ClassiqueInfo.com



Retour aux sources pour Les Noces de Figaro à l’Opéra de Paris

mercredi 10 novembre 2010 par Hermine Ferrand
JPEG - 76.4 ko
Ludovic Tézier (Le Comte di Almaviva)
© Opéra national de Paris/ Frédérique Toulet

Retour à l’Opéra Bastille de la légendaire production de Giorgio Strehler, 37 ans après sa création au Théâtre Gabriel de Versailles, avant d’être très vite remontée au Palais Garnier, inaugurant l’ère de Rolf Liebermann. Et c’est en hommage à ce grand directeur d’opéra né il y a 100 ans que Nicolas Joël a choisi de ressusciter cette mise en scène, abandonnée depuis 2003, marquant ainsi sa griffe : le retour de productions « traditionnelles » dont le but est de faire oublier le choc des mises en scène de l’ère Mortier.

La reprise des « Noces de Strehler » fait figure de retour à l’ordre après la tempête provoquée par la dernière production de l’Opéra de Paris de ces Noces de Figaro, mise en scène par Christoph Marthaler, et qui avait été l’un des plus gros objets de mécontentement du public pendant le mandat de Gérard Mortier. Créée en 1973, cette production-phare, encensée par tous, fut reprise régulièrement jusqu’en 2003, quand elle fut abandonnée et ses décors détruits. Nous assistons donc ici à une reconstitution de ce qu’était cette production, dans des décors empruntés à la Scala de Milan. Giorgio Strehler n’étant plus de ce monde, son travail a été transmis aux chanteurs par ses proches collaborateurs.

Dans ces conditions, on peut se demander ce qu’il reste de l’idée originelle de Strehler. Pas grand chose, d’après les spectateurs qui étaient là en 1973. Il se trouve qu’en dépit de la solide expérience scénique de tous les protagonistes, l’ensemble de leurs actions semble manquer quelque peu d’unité et de précision... mais aussi d’inventivité. Là encore, ce qui était génial et novateur en 1973 (les entrées et sorties des personnages, les jeux de lumières) est devenu la norme dans les mises en scène actuelles. Il ne faudra donc pas espérer revoir un spectacle de légende, mais plutôt une production qui, bien que recréée, avec tous les a priori que cela suppose, conserve une grande efficacité. En effet, il faudrait vraiment mettre beaucoup de mauvaise volonté pour faire tomber à plat ce bijou de théâtre. Strehler était animé par l’intention de ne pas dénaturer le travail de Mozart et Da Ponte, et de ne pas aller à l’encontre de l’universalité de l’intrigue. En cela, son travail est réussi car aucun élément ne vient heurter la continuité du récit.

JPEG - 91.9 ko
Karine Deshayes (Chérubin) et Luca Pisaroni (Figaro)
© Opéra national de Paris/ Frédérique Toulet

Parmi les protagonistes, Ludovic Tézier est un Conte irrésistible, dotant son personnage d’une noblesse extérieure mais ne l’épargnant pas quand il se rend ridicule. Ekaterina Syurina possède un timbre délicieux et une physionomie attachante qui sied parfaitement à Susanna. On aurait cependant aimé voir plus d’inventivité dans son jeu. Luca Pisaroni est irréprochable en Figaro, particulièrement impliqué dans son air « Aprite un po’ quegli occhi ». Karine Deshayes incarne un Cherubino du genre empoté, garçon mal fini aux épaules levées, incarnation des plus attachantes de ce personnage. La voix est vaillante, mais on aurait aimé plus de raffinement dans les airs.

JPEG - 107.5 ko
Ekaterina Syurina (Suzanne) et Barbara Frittoli (La Comtesse di Almaviva)
© Opéra national de Paris/ Frédérique Toulet

Barbara Frittoli emporte elle aussi l’adhésion en incarnant une comtesse crédible au beaux accents lyriques. Il faut aussi signaler Christian Tréguier, très drôle dans le petit rôle du jardinier Antonio, et Maria Virginia Savastano, parfaite en Barbarina. Philippe Jordan dirige l’orchestre de l’Opéra avec un grand sens du détail, mais manque parfois d’ampleur.

JPEG - 95.7 ko
© Opéra national de Paris/ Frédérique Toulet

En définitive, un spectacle de très bon niveau qui respecte la lettre et l’esprit, servi par un excellent plateau vocal dans un écrin raffiné. On peut cependant regretter que ce beau moment de théâtre manque un tout petit peu de folie et d’audace. Notons qu’après cette série, le spectacle sera donné de nouveau plus tard dans la saison, avec une autre distribution. Pour cette série d’automne, Dalibor Jenis succèdera à Ludovic Tézier dans le rôle du Conte d’Almaviva à partir du 11 novembre.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez l’insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse qu’un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de l’auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, n’hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Paris
- Opéra Bastille
- 03 novembre 2010
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro, opera buffa en quatre actes. Livret de Lorenzo Da Ponte, d’après Le Mariage de Figaro de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
- Mise en scène : Giorgio Strehler, réalisée par Humbert Camerlo ; collaboration aux mouvements, Marise Flach ; décors et costumes, Ezio Frigerio ; lumières, Vinicio Cheli ; chorégraphie, Jean Guizerix
- Il Conte d’Almaviva, Ludovic Tézier ; la contessa d’Almaviva, Barbara Frittoli ; Susanna, Ekaterina Syurina ; Figaro, Luca Pisaroni ; Cherubino, Karine Deshayes ; Marcellina, Ann Murray ; Bartolo, Robert Lloyd ; Don Basilio, Robin Leggate ; Don Curzio, Antoine Normand ; Antonio, Christian Tréguier ; Barbarina, Maria Virginia Savastano ; due donne, Olivia Doray et Carol Garcia
- Chœurs de l’Opéra national de Paris, chef des chœurs Alessandro di Stefano
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Philippe Jordan, direction











Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 551364

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License