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Retour remarqué de Vasily Petrenko sur le rocher….

jeudi 5 novembre 2009 par Cyril Brun
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Vasily Petrenko
© Mark McNulty

La Russie, au-delà des ballets célébrés cette année en grande pompe, est à l’honneur dans la principauté. En dépits de l’absence prolongée de Yakov Kreizberg, l’orchestre monégasque poursuit son exploration du répertoire russe. Ce dimanche soir, l’exploration fut rien moins que magnifique. Vasily Petrenko, remplaçant au pied levé son compatriote souffrant, prenait pour la seconde fois la tête de l’OPMC et pour la seconde fois ce fut un concert exceptionnel. Incontestablement ce jeune chef maîtrise les compositeurs russes. Plus d’une fois nous avons été amené à constater combien la musique russe interprétée par un chef ou un soliste russe prenait un relief que les plus brillant maestros ne sont jamais vraiment parvenus à lui donner.

Vasily Petrenko ne déroge pas à la règle, disons même qu’il la transcende. C’est bien l’âme russe, qu’il fit ressortir. Une âme contrastée, une âme contristée, une âme angoissée même, comme le fut celle de Chostakovitch dans l’ambiance stalinienne des années de guerre. On a dit bien des choses sur cette Sixième symphonie et surtout qu’on avait rien à en dire vraiment. Comme il l’avait brillamment fait l’été dernier avec Prokofiev, Vasily Petrenko donna une grande profondeur à cette œuvre que souvent on a considéré comme torturée, fermée sur elle-même et peu convaincante. Ne sachant trop comment l’aborder on en a fait un entre deux styles brisant l’ancien sans imposer le nouveau. Le parti pris du jeune chef fut résolument différent. Comment imaginer qu’en pleine guerre, entre la cinquième et la septième symphonie Chostakovitch n’ait rien à dire d’autre que des banalités, rien à faire d’autre que de briser un cadre établi, surtout après les risques que cela lui a fait courir ? En choisissant au contraire d’utiliser les cadres classiques, Vasily Petrenko a mis en relief les contrastes de l’œuvre, mettant ainsi en exergue une profondeur dramatique qui pourrait bien être une illustration du contexte historique (nous sommes en 1939). Le premier mouvement fut à cet égard extraordinaire. Une grande profondeur dramatique des basses dans ce que l’on peut réellement considérer comme un largo. Cette magnifique entrée renforcée par le jeu parfaitement ad hoc des timbales ont souligné ce largo dans son sens le plus strict, c’est-à-dire non pas un simple adagio appesanti, mais bel et bien un mouvement étiré, élargi qui exprime précisément le drame et la pesanteur de l’atmosphère. Bien que les vents fussent ça et là poussifs, que les trilles de flûtes épousassent mal les pizzicati ou que les seconds violons eussent une tendance mécaniques par moment, perdant ainsi un peu de cet étirement, l’effet recherché sut tenir le public en haleine jusqu’à l’excellence des jeux combinés de trompettes et timbales donnant toute sa force à ce largo. Si l’on pourrait encore signaler ça et là quelques dysfonctionnements, déséquilibres, notamment sur le dernier mouvement, ce fut incontestablement une interprétation de grande qualité inspirée par une vision très approprié de l’œuvre. Vision que bien des musicologues seraient avisés de suivre.

La symphonie n°9 fut tout aussi magistralement interprétée. Certes avec ce concert nous avons retrouvé avec joie les musiciens de l’orchestre qui lors des concerts précédents, sans vraiment de direction, se sont contentés de donner au mieux, leur partie. Mais ici chaque pupitre clairement au service de la vision de Vasily Petrenko sut tenir sa place. Dans une symphonie qui laissa au minimum perplexe l’auditoire de l’époque, chaque pupitre prit un relief particulier. S’agençant parfaitement bien dans un discours linéaire, ils ont ainsi fait ressortir le côté pathétique de cette fantaisie burlesque de fin de guerre. On a si souvent joué cette neuvième d’après les critiques faites au compositeur qu’on ne l’a jamais vraiment regardé avec sérieux. Vasily Petenko a su lire cette œuvre avec une grande profondeur humaine. Comment, en effet, imaginer que Chostakovitch ait pu penser ridiculiser la victoire avec ces fantaisies clownesques au regard de la ligne directrice de fond du discours musical tellement empreint de gravité voire de tristesse ? C’est peut être, en effet, en comprenant ces fantaisies comme les larmes du clown que l’on peut entrer le mieux dans le drame de cette victoire dont personne n’est vraiment sorti vainqueur. Le concerto n°20 de Mozart pour sa part fut au contraire très lourd et surtout absolument pas classique. L’inadaptation du style entraina de nombreuses langueurs et surtout une grande distance avec le soliste au style au contraire résolument classique. De ce fait, les notes de l’orchestre débordaient sous celles du soliste, tandis que les accents se rapprochaient plus de ceux d’un Beethoven. Il fallait donc attendre les moments plus discrets de l’orchestre pour apprécier l’agréable jeu de Philippe Bianconi qui sut donner au piano une véritable respiration combinant à merveille fluidité et notes frappées. Une très agréable soirée où l’on était heureux de retrouver l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo après les errements des précédents concerts de rentrée.

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- Monaco
- Auditorium Rainier III
- 25 octobre 2009
- Philippe Bianconi, piano
- Dmitri Chostachovitch (1906-1975), Symphonie n°6 et 9
- Wolfgang Amadeus Mozart(1756-1791), concerto pour piano n° 20 en ré mineur KV466.
- Orchestre Philharmonique de Monte Carlo,
- Vassily Petrenko, direction











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