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Quand l’amour courtois s’invite à la cour de Frédéric Barberousse

mardi 3 juin 2008 par Bertrand Balmitgère
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Région de vieille tradition musicale, l’Alsace compte bon nombre de prestigieux festivals consacrés au répertoire ancien, qui fait depuis quelques années un retour en force. Parmi eux figure depuis 1993 le Festival Voix et Route Romane dont le but est de promouvoir la Route Romane d’Alsace et sa culture médiévale, par le biais de diverses manifestations, expositions et donc de concerts.

Pour lancer la saison d’été 2008, les organisateurs ont porté leur choix sur l’ensemble « les Jardins de Courtoisie » d’Anne Quentin. Choix artistique qui illustre parfaitement la thématique de ce cru 2008 consacré aux « Lumières Rhénanes » et au premier rang d’entre elles, à Hildegard von Bingen (1098-1179). Sainte, abbesse et compositrice mais surtout grande figure de son temps. Chaque concert étant comme autant d’éclairage sur cette époque de foisonnement culturel de la chrétienté.

Initialement prévu dans le superbe cloitre l’église Saint Pierre le Jeune, située en plein cœur de Strasbourg, ce concert inaugural prit finalement place dans la nef de l’édifice religieux en raison d’une météo menaçante. Difficile de rêver plus beau et authentique cadre pour un tel concert que Saint-Pierre-le-Jeune qui compte parmi les plus belles églises d’Alsace. Ses fondations remonteraient autour du VIème siècle. Dotée d’un magnifique cloître au XIème siècle elle prend sa forme gothique actuelle courant du XIIIème, profitant de l’essor de la ville de Strasbourg.

Cette soirée musicale divisée en deux parties a pour sujet « Trouvères et Minnesänger à la cour de Frédéric Barberousse ». Une représentation pas comme les autres nous attend, car au lieu d’assister à un simple concert, nous avons eu le privilège de voir se dérouler sous nos yeux une véritable reconstitution. En effet, comme le promettait le programme du soir, cette veillée devait nous faire revivre une représentation telle qu’elle se faisait à l’époque. Pour ce faire deux tableaux scéniques étaient proposés. En première partie : une rencontre à la cour du Saint Empire entre plusieurs Trouvères et Minnesänger venant des quatre coins du Rhin à l’occasion du mariage en 1156 entre Barberousse et Béatrice de Bourgogne. En guise de deuxième partie, autre reconstitution : celle d’une fête fastueuse se déroulant en 1184 à Mayence. Plusieurs sources écrites remontant à cette époque, y mentionnent la présence de musiciens tels que Guiot de Provins, Doette de Troye, Heinrich von Veldeke et vraisemblablement Friedrich von Hausen, illustres représentants de l’art courtois. C’est lors des rencontres de ces artistes, chanteurs et poètes que les influences, mais aussi les différenciations musicales et poétiques se faisaient jour, donnant lieu à de nouvelles sources d’inspirations.

Qu’ils soient minnesänger allemands, ou bien troubadours ou trouvères français, ces artistes avant tout poètes et chanteurs partageaient le même art. Celui de mettre en musique « l’amour courtois » sous forme de poèmes épiques chantés. Ces textes, au thème en vogue au moyen âge, relataient en langue d’oïl ou en allemand, les amours entre nobles qui vivaient à cette époque selon les règles de la chevalerie. Les femmes y sont vénérées pour leur beauté et leur douceur, et les hommes sont honorés pour leur courage et leur bravoure. Art noble et charmant s’il en est, surtout quand il est aussi bien servi que par l’ensemble « les Jardin de Courtoisie », accompagné exceptionnellement ce soir là par l’excellent luthiste allemand Marc Lewon. Anne Delafosse-Quentin, assurant les parties chantées en langue d’oïl et Lewon celles en vieil allemand.

« Les Jardins de Courtoisie » créés en 2004 par Anne Delafosse-Quentin comptent parmi les meilleures formations hexagonales de musique ancienne. Réputation amplement justifiée, tant leur professionnalisme et la qualité de leur interprétation furent exceptionnels. Faisant vivre et découvrir avec talent à un public conquis, un répertoire enchanteur et varié, le tout baignant dans une atmosphère envoûtante, grâce aux jeux de lumières qui plongent l’assistance dans l’intimité avec les artistes. La présence des musiciens en costume d’époque ajoutant encore plus à ce parfum d’historicité.

Ce voyage enchanteur en plein moyen-âge augure le meilleur pour la suite de ce festival, avec dès le 6 juin la présence de la formation « Für Frühe Musik » d’Augsbourg à Obersteigen. Mais aussi les 5 et 6 septembre l’Ensemble « Discantus » de Brigitte Lesne, tour à tour à Andlau et Wissembourg. Et surtout les 4 et 5 octobre à Marmoutier puis Rosheim, le superbe ensemble « Gilles Binchois » de Dominique Vellard. A ne pas rater !

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- Strasbourg
- Eglise Saint Pierre le Jeune
- 30 mai 2008
- Trouvères et Minnesänger à la cour de Frédéric Barberousse
- Ensemble les Jardins de Courtoisie
- Anne Delafosse-Quentin, soprane et direction ; Baptiste Romain, vièle à archet ; Gwénaël Bihan, flûtes ;, Patrick Bernatene, percussions ; Marc Lewon, luth






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