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Quatuor à cordes et plus...

mercredi 6 octobre 2010 par Richard Letawe
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Angelika Kirchschlager
© Nikolaus Karlinsky

Le Festival van Vlaanderen de Gand et la Handelsbeurs étaient les coproducteurs de ce concert de musique de chambre au programme varié, dont le protagoniste principal était le Quatuor Belcea.

Un Quatuor Belcea qui a d’ailleurs changé de composition, puisque son poste de second violon est maintenant occupé par Axel Schacher. Un changement très récent, qui ne s’est produit qu’au début de cet été ; nous avons donc ici l’un des premiers concerts des Belcea dans leur nouvelle mouture.

Il faudra encore un peu de temps à Axel Schacher pour être tout à fait à l’unisson de ses partenaires de quatuor. Il est techniquement très au point, et est très attentif au jeu des autres, mais il doit encore s’affirmer sur le strict plan sonore, oser faire entendre pleinement sa voix, ce qui n’est pas encore le cas maintenant, et est très sensible dans la Grande fugue qui ouvre le programme, et qui sonne de ce fait légèrement déséquilibré. Pour le reste, les Belcea « nouvelle formule » donnent de cette Grande fugue une version d’une grande maîtrise, très engagée et musclée, aux phrasés droits et un peu secs. Cependant, même dans la partie centrale, au demeurant extrêmement impressionnante du point de vue de la cohésion, le jeu des quatre étant impeccablement en place et les piano d’une incontestable transparence, les Belcea semblent accorder très peu d’importance à la portée dramatique de l’œuvre, abordée par séquences, sans continuité émotionnelle. On a l’impression de rester au bord de la musique, de passer à côté de sa signification en entendant cette exécution froide et corsetée.

Changement radical d’ambiance pour suivre avec Il Tramonto de Respighi pour mezzo et quatuor à cordes, pour lequel Angelika Kirchshlager rejoint les Belcea. Tout en souplesse et en légèreté, l’accompagnement du quatuor est ici idéal, mené par une Corina Belcea qui pourrait en faire des tonnes, mais reste toujours parfaitement sobre et pure dans ses intentions, et fait preuve d’un lyrisme discret et touchant. Angelika Kirschlager laisse elle aussi une superbe impression, diction parfaite, souffle long, chant ample et puissant, rehaussé de quelques aigus superbement négociés.

Ce roboratif programme continue après la pause avec les Quatuor des dissonances de Mozart, dans une interprétation extrêmement personnelle, parfois irritante, mais qui donne du grain à moudre au commentateur. Pris trop rapidement, à un tempo qui nuit à la qualité de l’articulation et à la perception de la ligne principale, le premier mouvement est une déception, d’autant que la perfection instrumentale n’y est plus de mise, avec de légers décalages et quelques stridences du côté des violons. Très terrestre, aux phrasés sans grâce et au rubato trop appuyé, la fin du mouvement cherche à impressionner par son brio, mais manque de simplicité. En revanche, l’Andante cantabile est justement très chantant, simple et joliment respiré, avec un violoncelle et un premier violon qui sont en parfaite communion. On sent encore une légère trace d’affectation et de démonstration dans certains phrasés qui semblent plus réfléchis que naturels, mais le mouvement reste tout de même convaincant par sa sobriété.

Les deux derniers mouvements sont les plus originaux, les plus intéressants, les plus discutables aussi. Ils sont déconstruits par les Belcea, qui rendent le menuet très âpre, sinueux, hachant les phrasés, bousculant les rythmes pour en faire presque un scherzo beethovénien, alors que le trio, très intense, au lyrisme déchirant, a des accents schubertiens très marqués. Encore plus moderniste, le finale a un grain de folie : les ruptures de respiration sont très marquées, les contrastes de tempo sont forcés, les tensions exacerbées. On pourrait penser que cette interprétation est outrée, que le tourbillon dans lequel est prise la musique est bien peu mozartien, mais cette version engagée et jusqu’auboutiste, dont une seule écoute ne permet sûrement pas de percevoir toute la richesse, est le fruit d’une réflexion qu’on devine très poussée de la part du Quatuor Belcea qui fait ainsi mentir sa réputation de formation au jeu musclé mais froid et sans profondeur.

Accompagnée du pianiste Simon Lepper, Angelika Kirchschlager revient ensuite pour la dernière œuvre de ce concert, la Chanson perpétuelle de Chausson, dont les interprètes réunis ce soir donnent une superbe version, alliant idéalement légèreté et amertume. La chanteuse autrichienne y est merveilleuse, faisant valoir une diction superlative, que beaucoup de francophones pourraient lui envier, et qui n’est prise en défaut qu’une seule fois, dans le dernier vers, où « Subir l’étreinte de l’absent » devient « Subir l’étreute de l’abseut ». C’est bien peu de choses en regard de sa parfaite compréhension du texte et du raffinement qu’elle met dans son chant.

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- Gand
- Handelsbeurs
- 27 septembre 2010
- Ludwig Van Beethoven (1770-1827), Quatuor à cordes en Si bémol majeur Op.133 « Grande fugue »
- Ottorino Respighi (1879-1936), Il Tramonto pour mezzo-soprano en quatuor à cordes
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quatuor n°20 en Ut majeur KV456 « Dissonances »
- Ernest Chausson (1855-1899), Chanson perpétuelle pour piano, soprano et quatuor à cordes Op.37
- Angelika Kirchschlager, mezzo-soprano
- Simon Lepper, piano
- Belcea Quartet : Cornia Belcea-Fisher, violon I ; Axel Schacher, violon II ; Krysztof Chorzelski, alto ; Antoine Lederlin, violoncelle











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