ClassiqueInfo.com




Quatuor Amôn : excitantes perspectives

mercredi 18 août 2010 par Carlos Tinoco
JPEG - 39.7 ko
Quatuor Amôn
© Charles Parking

Ce concert était l’occasion de continuer à découvrir les protégés du Quatuor Danel. Après les Coryfeye, c’était donc le tour du Quatuor Amôn, choisi par ailleurs par Proquartet, ce qui est déjà un gage en soi. Mais on sait comme en quatuor, les qualités instrumentales et le talent sont insuffisants, combien l’équilibre y est un aspect fondamental. C’est là, et dans les directions musicales qui se dessinent, que l’on doit juger les jeunes formations. Deux ou trois ans de travail commun ne donneront jamais un quatuor mûr ou abouti, mais les promesses peuvent apparaître très tôt. Et de ce côté, les Amôn éveillent l’appétit : il y a bien sûr matière à pinailler dans leur Art de la Fugue de Bach ou dans le Quatuor n°14 de Dvorak qu’ils ont récemment mis sur le métier, mais dans les moments où leur jeu se libère, on aperçoit devant eux une route qui peut mener loin. Espérons que les années qui viennent nous donneront raison.

Avant d’en venir à leur concert, signalons tout de même l’extraordinaire qualité de l’enseignement qui a été dispensé à tous ces jeunes ainsi qu’à un quatuor amateur et à un quatuor d’adolescents par, excusez du peu : Guy Danel (Quatuor Danel), Josef Kluson (Quatuor Prazak), Luigi Vecchioli (Quatuor Manfred) et Jean-Marc Bourret (Quatuor Castagneri). Au-delà de la pertinence musicale et pédagogique des remarques qu’ils y ont dispensées, les master-classes auxquelles nous avons eu la chance d’assister ont surtout été marquantes pour la générosité avec laquelle ces quatre musiciens d’expérience se sont mis au service de leurs élèves. Il est mille manière, et même chez les plus grands, d’utiliser la posture de maître pour y satisfaire des plaisirs narcissiques ; durant cette semaine, on n’a rien vu de cela, comme on n’a senti, entre ces jeunes quatuors qui passeront bientôt les mêmes concours, aucun esprit de rivalité. Ce que l’ARAM a créé comme espace de travail ressemble à une petite utopie, dont on souhaite de tout cœur qu’elle continue à se développer et que l’insatiable curiosité et ouverture d’esprit de ceux qui ont initié ce projet les conduise encore à défricher de nouvelles formes de transmission. S’il y a bien des moments où on a envie d’abandonner un instant la plume du critique pour celle du partisan, ce sont ceux-là.

Surtout quand le plaisir se prolonge lors des concerts. Bien sûr, les Amôn sont en train de construire leur pâte sonore, cet alliage subtil des palettes dont chacun dispose et qui permet, une fois maîtrisé, d’y prendre appui pour faire l’économie de tout volontarisme dans l’interprétation. On a senti dans leur Bach que l’édifice se construisait et se défaisait à intervalles réguliers, laissant entendre parfois quatre instruments qui se cherchent mutuellement. Les qualités d’intonation de chacun permettaient malgré tout de goûter, même en ces moments, une interprétation qui restait constamment musicale et habitée, mais on les sentait très loin encore de ce qu’ils pourront y explorer, lorsque les irisations produites par la rencontre de leurs instruments n’auront plus de secret pour eux. La carence était d’autant plus sensible qu’ils n’ont pas choisi la facilité ; sans doute ne sont-ils pas les élèves des Danel pour rien. En effet, ils ont décidé de restreindre très nettement l’ambitus dynamique de leur jeu (tout était mezzo forte) et de limiter l’agogique, pour rester fidèle à l’ambition de Bach, dans cette œuvre abstraite qui s’accommode mal d’un jeu fait d’effets.

Dvorak appelait certes plus de fantaisie et c’est là que les Amôn nous ont conquis, une fois passé le premier mouvement où ils ont paru se demander tout du long s’ils allaient y survivre, ce qui a engendré un jeu un peu crispé et des décalages malvenus. Conquis, même si, pour être exact, il faudrait écrire à demi-conquis. Parce qu’on sent qu’il peut se passer encore tellement de choses entre eux, qu’on est forcément frustré quand ils retiennent les chevaux. Ce quatuor repose sur une base solide et saine, mais n’en exploite les ressources que par intermittences. Mélanie Pelé, notamment, est remarquable dans le rôle de second violon, et on sent qu’il ne faudrait qu’un déclic pour qu’Aymeric de Villoutreys au premier violon, et Emilie Koang au violoncelle fassent jaillir de leur confrontation toutes les étincelles que leurs jeux suggèrent (toutes les inflexions sont là, mais souvent retenues). D’autant que l’autre garde-fou, l’alto d’Antoine Combot, semble taillé pour ce rôle de pilier qui achèvera d’offrir à ses partenaires une complète liberté, s’il cesse de se tenir un peu en retrait. En tout cas, à ces quatre-là, ne manque ni le goût du beau son, ni la profondeur, ni le lyrisme, ni l’humour, ni la subtilité, il suffit à présent qu’ils s’en convainquent pleinement.

Les trois derniers mouvements du Quatuor n°14 de Dvorak ont donné lieu à des envolées savoureuses, sans doute parce que le lyrisme un peu débridé de ce compositeur et le côté quasi canaille de ses inventions thématiques ont contraint les Amôn à lâcher le souci de l’équilibre et de la perfection qui est un piège redoutable pour les jeunes quatuors. Qu’ils le sachent désormais : quand ils se déboutonnent, quand ils s’exposent, on adore ça.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Chalandray-Cramard
- Chapelle Saint-Hilaire
- 17 août 2010
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), L’Art de la Fugue (transcription pour quatuor à cordes)
- Anton Dvorak (1841-1904), Quatuor n°14 en La bémol majeur Op.105
- Quatuor Amôn : Aymeric de Villoutreys, violon I ; Mélanie Pelé, violon II ; Antoine Combot, alto ; Wanying Emilie Koang, violoncelle






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 824898

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License