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Quatuor Vinca : et maintenant, respirons !

mardi 11 mai 2010 par Carlos Tinoco
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Vinca Quartet
© Mike Buscher

Ce concert aux Invalides aura permis de mesurer les qualités de cette jeune formation américaine, mais aussi de constater une fois de plus combien l’exécution de la musique vivante dépend de la capacité des artistes à se libérer. C’est pourquoi ces chroniques de concert ne sont jamais qu’un instantané trompeur, à prendre comme tel. Les Vinca étaient littéralement à la veille de prendre leur train pour Bordeaux, lieu d’un concours qui peut changer leur jeune carrière et nous offraient les œuvres qu’ils vont y présenter : on a connu meilleures conditions psychologiques pour laisser un jeu s’épanouir. En l’état, ils ont malgré tout fait montre d’une belle homogénéité sonore et d’une belle technique, la carence étant plutôt à chercher du côté de la souplesse et de la respiration.

Pour être précis, nos réserves sur ce concert se sont concentrées autour du premier violon du quatuor, Jessica Tong, et, dans une mesure un peu moindre, sur leur alto, Laura Seay. La technique instrumentale n’est en cause pour aucune de ces deux jeunes femmes, ni la gamme de sonorité qu’elles peuvent solliciter. Ce qui nous a gêné, c’est le caractère crispé, souvent précipité, des attaques et des phrasés. La comparaison entre Jessica Tong et Charlotte Juillard, primarius du Quatuor Zaïde, dans le Quatuor n°1 de Schumann ou dans le Quartettsatz de Schubert, entendus récemment (les Zaïde risquent fort de se présenter également au Concours de Bordeaux), est instructive : le violon de la première est plus au point et plus sûr ; mais la conduite rythmique de l’ensemble, la conception des phrasés et la motricité sont très nettement à l’avantage de la seconde. Alors que Charlotte Juillard semble entraîner les Zaïde par la subtilité, l’intelligence et l’allant irrésistible de son jeu, Jessica Tong est plus en avant, dans une sorte de flamboyance inflexible qui ne paraît laisser à ses partenaires d’autre choix que suivre, mais qui permet difficilement une vraie respiration commune. Seuls Aaron Requiro au deuxième violon et An-Lin Bardin au violoncelle parviennent par moments à se libérer pour nous offrir des phrasés plus souples ou une agogique excitante.

Cependant, non seulement ces critiques doivent être mises en regard de la situation particulière de ce concert pour une si jeune formation, mais en outre, elles ne doivent pas occulter la somme des éléments qui font du Quatuor Vinca un ensemble prometteur. On a déjà parlé de l’homogénéité technique et sonore, il faut ajouter un sens lyrique qui nous a paru évident dès les premières mesures du quatuor de Haydn. Le Fa majeur de l’opus 50 est une page qui appelle un traitement dramatique et qui a des échos lointains des Sept dernières paroles du Christ. Les Vinca savent en retranscrire la noblesse et le Sturm und Drang, même si leur jeu semble parfois se situer dans un entre-deux qui n’est pas pleinement satisfaisant : vibrato parcimonieux et verticalité des phrases qui évoquent les approches des Mosaïques ou des Schuppanzigh, mais conduite des tempos qui renvoie à une tradition beaucoup plus classique. On se contentera donc d’observer qu’ils n’ont pas encore véritablement trouvé leur chemin dans Haydn, ce qui, compte tenu de la difficulté de l’exercice, revient quasiment à leur faire grief de leur jeunesse.

En revanche, le Quatuor n°4 de Zemlinsky les a trouvés plus à leur avantage que les Zaïde : y-a-t-il une idiosyncrasie américaine qui les prédispose à l’exécution des musiques protéiformes ? Toujours est-il que les Vinca ont su à merveille enchaîner un jeu anguleux, voire abstrait, avec des élans expressionnistes, voire des échos romantiques et même une espièglerie toute viennoise dans certains phrasés. C’est aussi, il faut le reconnaître, dans cette écriture, que le caractère (ou les limites du jour) de Jessica Tong étaient les plus appropriés, laissant savourer une ardeur et une fougue qui ne se fait jamais au détriment de la beauté du son. Leur Zemlinsky va plus chercher du côté des LaSalle que des Kocian, ce qui n’est guère surprenant, mais ils s’y montrent en tout cas dignes de leurs devanciers.

Pour ce qui est du Quartettsatz, déjà mentionné, après celui des Ardeo et celui des Zaïde, on y a apprécié un fini technique supérieur mais on a regretté une impétuosité univoque qui aura empêché que s’y déploie un chant authentiquement schubertien.

Enfin le Quatuor Opus 41 n°1 de Schumann a confirmé que les Vinca ont dans leur jeu toutes les possibilités qui leur permettront demain de magnifiquement jouer cette musique, mais leur lecture fonctionne encore par blocs, ils ne parviennent pas à faire jaillir dans la moindre inflexion toute l’ambigüité et la fantaisie qui font les grandes interprétations schumanniennes.

Souhaitons-donc leur bonne chance pour Bordeaux et pour la suite, en attendant que les années viennent polir cette pierre aux facettes déjà séduisantes.

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- Paris
- Hôtel national des Invalides
- 07 mai 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor Op.50 n°5 en Fa majeur
- Alexander Zemlinsky (1871-1942), Quatuor n°4 Op.25
- Franz Schubert (1797-1828), Quartettsatz en ut mineur D.703
- Robert Schumann (1810-1856), Quatuor Op.41 n°1 en la mineur
- Vinca Quartet : Jessica Tong, violon I ; Aaron Requiro, violon II ; Laura Seay, alto ; An-Lin Bardin, violoncello











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