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Requiem allemand à Lille

jeudi 7 juillet 2011 par Richard Letawe
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Jean-Claude Casadesus
Ugo Ponte © ONL

L’Orchestre national de Lille terminait sa saison d’abonnement quelques jours avant le début du Lille Piano(s) Festival avec ce concert dédié au Requiem allemand de Brahms. C’était pour notre part le dernier concert suivi à l’Auditorium du Nouveau Siècle dans sa configuration actuelle, puisque dès la fin du festival, commenceront les travaux qui devraient faire du Nouveau Siècle une salle de concert moderne. La saison prochaine de l’ONL sera donc jouée hors les murs, partagée principalement entre le théâtre du Casion Barrère et le Colisée de Roubaix, sans oublier évidemment que la plupart des programmes seront joués comme toujours un peu partout dans la région Nord-Pas-de-Calais.

Nous n’avons pas toujours été convaincu par les incursion de Jean-Claude Casadesus dans le répertoire romantique allemand, mais le directeur musical de l’ONL est souvent inspiré par ses confrontations avec les grandes œuvres chorales, et la version du Deutsches Requiem proposée ce soir se révèle de très belle facture. Ainsi, le premier mouvement, trop souvent abordé dans des tempi de plomb pour en accentuer la solennité, est mené à une allure assez légère, recueillie, mais sans sanglots inutiles, une judicieuse conception, car le texte parle ici autant de l’espoir d’une consolation future, que des douleurs du présent. Rien de révolutionnaire dans cette approche, mais un travail bien fait, cohérent, avec un beau contrôle du chœur, et un orchestre franc et nuancé, malgré quelques approximations des bois.

Le deuxième mouvement est moins réussi : les épisodes ne s’insèrent pas dans un discours dramatiquement cohérent, le début est pesant, malmené par un rubato excessif, et manque de puissance et d’impact. Trop boursouflée, la suite se noie dans la pompe, la tension se dilate. Le chef se reprend cependant dans les autres mouvements, beaucoup plus consistants et intéressants, à commencer par « Herr, lehre doch mich », où il offre un soutien franc et efficace au baryton. Celui-ci est l’expérimenté Dietrich Henschel, qui, comme il en a l’habitude, donne une prestation très expressive, n’hésitant pas à solliciter le texte, et à recourir à des effets vocaux soulignant le contenu dramatique de sa partie. Néanmoins, en très bonne voix ce soir, il se garde d’en faire trop, contrôle bien le déroulement de son récit, et apparaît authentiquement concerné, émouvant et profondément humain dans cette première intervention.

Sa consoeur Sally Matthews est moins à son affaire dans « Ihr habt nun Traurigkeit », où sa diction ampoulée, ses ports de voix et son vibrato trop prononcés sont particulièrement mal adaptés, laissant l’impression qu’elle est en train de roucouler un air d’opéra. Une soprano au timbre moins riche, mais au style de chant plus dépouillé aurait été préférable dans cette œuvre qui n’est certes pas écrite à usage liturgique, mais dont le caractère sacré est tout de même très éloigné de l’univers lyrique. Dommage, car Jean-Claude Casadesus offrait un accompagnement frais et lumineux à ce sublime aria. Il poursuivait d’ailleurs sur cette lancée dans la fin de l’œuvre, se montrant notamment très efficace, vibrant et décidé dans la sixième partie, à l’architecture pleinement maîtrisée.

Il nous reste à évoquer la prestation du chœur, qui se montre tout à fait digne du chef d’œuvre qu’il a à défendre. Avec Londres à à peine plus d’une heure de train de Lille, il est aisé et tentant d’inviter les belles formations chorales britanniques. Nous avons souvent entendu le London Symphony Chorus à Lille, mais jamais à notre souvenir le BBC Symphony Chorus, excellente formation, qui plus est composée d’amateurs. Mis à part deux ou trois passages délicats, comme par exemple le début du mouvement final, où leur entrée est un peu trop forte, les choristes de la BBC fournissent un travail remarquable, et se montrent à la fois unis, généreux et nuancés.

L’ONL faisait donc avec ce concert un premier adieu à l’ancienne salle du Nouveau Siècle, que nous espérons retrouver bientôt dotée d’une acoustique digne d’un orchestre de la réputation de l’ONL ; en attendant, souhaitons à l’orchestre une prochaine saison « hors les murs » qui ne soit pas trop perturbée par les changements de lieux.

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- Lille
- Nouveau Siècle
- 07 juin 2011
- Johannes Brahms (1833-1897), Ein deutsches Requiem Op.45
- Sally Matthews, soprano
- Dietrich Henschel, baryton
- BBC Symphony Chorus
- Orchestre national de Lille
- Jean-Claude Casadesus, direction






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