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Luxembourg

Riccardo Muti dans un programme original

Philharmonie
dimanche 18 novembre 2007 par Richard Letawe

Riccardo Muti est l’un des chefs internationaux les plus présents dans la courte existence de la Philharmonie de Luxembourg. C’est lui qui a donné avec le Philharmonia Orchestra le concert inaugural de la première saison de l’institution, et il revient depuis lors chaque année. On le retrouve ce soir à la tête de l’Orchestre Symphonique et des Chœurs de la Radio Bavaroise, pour un concert qui une fois de plus a fait le plein, et même un peu plus.

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Riccardo Muti
DR

Au programme, trois raretés illustrant le répertoire pour chœur et orchestre, profane et religieux.
Première œuvre, le Gesang der Geister über den Wassern (Chant des esprits sur l’eau) op. 167 D714 de Franz Schubert, sur un poème de Goethe, que le compositeur mit en musique plusieurs fois. Le chœur est pour huit voix d’hommes, accompagnées d’un quintette de cordes graves (2 altos, 2 violoncelles et une contrebasse). Traitant les huit voix indépendamment, l’œuvre est d’un polyphonie assez complexe, les instrument imitant le plus souvent la ligne des voix. Ce chant est de couleur très sombre, et de caractère grave, entre inquiétude et prière, la musique collant au plus près à la signification du texte. L’exécution de ce soir est à grand effectif, avec un chœur d’une vingtaine de membres, et un orchestre aussi fourni. Fidèle à sa réputation, le Chœur de la Radio Bavaroise y accomplit des prouesses de lisibilité, de transparence et de beauté des timbres, alors que les cordes de l’orchestre produisent des sonorités d ‘une douceur incomparable, rendant justice à cette pièce éloquent et spirituelle.

La suite est encore moins fréquent au concert : Coro dei morti du compositeur italien Goffredo Petrassi (1904-2003). Petrassi compose ce Madrigale drammatico en 1940-1941 sur un texte de Giacomo Leopardi (1798-1837), le Dialogue de Federico Ruysch avec ses momies. Frederik Ruysch était un anatomiste hollandais (1638-1731) dont la légende dit qu’il parlait avec les cadavres qu’il avait embaumés. Pour accompagner ce texte mystique, le compositeur met en place une formation instrumentale très spécifique : pianos, cors, trompettes et trombones, contrebasses, timbales, caisse claire et grosse caisse. Utilisant cette formation avec beaucoup de maîtrise, Petrassi dose ses effets, et obtient des combinaisons de timbres très étonnantes, avec des sonorités à dominante sombre. Placé au centre de la pièce, un Scherzo rugueux et crispant, aux rythmes volontiers outrés, est encadré par des mouvements lents, au caractère crépusculaire et menaçant, dans lesquels le compositeur fait se succéder alternativement des passages mélodiques très simples avec des parties au contrepoint très complexe. Riccardo Muti et ses forces bavaroises défendent ce Coro dei morti, une belle découverte pour un public luxembourgeois visiblement conquis, avec conviction, et avec leur maîtrise coutumière.

La pièce principale de ce concert est pour la fin, avec la Messe Solennelle d’Hector Berlioz, dont Riccardo Muti, grand connaisseur de Cherubini, s’est naturellement fait le défenseur, l’ayant déjà interprétée à Paris en avril dernier avec l’Orchestre National de France. Longtemps considérée comme perdue, cette messe ne fut retrouvée qu’en 1991, une copie ayant été découverte dans l’Eglise Saint-Charles-Borommée d’Anvers. Cette messe est l’œuvre d’un jeune homme d’un peu plus de vingt ans, qui n’a entrepris sérieusement ses études musicales que depuis un an. Le résultat est saisissant : tout le génie de Berlioz, son audace, son inventivité sont là, dès sa première œuvre d’importance. Elle recèle d’incontestables maladresses, et son inspiration est très inégale, mais Berlioz y est déjà maître de l’orchestre, et il puisera tout au long de sa carrière des extraits de cette messe, pour nourrir ses compositions ultérieures. Insatisfait de son œuvre après sa deuxième exécution en 1827, malgré son succès, le compositeur en fit détruire toute copie, sauf une qu’il avait offerte précédemment à son ami le violoniste belge Antoine Bessems, qui avait participé à la création, et qui emporta la partition à Anvers.

Riccardo Muti dirige cette messe avec éloquence, posément, comme si elle était un chef d’œuvre sans défaut. Les tempi sont allants, sans précipitation, et les parties solennelles sont rendues avec toute la majesté nécessaire, sans être écrasantes ou raides. On admire les passages les plus lyriques, comme l’Incarnatus, aérien et chaleureux à la fois, ou la vigueur théâtrale sans complexe qu’il donne au Credo. Finalement, le seul écueil que n’arrive pas à éviter le chef est le Quoniam, qui pris trop lentement, est bien comme l’écrivait son auteur lui-même « une exécrable fugue ». Le chœur et l’orchestre y sont à nouveau admirables, exécutant à la perfection une partition semée d’embûches. Le trio de solistes est moins éclatant. Giuseppe Sabbatini et Ildebrando Darcangelo initialement prévus y sont remplacés par le ténor Herbert Lippert, très satisfaisant, mais dont la partie est fort courte, et par la basse Petri Lindroos, au ton emphatique, est totalement hors sujet. La voix est courte et faible en puissance, manque de métal, avec des graves peu impressionnants, et un vibrato encombrant, réduisant beaucoup l’impact du stratégique Credo. La soprano Genia Kühmeier pose un autre problème : ravissante et puissante, elle est malheureusement un peu trop charnelle et terrestre, pour donner un Incarnatus tout à fait convaincant, malgré la haute qualité de son chant.

Proposant des œuvres sortant de l’ordinaire, mais exécutées avec un talent rare, ce concert est un indéniable succès, un de plus à mettre à l’actif de Riccardo Muti à Luxembourg. Espérons qu’une maison d’édition ait la bonne idée d’immortaliser sa vision de la Messe Solennelle, dont la discographie trop clairsemée, mériterait d’être renouvelée.

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- Luxembourg
- Philharmonie
- 20 octobre 2007
- Franz Schubert (1797-1828), Gesang der Geister über den Wassern D714
- Goffredo Petrassi (1904-2003), Coro dei morti. Madrigale drammatico.
- Hector Berlioz (1083-1869), Messe solennelle
- Genia Kühmeier, soprano ; Herbert Lippert, ténor ; Petri Lindroos, basse
- Chor des Bayerischen Rundfunks ; chef de chœur, Peter Dijkstra
- Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
- Riccardo Muti, direction






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