provoquer le public, simple envie de délirer ?

JPEG - 753.5 ko
© Wilfried Hösl

Toujours est-il que malgré cette incompréhension quant aux finalités de la production, on voit une excellente mise en scène de Rigoletto, claire, profonde et inspirée. La distribution participe également pleinement à la réussite de la soirée, avec un trio de chanteurs principaux de haut vol. Remplaçant Joseph Calleja initialement prévu, Piotr Beczala, quelques jours après sa belle prestation dans Werther est scéniquement crédible et vocalement vaillant. Il chante un peu trop en force, et l’émission n’est guère latine, mais il est un Duc de Mantoue très naturel, mauvais garçon, insouciant, cruel et séduisant, et sa Donna e mobile, si elle manque un peu de nuances, est éclatante et sanguine.

Elena Mosuc, dans une tenue qui ne lui sied guère, est pourtant une Gilda de premier plan, aux aigus purs, subtilement colorés, et qui donne un Caro nome extatique. La voix est saine, puissante et bien projetée, la vocalisation est aisée, avec une belle amplitude dynamique, et le chant est juste et précis. Dans la plupart des productions, Rigoletto doit porter bosse et costume de bouffon, alors que les autres sont vêtus d’une tenue seyante. Ici, c’est le contraire, tout le monde doit subir perruque poilue et masque de singe, alors que Rigoletto est en combinaison spatiale, certes pas très élégante, mais dans laquelle il a au moins l’avantage de se tenir debout, sans devoir simuler la difformité. Carlos Alvarez fait une très belle impression dans ce rôle : l’expression est un peu monochrome, mais que le timbre est solaire, la voix franche, la diction mordante, et l’émission noble. Ce Rigoletto toise ses adversaires, ne perd jamais de sa dignité, et le chant reste toujours beau, simple et prenant.

Vêtue d’une tenue de latex rouge assez osée, armée d’un fouet, Elena Maximova est physiquement très crédible, mais le chant de cette Maddalena contredit son apparence : une grosse voix fruste, aux graves caverneux, à l’italien bâtard, et à la justesse aléatoire. Son frère Sparafucile est l’excellent Maurizio Muraro, déjà remarqué la veille en Don Bartolo, aux graves sonores et bien timbrés. Parmi les petits rôles, on remarque surtout le Ceprano très bien chantant de Steven Humes. De haute stature, le chanteur est visuellement très impressionnant, vêtu d’une superbe tenue d’orang-outang, et sa capture par les sbires du duc est une scène remarquablement intense et juste. Les chœurs du Staatsoper, que nous n’avions pas encore beaucoup entendus durant notre séjour sont également remarquables, puissants, justes et bien en place.

Dans la fosse, le Bayerisches Staatsorchester est en forme moyenne, avec des vents parfois patauds. A sa tête, Friedrich Haider ne fait guère d’étincelles et semble avoir un train à prendre : sa direction est brutale, et ses tempi souvent trop rapides, mettant parfois les chanteurs en difficulté. Malgré ses petites insuffisances orchestrales, cette soirée reste excellente, grâce à une distribution soudée, et à une mise en scène qu’on annonçait comme un brûlot, mais qui se révèle au final inspirée et passionnante.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Munich
- Nationaltheater
- 24 juillet 2007
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Rigoletto, Opera en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave
- Mise en scène, Doris Dörrie ; Décors et costumes, Bernd Lepel ; Lumières, Michael Bauer ; Vidéos, Tobia Heilmann
- Il Duca di Mantova, Piotr Beczala ; Rigoletto, Carlos Alvarez ; Gilda, Elena Mosuc ; Sparafucile, Maurizio Muraro ; Maddalena, Elena Maximova ; Giovanna, Heike Grötzinger ; Marullo, Christian Rieger ; Borsa Matteo, Kenneth Robertson ; Il Conte di Ceprano, Steven Humes ; La Contessa di ceprano/Paggio della Duchessa, Lana Kos ; Usciere, Rüdiger Trebes
- Chor der Bayerischen Staatsoper ; Chef de chœur, Andrés Máspero
- Das Bayerische Staatsorchester
- Friedrich Haider, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 804104

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License