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Rigoletto grand public

jeudi 16 février 2012 par Gilles Charlassier
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Piotr Beczala, Il Duca di Mantova ; Nino Machaidze, Gilda
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

Depuis son entrée au répertoire de la Bastille en 1996, le Rigoletto de Jérôme Savary fait figure de classique indétrônable de la maison, régulièrement remis sur le plateau. Et ce n’est pas l’un des moindres plaisirs que de revoir cet écrin idéal à la vocalité verdienne. Autant dire qu’en confortant le public dans une iconographie à l’allure traditionnelle, la production permet de s’abandonner au génie mélodique de Verdi, et constitue ainsi une pierre de touche pour mesurer la performance des chanteurs, tout à leur vocalité, libres qu’ils sont d’audaces scénographiques qui se révèlent parfois fauteuses de troubles.

C’est entendu, donc, on ne reviendra pas sur les mérites du décor figé dans des ruines esthétisantes, symbole des failles dans le monde du duc de Mantoue où va s’engouffrer la vengeance du bouffon, pour le malheur de ce dernier. On se surprend malgré tout à observer les fresques qui ornent quelque pan de mur – tribut à cette Italie du Nord du seicento où se déroule le drame, et où pâlit un héritage déjà pléthorique. Car c’est pour attendrir notre cœur en tendant l’oreille que nous sommes venus. Et l’on avait pour ce faire réuni une prestigieuse distribution, prêt que l’on était de vouloir la mesurer à l’aune des prédécesseures, qui ont vu se succéder rien moins que des Alvarez, Nucci, Pons, Jo ou Siurina. A commencer par le duc de Piotr Bieczala. Encensé souvent à raison pour ses incarnations dans le répertoire slave, son évolution dans l’italianità verdienne lui demande une acclimatation à des latitudes où les coutumes vocales se font plus moelleuses et plus rondes. Il prend ses marques avec bonheur à partir du deuxième tableau. Si la nuance et le clair-obscur doivent parfois se sacrifier, on admire cependant l’énergie solaire dans une plume au vent balancée avec une vigueur presqu’insolente. Voix charnue, opulente, Nino Machaidze délivre Gilda de la blanche innocence qui lui sert parfois de linceul. Cette fille-là s’accroche à la vie jusqu’au bout, estompant les larmes que l’aura du trépas peut susciter. Entre la fragilité et la consistance, il faut savoir choisir, et le soprano géorgien ne laisse aucun doute.

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Zeljko Lucic, Rigoletto ; Florian Sempey, Marullo ; Alexandre Duhamel, Il Conte di Ceprano ; Vincent Delhoume, Matteo Borsa
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

Parmi les options herméneutiques possibles, Zeljko Lucic a préféré le théâtre. Les premiers pas de Rigoletto ne nous sont guère sympathiques d’emblée : accentuant l’arrogance du personnage, il le laisse à distance. Ce n’est que progressivement que son âme blessée de père aimant devient touchante – mais est-il bien le géniteur de Gilda ?, le livret laisse plus d’un doute dans ce qui s’avère un fil conducteur de la dramaturgie verdienne : le duo entre le père et la fille regarde en direction de Simon Boccanegra. Son ire à l’encontre des « vils courtisans » se déploie avec un sens consommé de l’efficacité dramatique, en cela assisté par un chef qui ne se contente pas d’homéopathie. Cela suffit au moins à tenir le public en haleine.

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Zeljko Lucic, Rigoletto ; Nino Machaidze, Gilda
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

Se substituant à Sylvie Brunet, Nancy Fabiola Herrera assure à Maddalena les couleurs vocales qui lui reviennent, tandis que Sparafucile, son frère, profite de la rugosité de Dimitry Ivashchenko. Cornelia Oncioiu retient valablement l’attention en Giovanna, davantage que le pâle Monterone de Paul Gay, à l’autorité bien peu terrifiante. Le reste de la distribution offre une excellente tribune aux pensionnaires de l’Atelier Lyrique. On suit avec attention Florian Sempay, Marullo bien présent, et Vincent Delhoume, Borsa reconnaissable. Alexandre Duhamel témoigne de sa maîtrise en Comte de Ceprano, accompagné par Ilona Krzywicka, la Comtesse. Marianne Crebassa exhale une clarté aussi idoine qu’inattendue en Page. Chae Wook Lim complète le tableau en huissier de cour, ainsi que les chœurs, efficaces, préparés par Alessandro di Stefano.

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Paul Gay, Il Conte di Monterrone
© Opéra national de Paris/ Ch. Leiber

A la tête de l’orchestre de la maison, Daniele Callegari se distingue par une louable vigilance à ne jamais couvrir le plateau, si elle ne s’avérait parfois un rien excessive. Les tempi se montrent d’un moelleux confortable. On retiendra l’habile rétention, quoique frôlant la caricature, dans la chanson triste de Rigoletto au deuxième acte, avant de se précipiter dans un air vindicatif (« Cortigiani »), ménageant une apparence de relief dans la placidité orchestrale. Le succès public – la salle de la Bastille semble comble ce soir – confirme au moins que Rigoletto est indémodable. L’essentiel est préservé.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 07 février 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Rigoletto, Melodramma en trois. Livret de Francesco Maria Piave, d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo.
- Mise en scène, Jérôme Savary ; Décors, Michel Lebois ; Costumes, Jacques Schmidt et Emmanuel Peduzzi ; Lumières, Alain Poisson.
- Piotr Beczala, Il Duca di Mantova ; Zeljko Lucic, Rigoletto ; Nino Machaidze, Gilda ; Dimitry Ivashchenko, Sparafucile ; Nancy Fabiola Herrera, Maddalena ; Cornelia Oncioiu, Giovanna ; Paul gay, Il Conte di Monterone ; Florian Sempey, Marullo ; Vincent Delhoume, Matteo Borsa ; Alexandre Duhamel, Il Conte di Ceprano ; Ilona Krzywicka, La Contessa di Ceprano ; Marianne Crebassa, Paggio Della Duchessa ; Chae Wook Lim, Usciere di Corte.
- Chœur de l’Opéra national de Paris ; Alessandro di Stefano, direction des chœurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Daniele Callegari, direction.






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