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Programme pour cordes éclectique par l’Orchestre d’Auvergne

dimanche 8 mars 2009 par Benoît Donnet
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© Pierre Brye

Ce concert présentait cinq oeuvres du XXe siècle écrites pour orchestre à cordes et éventuels solistes. Une belle occasion de rencontrer des pièces peu connues et à l’intérêt réel, quoique inégal.

L’Orchestre d’Auvergne, qui est, rappelons-le, d’abord un orchestre à cordes, s’est montré fort à l’aise dans des oeuvres qui réclament généralement moins de virtuosité et de puissance que de finesse et de subtilité. Le pupitre des violoncelles et contrebasses, très énergique, nous a favorablement surpris dans une Sinfonietta de Roussel que nous n’attendions pas si véhémentes, portée à un degré d’intensité remarquable par la direction précise et rythmiquement alerte d’Arie van Beek. L’oeuvre, signalons-le au passage, est d’ailleurs en elle-même passionnante et trop peu célébrée : ce court triptyque vif-lent-vif qui suit le modèle du concerto baroque en subvertissant son univers esthétique est un chef d’oeuvre qui appelle à être apprécié pour ses qualités polyphoniques, et surtout harmoniques, car Roussel, comme on sait, a une façon de composer que l’on ne retrouve guère que chez Honegger dans le paysage musical français de cette époque, dominé par un certain néo-classicisme - qui marque d’ailleurs également ce concerto sans l’enfermer dans un paradigme trop strict : le deuxième mouvement est une inventivité rare dans le déploiement de la musique, d’une intensité déchirante en dépit de la brièveté de l’exécution.

Le triple concerto de d’Indy méritait, lui aussi, d’être exécuté, car il est encore plus oublié que la Sinfonietta de Roussel. Compositeur peu fréquentable, condamné à la marginalisation par son caractère intolérant et ses opinions politiques réactionnaires, d’Indy signe en cet étonnant concerto pour flûte, piano et violoncelle une fine réalisation, qui, sans égaler ses chefs d’oeuvre que sont Le Diptyque Méditerranéen, Jour d’été à la montagne ou l’opéra Fervaal, mérite d’être reconnue. Ecrit en 1927, le concerto est traversé par une limpidité qui ne cache pas
ses ascendances wagnériennes, avec un fort chromatisme, mais la fond dans un langage printanier très éminemment gaulois. Le modernisme de l’oeuvre reste très en deçà des réalisations les plus audacieuses de l’époque mais la pièce, en trois mouvements dont le deuxième est superbe, est agréable et stimulante à écouter ; d’Indy gère avec une indéniable habileté la cohésion interne en équilibrant finement les trois parties solistes, toutes fort riches. Il est à déplorer que l’acoustique difficile du lieu du concert ait désavantagé la flûte, qui disparaissait dans les tutti, et cela est d’autant plus regrettable que la prestation de Juliette Horel, comme d’ailleurs celle de ses deux collègues (Trotereau très discret mais efficace au violoncelle, Hélène Couvert impeccable et chantante au piano) était fort convaincante. Remercions tout de même les interprètes de nous faire découvrir l’oeuvre réussie d’un compositeur trop injustement méprisé.

La deuxième partie du concert a commencé par nous faire découvrir un concerto pour violon et voix enregistrée intitulé « V&V » de Giya Kancheli, compositeur russe généralement connu pour son style très sombre, pessimiste et intransigeant, bien que non sans attrait par sa violence et sa verve rythmique. Il était donc bien surprenant de découvrir une oeuvre intimiste, d’une économie d’écriture étonnante, qui ne sort généralement pas de la nuance pianissimo et restreint au maximum la complexité de l’accompagnement. En dépit de certains passages harmoniquement très
originaux, l’oeuvre évolue d’ailleurs dans une esthétique résolument tonale et consonante, parfois larmoyante. La voix enregistrée ouvre et clôt le concerto par une cantilène jolie mais banale, totalement diatonique, en notes conjointes. Le soliste Amaury Coeytaux a su dominer une partition qui exige du violon une tessiture suraiguë, mais peu de virtuosité purement technique, et l’oeuvre, bien que pas inoubliable et sans doute trop « gentille » pour la plupart des amateurs de musique contemporaine, a obtenu un vrai succès dans le public clermontois.

La Sérénade de Kalinnikov en un seul mouvement est, pensons-nous, la pièce la plus faible qui a été présentée. Compositeur doué mais mort trop précocement pour marquer vraiment le paysage musical, Vassily Kalinnikov a écrit des oeuvres parfois fraîches d’inspirations, souvent assez charmeuses, plus proches, si on veut, de Borodine et de Rimski-Korsakov que de Taneiev par leur orientalisme caractérisé. Cette Sérénade est ainsi une pièce agréable mais banale et un peu fade, dont le thème est aussi beau que ses développements attendus ; la couleur des cordes de l’orchestre a certes fait merveille dans une telle pièce, mais nous ne sommes pas certain d’avoir la curiosité d’aller la réécouter au disque. Cependant, aux curiosités, on pardonne tout !

Enfin, le concert a trouvé sa conclusion officielle sur le concerto en ré majeur de Stravinski. Cette oeuvre strictement abstraite, conduite par une motricité rythmique à toute épreuve, est, au choix, une pièce à l’ardeur stimulante ou un ennuyeux pensum. Si, en ce qui nous concerne, nous penchons plutôt pour la deuxième solution, il faut tout de même saluer l’excellent travail de l’orchestre et du chef, qui se dépêtrent apparemment sans difficultés de la complexité polyphonique, conduisant
souvent plusieurs voix parallèles et indépendantes en même temps. Si la pièce nous marque peu, l’impact de son interprétation semble en revanche indéniable, et c’est avec une louable motivation que les instrumentistes abordent cette musique sans doute d’accès difficile.

Le bis offert par les interprètes était constitué de l’agréable mais un peu long Nocturne de Borodine, qui reprend un peu les ingrédients de la Sérénade de Kalinnikov, mais avec plus de variété et d’inspiration. Conclusion agréable à un concert dont nous avons préféré la première partie à la seconde, mais qui nous a permis, et cela est fort louable, de découvrir ou de redécouvrir des œuvres injustement peu jouées.

L’orchestre d’Auvergne et Arie Van Beek seront aux Flâneries musicales de Reims le 27 juin prochain.

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- Clermont-Ferrand
- Maison de la Culture
- 24 février 2009
- Albert Roussel (1869-1937), Sinfonietta
- Vincent d’Indy (1851-1931), Concerto pour piano, flûte, violoncelle et orchestre à cordes op.89
- Giya Kancheli (né en 1935), V&V pour violon, orchestre, et voix enregistrée
- Vassili Kalinnikov (1866-1901), Sérénade pour cordes
- Igor Stravinski (1882-1971), Concerto pour cordes en ré majeur
- Juliette Hurel, flûte ; Hélène Couvert, piano ; Jean-Marie Trotereau, violoncelle (d’Indy)
- Amaury Coeytaux, violon (Kancheli)
- Orchestre d’Auvergne
- Arie van Beek, direction






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