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Pygmalion en devenir – Odes funèbres

jeudi 9 avril 2009 par Philippe Houbert

Qu’il est appréciable, en ces temps où la culture a tant de mal à survivre, de voir des jeunes gens se lancer dans l’intrépide aventure consistant à créer un ensemble vocal et instrumental et de donner à ce dernier la belle ambition de travailler autour de la figure tutélaire de Jean-Sébastien Bach !

Est-ce que le fait de saluer ce courage doit faire figure de chèque en blanc, de même que reconnaître les étapes déjà franchies devrait estomper les critiques visant des défauts perceptibles mais loin d’être irrémédiables ? Essayons de répondre négativement à cette double question. Avouons que le premier disque de l’ensemble Pygmalion, paru chez Alpha il y a quelques mois et consacré aux messes brèves BWV 234 et 235 de Bach (les deux autres messes seront enregistrées dans quelques mois) nous avait laissé entre deux eaux : admiration pour la mise en place, tant du chœur que de l’effectif instrumental, pour un ensemble aussi récent (fondation en 2005), reconnaissance de l’homogénéité des voix, mais aussi étonnement à l’égard d’une relative placidité de l’ensemble, de tempi très convenus, bref d’un certain manque de risques que l’on n’attendrait pas chez de si jeunes musiciens. De plus, une fois n’est pas coutume chez Alpha, nous avions été assez indisposé par la prise de son à la fois très réverbérée et mettant curieusement en vedette un clavecin des plus bavards.

Le pari engagé pour ce concert du 17 mars était grand : au travers d’une thématique, l’ode funèbre, offrir un parcours musical côtoyant certains des prédécesseurs luthériens de Bach : Schütz, Buxtehude, Bernhard, Bruhns. La soirée débutait avec un des « Geistliche Konzerte » de Schütz, le « Selig sind die Toten », courte pièce chorale, très recueillie, très bien mise en place par Raphaël Pichon.

Ce fut à peu près le seul moment où le défaut majeur de ce concert, à savoir l’acoustique invraisemblablement réverbérée de l’église des Blancs-Manteaux, ne vint pas trop perturber notre écoute attentive. Suivait une cantate pour basse, chœur et instruments de Dietrich Buxtehude, « Gott, hilf mir », BuxWV 34. Belle voix de Benoît Arnould, insuffisamment soutenue par un ensemble instrumental très timide, et des interventions chorales dont la définition des voix se perdait dans l’acoustique insupportable de l’église. Promis, nous ne reviendrons plus sur ce dernier point, sauf en conclusion.

Pour conclure la première partie, Raphaël Pichon et Pygmalion nous donnaient une œuvre pascale, « Hemmt eure Tränenflut », pièce dite « cantate-madrigal », symbole de ce que cet élève de Buxtehude, Nikolaus Bruhns, eut à cœur de proposer : le mariage de la tradition du concertato dramatique hérité de Schütz et la création de la cantate luthérienne que Bach mènera à son sommet. Cette musique, baignée du piétisme ambiant, requiert, à mon sens, plus d’expressivité que ce que Pygmalion nous offrit l’autre soir. Chaque section devrait être plus individualisée, les mots devraient avoir un autre poids que la joliesse générale entendue. Il est quand même question de « linceul en lambeaux », de « cris, folies et vacarmes », de « gros rocher qui écrasait mon cœur », de « tourments qui me broient ». En dépit des jolies voix de Maïlys de Villoutreys, de Romain Champion et de Virgile Ancely (nous avons trouvé l’alto masculin bien plus faible), les mots chantés ne portaient pas cette expression-là.

Une superbe pièce de Christoph Bernhard ouvrait la seconde partie du concert, « Herr, nun lässest du deinen Diener in Friede fahren ». Ce motet fut certainement le plus beau moment de la soirée, avec enfin une forme de chaleur mise sur les mots, et les forces de Pygmalion enfin lâchées et non plus sur la retenue.

Suivaient deux très émouvantes cantates de Dietrich Buxtehude. « Mit Fried und Freud » fut écrite en 1671 et le compositeur y pleure la perte de son père. Cette oeuvre est non seulement un hommage au père mais aussi aux techniques apprises de longue date. Bijou contrapuntique où le thème de base et sa formule d’accompagnement passent d’une voix à l’autre. Le chœur féminin de Pygmalion y fut fort beau d’équilibre mais, une fois de plus, il fut difficile de comprendre ce que chantait Juliette Perret, dans cette version très éthérée qui nous semble presque être un contresens par rapport au dolorisme de l’œuvre. Il fallut aussi déplorer le manque d’engagement de l’ensemble instrumental.

Les mêmes remarques peuvent être faites pour le « Sterbelied » BuxWV 41, l’une des cantates de choral les plus strictes que Buxtehude ait composées. La première partie montra un peu plus de prise en compte d’un texte baigné par une profonde ferveur mystique. En bis, Pygmalion redonna les pièces de Bernhard et de Schütz, comme une sorte de reconnaissance que leur style convenait mieux à celles-ci qu’au reste du programme.

Encore une fois, il faut louer l’homogénéité de l’ensemble et espérer que le manque d’engagement interprétatif était plus lié à un trop grand respect des œuvres qu’à des choix stylistiques délibérés. Souhaitons aussi que Pygmalion continue à s’épanouir sur des programmes qui puissent solidifier une structure de base de l’ensemble. Trop de changements dans l’ensemble sont déjà perceptibles d’un programme à l’autre, mal profond des ensembles baroques d’aujourd’hui. Enfin, regrettons que l’une des plus belles programmations du répertoire baroque de la place parisienne soit donnée dans des églises (Saint Roch, Blancs-Manteaux) dont l’acoustique est fort peu appropriée au style des œuvres. Quand reviendra-t-on à Saint Etienne du Mont ?

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- « Ode funèbre »
- Paris
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- 17 mars 2009
- Œuvres de Heinrich Schütz, Dietrich Buxtehude, Christoph Bernhard et Nikolaus Bruhns
- Ensemble Pygmalion
- Raphaël Pichon, direction











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