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Reprise d’Idomeneo au Palais Garnier

vendredi 19 février 2010 par Richard Letawe
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Isabel Bayrakdarian (Illia)
© Opéra national de Paris/ Franck Ferville

C’était la dernière ce samedi soir de l’Idomeneo de Mozart dans la reprise de la production de 2005 signée par Luc Bondy.

Depuis sa création, cette production a souvent été critiquée pour sa froideur et son statisme, ce qui est compréhensible. A mesure que la soirée progressait, elle nous a pourtant semblé déceler de nombreux mérites, et être de plus en plus convaincante. En effet, le travail de Luc Bondy, transposant l’action dans une Crète contemporaine [1] qui aurait été balayée par un raz-de-marée, est cohérent, respecte le livret, et dresse une peinture assez poignante d’un peuple qui subit les catastrophes dans la désolation et la terreur. Le plateau est certes assez figé, mais Idomeneo est une œuvre difficile à mettre en scène, et elle n’est pas trahie ici, alors qu’on a vu tant de détournements ailleurs.

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Tamar Iveri (Elettra)
© Opéra national de Paris/ Franck Ferville

Le reproche principal qu’on pourrait faire à cette production réside en fait dans les lumières, qui sont trop blafardes, évoquant la Mer baltique plutôt que la Méditerranée. Des éclairages plus ensoleillés et plus contrastés rendraient cette mise en scène plus forte et plus prenante, plus réaliste aussi, puisque cela semble être le propos du metteur en scène. Notre adhésion à ce travail scénique se fait donc peut être un peu par défaut, mais le sérieux et l’honnêteté de cette réalisation méritent d’être salués.

La distribution de cet Idomeneo est cependant assez inégale, avec une tête d’affiche présumée qui se révèle très décevante. Nous parlons ici de l’Idamante de Vesselina Kasarova, dont l’état vocal actuel est au vu de sa prestation de ce soir très préoccupant. La voix semble en lambeaux, avec des registres séparés par des trous béants, instable, incapable de soutenir une ligne de chant un peu constante ; Les graves sont excessivement poitrinés, les aigus sont artificiels et les nuances dynamiques impossibles. Un chant aussi anarchique déséquilibre évidemment les ensembles, et à part une générosité expressive qui n’est pas à mettre en cause, et un timbre encore riche dans le médium, il n’y a pas grand-chose à sauver de cet Idamante.

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Vesselina Kasarova (Idamante)
© Opéra national de Paris/ Franck Ferville

La prestation d’Isabel Bayrakdarian en Ilia est tout aussi désastreuse, mais à l’inverse de Vesselina Kasarova, cette jeune chanteuse ne peut pas se prévaloir d’une longue et glorieuse carrière. Quelle voix aigre, au vibrato désagréable, que de faussetés, de vocalises laborieuses et d’aigus mort-nés, quel style hasardeux, plus proche du mauvais vérisme que du belcanto classique. A oublier au plus vite…

Les autres membres de la distribution sont heureusement bien meilleurs, très largement dignes de l’endroit. Lothar Ondinius d’abord est un Arbace de très bon niveau, au timbre clair et à la ligne de chant souple. Xavier Mas est également un bon grand prêtre, au chant incisif, très impressionnant lorsqu’il met le roi en accusation après les catastrophes provoquées par ses tergiversations. Celui-ci est justement interprété avec beaucoup de classe et de tenue par Charles Workman, grande voix un peu trop vibrée, mais au chant sincère, à l’émission ferme et au style royal. Un peu raide, manquant de nuances, son très attendu « Fuor del mar » est néanmoins très honorable grâce à son implication, à sa sincérité et à des phrasés royaux.

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Isabel Bayrakdarian (Illia) et Charles Workman (Idomeneo)
© Opéra national de Paris/ Franck Ferville

Enfin, la perle de cette soirée : l’Elettra de Tamar Iveri, vocalement une classe au dessus des autres. Son chant est virtuose et stylé, elle fait preuve d’un tempérament impérieux, mais est aussi capable de délicatesse dans un « Idol mio » magnifiquement conduit.

Très incisifs, les chœurs font également une bonne prestation, alors que l’orchestre, sec et gris, ne s’est guère montré sous son meilleur jour, sous la conduite de Philippe Hui, appelé à prendre les rênes de cette production quelques jours avant la première suite au renoncement d’Emmanuelle Haïm. Celui-ci fait le métier, honorablement et consciencieusement, mais sans donner de relief et de personnalité à sa direction, qui manque de souffle et de tenue rythmique, mais évite les accidents.

Alors qu’elle promettait beaucoup à l’annonce de la saison, quand outre Emmanuelle Haïm y avaient aussi été prévus Rolando Villazon et Anna Netrebko, cette reprise s’avère au final routinière, handicapée par de médiocres prestations, qui ne doivent cependant pas faire oublier les beaux moments qu’ont offerts Charles Workman, Tamar Iveri, Xavier Mas et Lothar Odinius.

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- Paris
- Palais Garnier
- 13 février 2010
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), Idomeneo. Dramma per musica en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco
- Luc Bondy, mise en scène ; Erich Wonder, décors ; Rudy Sabounghi, costumes ; Dominique Bruguière, Lumières ; Arco Renz, Chorégraphie
- Charles Workman, Idomeneo ; Vesselina Kasarova, Idamante ; Isabel Bayrakdarian ; Tamar Iveri, Elettra ; Lothar Odinius, Arbace ; Xavier Mas, Il gran sacerdote ; Nahuel Di Pierro, La voce ; Claudia Galli, Anna Wall, Due Cretesi ; Manuel Nunez Camelino, Vladimir Kapshuk, Due Troiani
- Chœur de l’Opéra National de Paris. Chef de chœur, Alessando di Stefano
- Orchestre de l’Opéra National de Paris
- Philippe Hui, direction

[1contemporaine mais pas forcément à la mode, les choristes étant vêtus dans un style assez démodé. Cela ressemble à la population d’une île en hiver, dont tous les jeunes seraient partis, et où ne seraient restés que des vieux en pardessus et des moines orthodoxes.






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