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Quatuor Zaïde : la promesse de l’aube

mardi 13 avril 2010 par Carlos Tinoco
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Quatuor Zaïde
DR

Voici quatre jeunes filles à peine écloses au quatuor, mais à l’ombre desquelles se déploie déjà de la belle musique. Les entendre dans les cadres intimes de l’Archipel puis des salons de l’Hôtel de Soubise où composèrent et jouèrent Marc-Antoine Charpentier puis le Chevalier de Saint-Georges ne gâte rien. Le Quatuor n°14 de Beethoven, Schubert, Schumann, Zemlinsky, Haydn, Rihm, des programmes copieux, éclectiques et audacieux ; on apprend en outre sur leur site que le Quatuor n°2 de Brahms figure à leur répertoire, ce qui confirme qu’elles n’ont pas froid aux yeux. Cet ensemble d’œuvres a permis qu’on se fasse une bonne idée de leurs qualités et a suffi pour nous donner envie de suivre leur parcours.

Reconnaissons pourtant que l’acoustique de l’Archipel ne leur rendait pas les choses aisées. On se félicite que des lieux comme celui-là existent, qui permettent d’entendre de jeunes artistes et de sortir des sentiers battus, mais il est évident que concilier cinéma et concerts oblige à des concessions et s’il est un genre musical qui souffre des acoustiques sèches, c’est bien le quatuor à cordes. Du coup, s’agissant du Quatorzième quatuor de Beethoven, certaines de nos réserves seront à prendre avec précautions. D’autant que les spécificités du quatuor impliquent qu’on juge une jeune formation pour ce qu’elle est : il serait absurde de relever ce qu’on n’entend pas encore, on se concentrera sur ce qu’on entend et ce qui s’y augure.

Plusieurs choses nous impressionnent favorablement chez les Zaïde, et d’abord leur sens du discours musical. Si un aspect de leur jeu emporte l’adhésion, c’est la maîtrise de l’articulation et leur motricité. Dès que la partition est « con moto », elles se montrent capables d’inflexions dont la finesse et la conduite sont remarquables. Cela tient notamment aux qualités évidentes de Charlotte Juillard, leur premier violon. Celle-ci pourrait à terme devenir une primarius de premier plan : elle ajoute à une vive intelligence musicale et à un sens de la tension manifeste, ce charisme subtil qui permet d’occuper le devant de la scène tout en entraînant les autres et en les laissant déployer leur jeu. Sa seule carence est une maîtrise de l’instrument encore perfectible, trahissant la jeunesse et l’apprentissage encore inachevé. Les dérapages d’archet, les attaques un peu rauques ou les doigts qui se posent sur la corde de manière mal assurée sont trop rares pour gêner l’auditeur, mais suffisamment présents pour empêcher l’interprète de se libérer totalement. Ce n’est d’ailleurs frustrant que parce qu’on reconnaît en elle une excellente musicienne et qu’on a hâte d’entendre le résultat lorsque sa sûreté lui permettra de jongler sans retenue avec la palette de nuances et de couleurs que son violon recèle déjà.

Mais un premier violon de quatuor n’est rien sans des partenaires d’égal talent et s’il est une évidence dégagée par ces quatre jeunes filles, c’est qu’elles se sont trouvées. Au-delà de la complicité et de la joie de jouer manifeste, on trouve chez toutes le sens du chant et l’absence d’ostentation. Peut-être pourrait-on relever que, parfois, Sarah Chenaf à l’alto se montre un peu plus timide que ses partenaires au moment de relancer le discours. Cette retenue n’apparaissant qu’épisodiquement, elle ne ternira pas l’impression très favorable laissée par le couple qu’elle forme avec Pauline Fritsch comme voix médianes de ce quatuor. Lyrisme, vivacité, sobriété, elles assurent à l’ensemble une assise salutaire. Enfin mention particulière à Juliette Salmona, récemment arrivée dans la formation mais qui avait tout pour parfaitement s’intégrer. L’extrême justesse de ses interventions en fait une très bonne violoncelliste de quatuor.

Pour ce qui est de leurs interprétations, on relèvera que leur Quatuor op. 50 n°1 de Haydn, peut-être récemment acquis, est d’une maîtrise encore un peu incertaine. S’il possède tout l’allant nécessaire, il manque encore de souplesse dans les changements de registre. Le Quatuor n°14 de Beethoven laisse entrevoir de belles promesses mais lorsque la composition devient quasiment abstraite, jouant avec l’immobilité, le discours se fragmente. À leur décharge, l’acoustique délicate de l’Archipel leur permettait difficilement d’aller chercher l’élan sur un plan harmonique. Le Quartettsatz de Schubert est plus abouti, nettement plus convaincant que celui des Ardeo à Saint-Roch, révélant l’art avec lequel les Zaïde savent articuler une motricité irrésistible et un grand sens mélodique. C’est aussi ce qui les a servies dans le Quatuor n°4 de Zemlinsky, même si elles n’ont pas toujours osé aller au bout du caractère tourbillonnant de son écriture. Concentrées et intenses dans la brève page de Rihm qu’elles avaient inscrite à leur programme, c’est surtout le Quatuor n°1 de Schumann, joué aussi bien à l’Archipel qu’à l’Hôtel de Soubise, qui témoigne de la solidité du socle sur lequel elles bâtissent. Tendu de bout en bout, romantique sans excès, espiègle parfois (Charlotte Juillard est souveraine d’intelligence jusque dans ses pizzicati), voilà un achèvement éloquent pour un quatuor si jeune. Evidemment, dans quelques années, on y entendra aussi une fantaisie plus grande, permise par le contrôle de l’étagement des plans sonores et du dialogue que le temps seul peut offrir, cela n’interdit pas d’admirer dès aujourd’hui la qualité de l’architecture. Et sur le chemin qui les en sépare, on compte bien les suivre…

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- Paris
- L’Archipel
- 05 avril 2010
- Franz Schubert (1797-1828), Mouvement de quatuor n°12 en ut mineur Quartettsatz D. 703
- Robert Schumann (1810-1856), Quatuor n°1 en la mineur, op. 41 n°1
- Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor n°14 en ut dièse mineur, op. 131

- Hôtel de Soubise
- 10 avril 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en si bémol majeur, op. 50 n°1, Hob.III.44
- Alexander von Zemlinsky (1871-1942), Quatuor n°4, op. 25
- Wolfgang Rihm (né en 1952) : Fetzen 2
- Schumann (1810-1856) : Quatuor n°1 en la mineur, op. 41 n°1
- Quatuor Zaïde : Charlotte Juillard, violon I ; Pauline Fritsch, violon II ; Sarah Chenaf, alto ; Juliette Salmona, violoncelle






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