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« Richard III » de Giorgio Battistelli au Grand-Théâtre de Genève

lundi 6 février 2012 par Emmanuel Andrieu
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Tom Fox, Richard III
© GTG/Yunus Durukan

Après avoir été créé avec un énorme succès public et critique à Anvers en janvier 2005, le « terrible » opéra de Giorgio Battistelli Richard III était repris fin janvier au Grand-Théâtre de Genève. Comme à Strasbourg - qui avait accueilli l’ouvrage en création française (septembre 2009) - c’est dans la mise en scène de l’incontournable Robert Carsen que le public genevois a pu découvrir cette formidable partition de musique contemporaine.

Sous-titré « dramma per musica » - à la manière d’un opus monteverdien - cet opéra est le seul (à notre connaissance) inspiré de la célèbre pièce de Skakespeare. Il met donc en scène le destin tragique de cet être monstrueux et hors norme que fut Richard III, dernier monarque issu de la lignée des Plantagenêts. Afin d’accéder rapidement au pouvoir - lui qui est loin dans l’ordre de succession - il va aussi sûrement que méthodiquement faire exécuter son frère, ses neveux mais aussi tous ceux (amis et conseillers) qui pourraient lui barrer le chemin du trône d’Angleterre. Durant toute la durée de l’action d‘ailleurs, on nous le montre obnubilé par l’objet qu’est la couronne royale, symbole du pouvoir mais aussi de son obsession meurtrière.

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Christopher Lemmings, Clarence ; Tom Fox, Richard III
© GTG/Yunus Durukan

Robert Carsen fait évoluer l’action dans un décor unique signé Radu Boruzescu, formé par un hémicycle métallique de guingois - qui tient de l’arène et du cirque - dont le sol est recouvert d’un épais sable rouge sang. Régulièrement projeté par des protagonistes au moyen de pelles, il vient symboliser - aussi puissamment que de façon esthétique - le sang versé tout au long de ce macabre récit.

Il faut également relever le magnifique travail effectué par le metteur en scène (remarquable directeur d’acteurs, comme on le sait) sur le chœur. Affublé de longs manteaux noirs « à-la-Magritte », de chapeaux melons et de parapluies, il contribue, par son hiératisme inquiétant, à l’atmosphère oppressante dans laquelle baignent la scénographie… et le public.
Omniprésent sur scène, c’est cependant sur le personnage du héros éponyme que s’est le plus attardée la réflexion du metteur en scène canadien. Richard III est ici clairement traité comme un psychopathe assoiffé de sang (magistralement incarné ce soir par Tom Fox), aux poses toujours théâtrales (claudiquant comme Rigoletto) et aux incessants rictus (rappelant ceux de Jack Nicholson dans le film Shining).

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Thomas Dear, Premier assassin
© GTG/Yunus Durukan

La musique, quant à elle, recourt à divers procédés, et notamment à l’imbrication de sons amplifiés (d’origine électronique) mêlés à des percussions, souvent entrecoupés par de tonitruantes salves de cuivres. L’écriture vocale s’apparente à la déclamation, oscillant sans cesse entre chanté et parlé. Les nombreux chœurs « archaïsants » psalmodiés en latin par un Chœur du Grand-Théâtre de Genève irréprochable sont d’un effet tout à fait saisissant : ainsi du final choral polyphonique, d’une bouleversante splendeur (à noter qu‘ils sont du fait du librettiste Ian Burton et ainsi étrangers au texte original). Soulignons enfin que les nombreux moments excessifs et expressifs de la musique sont toujours un formidable contrepoint à l’action paroxystique qui se déroule sous nos yeux.

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Marion Ammann, Lady Anne ; Tom Fox, Richard III
© GTG/Yunus Durukan

D’une distribution homogène, on retiendra d’abord - et sans conteste possible - l’écrasant rôle-titre porté à bout de bras par l’extraordinaire baryton américain Tom Fox. On ne sait qu’admirer le plus chez cet incroyable artiste, de son engagement scénique - d’où émane une folie habitée, ou de son implication vocale - qu’il investit de sa voix chaude, puissante et sombre à la fois. Le reste du plateau ne démérite pas, à commencer par la fantastique mezzo suisse Renée Morloc, en duchesse d’York, qui chante avec une impressionnante conviction sa redoutable partie, notamment lors de ce moment clé où elle invective et maudit son monstre de fils. Sa compatriote (également mezzo) Marion Ammann fait également forte impression en Lady Anne, offrant un touchant portrait de femme résignée. On retiendra également les prestations des deux jeunes victimes de Richard III, confiées à un contreténor (Jonathan de Ceuster en Prince Edouard) et à un soprano enfant (David Ferreira en Prince Richard). Le reste de la distribution masculine n’appelle aucun reproche, tels Urban Malmbergen en Buckingham, Bruce Rankin en Edouard IV ou encore Christopher Lemmings en Clarence…

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© GTG/Yunus Durukan

Rompu à la musique contemporaine, le Basel Sinfonietta excelle sous la battue énergique du chef hongrois Zoltan Pesko, particulièrement dans les nombreux interludes musicaux qui émaillent la partition de Battistelli.

Une musique et un spectacle d’une fascinante et noire beauté.

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- Genève
- Grand-Théâtre
- 26 janvier 2012
- Giorgio Battistelli (né en 1953), Richard III. Drame musical en deux actes sur un livret de Ian Burton, d’après la pièce éponyme de William Shakespeare.
- Mise en scène, Robert Carsen ; Décors, Radu Boruzescu ; Costumes, Miruna Boruzescu ; Lumières, Peter van Praet & Robert Carsen
- Richard III, Tom Fox ; Lady Anne, Marion Ammann ; La Reine Elizabeth, Bénédicte Tauran ; La Duchesse d’York, Renée Morloc ; Buckingham, Urban Malmberg ; Edouard IV, Bruce Rankin ; Clarence/Tyrrell, Christopher Lemmings ; Le Prince Edouard, Jonathan de Ceuster ; Le Prince Richard, David Ferreira ; Richmond, Emilio Pons ; Hastings, Bruno Balmelli ; 1er Assassin/L’Archevêque, Thomas Dear ; 2ème Assassin/Le Maire, Michail Milanov ; Rivers/Catesby, David Adam Moore ; Brackenbury/Ratcliffe, Timm de Jong ; Lovell, Daniel Djambazian
- Chœur du Grand Théâtre de Genève ; Chef des chœurs, Ching-Lien Wu
- Basel Sinfonietta
- Zoltán Peskó, direction






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