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Rigoletto à Caen

mardi 9 juin 2009 par Audrey Vasselin
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© Opéra national de Lorraine

Pour clore une belle saison lyrique, le Théâtre de Caen a choisi le très célèbre Rigoletto. Pari gagné d’avance puisque cet opéra reçoit déjà l’adhésion de la majorité des spectateurs grâce à ses « tubes » comme la Donna è mobile… Néanmoins, le seul risque, non négligeable, est celui d’une mauvaise distribution. Ce faux pas a été heureusement évité.

Commençons d’abord par le rôle-titre… Tomas Tomasson. Ce jeune baryton islandais a terminé ses études en 1995 au Royal College of Music’s Opera School de Londres puis est lauréat du Clytie Mundry Song. Depuis, sa carrière a pris un essor et il chante à travers toute l’Europe… Son répertoire est assez varié puisqu’il comprend le répertoire allemand (Mozart et Wagner), le répertoire russe (Moussorgski, Tchaikovski, Prokofiev) mais aussi italien (Verdi, Bellini, Donizetti). C’est à Nancy qu’il a interprété Rigoletto pour la première fois. Un mois plus tard, il retrouve donc le personnage du bouffon en Normandie, qu’il incarne de façon très marquante, vivant vraiment le désespoir de ce père, blessé au plus profond de lui-même, à tel point que le Gilda, Gilda… lors de la mort de sa fille est d’une sincérité confondante et émouvante. Ceci étant dit, il y a quelques carences vocales, comme ces aigus assez arrachés et détimbrés, et un vibrato assez appuyé. Preuve que Tomas Tomasson est plus un baryton-basse qu’un véritable baryton, ce que confirme son registre grave, doté de très belles couleurs dramatiques.

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© Opéra national de Lorraine

Le constat est plutôt inverse pour son collègue, le très jeune Paolo Fanale, âgé de 27 ans : une très belle voix, chaude et chaleureuse, parfaitement timbrée et menée, mais qui manque de projection. On l’entend parfois assez difficilement alors que le théâtre de Caen est loin, très loin d’être un hangar à la Bastille, et surtout son interprétation est un peu tiède. A sa décharge, le rôle du Duc de Mantoue, inconstant et superficiel n’est peut-être pas le plus intéressant du répertoire de l’opéra Italien.

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© Opéra national de Lorraine

Quant à Elena Gorshunova, elle concentre à la fois une très belle voix et une très belle incarnation de Gilda. Cette jeune soprano russe est une soliste du théâtre Mariinsky depuis 2002, là où d’autres grands chanteurs russes ont commencé leur carrière. Sa voix est typiquement slave : un vibrato petit et serré, une voix fruitée et relativement agile (certes, elle a des difficultés à triller), dotée de très beaux suraigus. C’est donc une très belle découverte.

Dans la fosse, nous retrouvons Paolo Olmi, directeur musical de l’Opéra National de Lorraine. Indéniablement, il maîtrise parfaitement son sujet, et est très attentif aux chanteurs, auxquels il apporte un soutien sans faille. Cependant, on peut lui reprocher une direction un peu trop hachée et manquant de tendresse. Notons aussi l’excellente prestation du chœur de l’Opéra de Nancy et aussi la belle présence des comprimarii (Jean Teitgen en Sparafucile et Varduhi Abrahamyan, Maddalena).

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© Opéra national de Lorraine

La mise-en-scène de Mariame Clément est peut-être polémique, mais néanmoins intéressante. Au premier abord, l’esthétique très allemande, pour ne pas dire Regietheater, rebute. Mais au fil de la représentation, cette même esthétique intrigue puis prend tout son sens. S’il y a bien souvent des modernisations abusives, il existe tout de même certaines adaptations intelligentes et non pas gratuites. La metteuse en scène se base sur Orange Mécanique de Stanley Kubrick, pour baser sa réflexion. Par exemple, le Duc et sa cours ne sont non plus des nobles dépravés de la Renaissance mais des petites frappes de banlieue. Exit donc les habits en soie, et les bijoux, place aux rangers, aux battes de base-ball et aux canifs. Le parallèle avec la Renaissance subsiste cependant avec les chapeaux à plume et des collerettes gaufrées au cou. Cependant, si cette mise-en-scène est globalement réussie, on peut se demander ce que venait faire le bac à sable, qui, au final n’a pas servi à grand-chose…

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- Caen
- Théâtre
- 25 avril 2009
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Rigoletto. Opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Le Roi s’amuse de Victor Hugo
- Mise en scène, Mariame Clément ; Décors et costumes, Julia Hansen ; lumières, Reinhard Traub
- Paolo Fanale, le duc de Mantoue ; Tomas Tomasson, Rigoletto ; Elena Gorshunova, Gilda ; Jean-Vincent Blot, le comte Ceprano ; Patrick Bolleire, le comte Monterone ; Jean Teitgen, Sparafucile ; Alexandre Swan, Matteo Borsa ; Igor Gnidii, le chevalier Marullo ; Sarah Breton, la comtesse Ceprano ; Varduhi Abrahamyan, Maddalena ; Barbara Wysokinska, Giovanna ; Benjamin Colin, Usciere di Corte ; Soon Cheon Yu, le page
- Chœur et Orchestre de l’Opéra national de Lorraine
- Paolo Olmi, direction











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