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Reprise de Madame Butterfly à Bordeaux

mardi 18 octobre 2011 par Gilles Charlassier
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Pinkerton, Chad Shelton ; Madame Butterfly, Alketa Cela
© Guillaume Bonnaud

Étrennée dans ces murs en févier 2003, la production confiée à Numa Sadoul s’est très rapidement inscrite, non sans raison, au rang des classiques de l’ouvrage le plus populaire de Puccini. Sa reprise pour l’ouverture de la saison de l’Opéra national de Bordeaux s’assure d’un large succès auprès du public, dans une distribution renouvelée, et sous la baguette de Julia Jones, qui fait ses débuts dans la fosse girondine, pour des représentations en hommage à deux artistes fidèles à la scène du Grand-Théâtre, Martine Mahé et Ricardo Cassinelli.

Vigilante à ne pas sombrer dans un exotisme décoratif, la mise en scène se concentre sur la domination fascinatoire exercée par le colon américain sur la jeune femme japonaise, victime de sa naïveté. Les familiers du Bonze, le crâne rasé, sont salpêtrés de blanc, en harmonie avec le pastel des décors, et rappellent les geishas, dont Cio-Cio San a épousé un temps la condition. Une ondulation marine immobilisée sous des reflets lunaires évoque la coagulation de l’existence de l’héroïne dans l’attente du retour de son mari. L’évolution psychologique du personnage est dessinée en quelques traits essentiels, traduisant la résistance à la déception, dans une retenue noble et émouvante. Dans la scène finale, on voit Cio-Cio San s’immoler sur une hampe de drapeau, représentation du destin du papillon aux Etats-Unis d’Amérique, épinglé pour être conservé. La mort tragique de Butterfly est son viatique pour l’éternité.

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Pinkerton, Chad Shelton ; Madame Butterfly, Alketa Cela ; Suzuki, Veronica Simeoni
© Guillaume Bonnaud

Afin de satisfaire une audience toujours large pour ce répertoire, le spectacle est donné dans deux distributions en alternance. La seconde, qui est sur les planches en cette matinée, met en avant la Cio-Cio San d’Alketa Cela. La soprano albanaise a déjà fait retentir la souffrance de Liù en 2004 dans les boiseries du Grand-Théâtre et a interprété Micaëla dans la Carmen réglée par Laurent Laffargue la saison passée. Dans cette prise de rôle, l’ampleur du matériau sonne de manière incontestablement lyrique. La densité harmonique de la voix permet une expressivité efficace, et sait faire converger l’émotion vers le personnage.

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Le Bonze, Eric Martin-Bonnet
© Guillaume Bonnaud

Le lieutenant Pinkerton de Chad Shelton répond bien à la juvénilité arrogante du personnage, avec une voix qui a certes la luminosité requise, mais point la vaillance, ni l’endurance. Les aigus ne le pardonnent guère, et une frange du public non plus. Remplaçant Veronica Simeoni, Qui Lin Zhang, réserve à Suzuki des accents poitrinés parfaitement idiomatiques. David Grousset confie à Sharpless une autorité tour à tour réprobatrice et désabusée. Autre grand habitué de la maison, Christophe Berry donne à Goro, l’entremetteur, l’insinuante vocalité qui lui sied. Florian Sempey limite Yamadori à son côté pataud, évitant cependant la caricature. Eric Martin-Bonnet sait ne pas exagérer l’impériosité du Bonze. Les autres rôles de caractère font entendre les grandes lignes qui les identifient : la réserve de Kate Pinkerton, Claire Larcher, une certaine nasalité pour le Commissaire impérial de David Ortega, et un officier du registre crédible sous les cordes de Giorgos Papaefstratiou. On pousse le luxe de la théâtralité jusqu’aux deux enfants figurant Dolore, Nathan Malaval en ce dimanche.

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Suzuki, Veronica Simeoni ; Madame Butterfly, Alketa Cela
© Guillaume Bonnaud

L’énergie déployée par Julia Jones tient la nervosité dramatique d’un bout à l’autre de la partition, mais se laisse parfois piéger par les déflagrations côté cuivre. L’efficacité et la sincérité de l’élan musical s’avèrent cependant indéniables. Les chœurs de l’Opéra National de Bordeaux font preuve de constance sous la houlette d’Alexander Martin.

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- Bordeaux
- Grand-Théâtre
- 02 octobre 2011
- Giacomo Puccini (1858-1924) Madama Butterfly. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après David Belasco.
- Mise en scène, Numa Sadoul ; Décors, Luc Londiveau ; Costumes, Katia Duflot ; Lumières, Philippe Mombellet.
- Cio-Cio San, Alketa Cela ; Suzuki, Qui Lin Zhang ; Pinkerton, Chad Shelton ; Sharpless, David Grousset ; Goro, Christophe Berry ; Yamadori, Florian Sempey ; Le Bonze, Eric Martin-Bonnet ; Kate Pinkerton, Claire Larcher ; Le Commissaire Impérial, David Ortéga ; L’Officier du registre, Giorgos Papaefstratiou ; Dolore, Nathan Malavel.
- Chœur de l’Opéra National de Bordeaux ; direction, Alexander Martin.
- Orchestre National Bordeaux Aquitaine
- Julia Jones, direction.






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