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Quelque chose d’éternel et de féminin

mardi 8 novembre 2011 par Vincent Haegele
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Isabelle Faust
DR

1811 : naissance de Liszt. 2011 : bicentenaire. C’est une chose acquise, rodée et servie chaude, avec l’habituel emballage marketing que cela suppose. Le problème avec Liszt, c’est que le produit d’appel n’est pas toujours très vendeur : Chopin a eu le bon goût de mourir jeune et tourmenté et Schumann de devenir fou et d’être amoureux. Liszt a eu le malheur de vivre vieux, de virer catholique et d’écrire en plus des fresques symphoniques longues, chargées d’idéal, dans lesquelles bon nombre de ses contemporains sont allés se servir sans vergogne. Aussi, tout bon programme doit nécessairement comporter quelque chose d’autre... même si le quelque chose d’autre ne se justifie pas.

En l’occurrence, le quelque chose a pour nom « Concerto pour violon » et a été écrit par Robert Schumann... Avec tout le respect que l’on doit à l’oeuvre de Schumann dans son ensemble, force est d’admettre que cette dernière appartient de loin au fond du panier : elle n’a ni la force et la fougue du Concerto pour violoncelle, ni la spontanéité du Concerto pour piano : mal orchestrée, répétitive, prévisible, ennuyante et en définitive mal fichue, cette pièce n’a pas l’envergure que l’on était en droit d’attendre du compositeur. Évidemment, elle est en ré mineur, évidemment, elle fait la part belle à la virtuosité du soliste, évidemment, on sent que Schumann se sentait dépassé par ses propres idées en ses dernières années... mais voilà, Joachim, le dédicataire, l’avait laissée pudiquement de côté. Il aurait mieux valu la laisser là où elle était.

Mais puisqu’il est de bon ton de la ressortir de temps à autre, jouons le jeu jusqu’au bout. Tous les dix ou quinze ans, un violoniste pense mettre un terme à cette malédiction en s’emparant de la partition. Gidon Kremer l’a sans doute interprétée avec le plus de sincérité parvenant à un résultat bancal mais convaincant. Cette fois, c’est Isabelle Faust qui tente sa chance, crânement et avec une conviction certaine. Bien qu’elle ne parvienne pas à nous démontrer l’intérêt de la partition, il convient de lui reconnaître deux atouts : ne pas chercher à se faire briller et se concentrer sur les phrases principales en omettant les détails qui peuvent parasiter une pensée au bord de la confusion.

Le grand moment de l’interprétation d’Isabelle Faust, celui qui convient en définitive beaucoup mieux à sa sonorité, est sans conteste le deuxième mouvement, aux attraits de lied simple et raffiné, digne du meilleur Schumann : la soliste pose sans maniérisme une mélodie qui se développe avec difficulté mais en suivant une idée fixe. Le retour à la trivialité des thèmes du troisième mouvement n’en est que plus brutale.

Accompagnée avec tact et retenue par Eliahu Inbal et les excellents musiciens du Phiharmonique de Radio-France, Isabelle Faust réalise une excellente prestation, sans toutefois nous convaincre de la nécessité du concerto lui-même. C’est en soi suffisant.

La Faust-Symphonie de Liszt est tout de même d’une autre envergure : fresque-fleuve censée dépeindre les tourments de Faust, les émois de Marguerite et les vices de Méphistophélès, cette symphonie épuise les commentaires au niveau de sa forme : elle est hors-normes, ne serait-ce que par son effectif intriguant, réunissant orchestre élargi, orgue, soliste et choeur d’hommes, dont l’apparition à la toute fin du dernier mouvement laisse encore de nos jours interrogateurs : tout ça pour ça, tout ça pour une petite part d’éternel féminin et d’idéal difficile à atteindre. Liszt écrit beaucoup, se laisse emporter dans de grands développements, interrompt les grandes péroraisons orchestrales pour insérer de courts passages chambristes (l’une des plus belles partitions d’alto solo du répertoire), et ne ménage pas beaucoup d’espaces pour souffler. C’est dense, c’est coloré, ça vit et ça invente.

Eliahu Inbal est à l’aise avec la partition, cela se sent, malgré deux ou trois frayeurs en cours de route, notamment dans le premier mouvement et le final. Sa battue est carrée, dynamique mais manque d’imagination et du souffle nécessaire pour passer d’un état d’âme à l’autre sans discussion et sans raison. Face à lui, l’orchestre réagit comme dans une bonne répétition générale ; on passera sur les quelques petits détails qui surnagent ici et là au niveau de la mise en place, mais on rêve d’authentiques changements de tempi, de brusques remises à l’ordre, d’accélérations démentes. Rien de tout cela, mais beaucoup de distinction et de noblesse. Ce n’est toutefois pas toujours suffisant pour faire passer un contenu à la hauteur du Faust de Goethe (donc cataclysmal, donc surhumain), dont Liszt s’éloigne à grands pas et qu’il finit par trahir allègrement. Mais là n’est pas la question première.

Il convient encore une fois de saluer le très beau travail des musiciens du Philharmonique de Radio-France, parfaitement à l’aise dans les deux répertoires présentés, avec mention spéciale (mais faut-il le rappeler) à la cohésion des altos, décidément à la pointe (et avec un nouveau soliste, qui débutait ses fonctions avec une belle gageure).

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- Paris
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- 21 octobre 2011
- Robert Schumann (1810-1856), Concerto pour violon en ré mineur
- Franz Liszt (1811-1886), Faust-Symphonie
- Isabelle Faust, violon
- Steve Davislim, ténor
- Choeur d’hommes de Radio France
- Orchestre Philharmonique de Radio-France
- Eliahu Inbal, direction






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