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Programme espagnol par l’ONF, loin de l’Espagne, et sans la saveur

lundi 18 janvier 2010 par Thomas Rigail
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Xavier de Maistre
© Udo Titz

Programme d’espagnolades pour l’Orchestre National de France : entre tubes rebattus et exotisme décadent (avec un peu de De Falla certes, mais seulement pour une courte suite), il faudrait une sévère touche de légèreté pour rendre digeste un programme qui aime flirter avec le mauvais goût ; pas sûr que le chef méga-star invité Riccardo Muti soit le plus à même de relever cette difficile mission.

Durant España de Chabrier, Riccardo Muti oscille entre mimiques de comédien et absence totale de geste, indiquant qu’il laisse l’orchestre jouer seul cette pièce rebattue qui a le mérite de donner le ton : PLOUM PLOUM.

Pourtant, le concerto pour harpe de l’argentin Alberto Ginastera évitera le piège du folklorisme facile. Dans une écriture tonale accessible mais sans fadeur, pimentée de quelques effets contemporains - agrégats de vents, harmoniques et coups sur le bois de l’instrument -, l’œuvre affiche un bel équilibre entre l’intégration de structures rythmiques et d’évocations locales (une harpe qui s’inspire ponctuellement du jeu de la guitare, des percussions finement employées, des motifs modaux...) et une écriture dans le prolongement de celle d’un Bartók - notamment dans un deuxième mouvement qui rappelle fortement le troisième mouvement de la Musique pour cordes, percussion et célesta. Le harpiste Xavier de Maistre affiche une belle maitrise des nuances et des effets de la partition, en particulier dans la belle cadence qui ouvre le troisième mouvement. L’orchestre suit avec un beau niveau technique mais la direction de Riccardo Muti peine à donner une direction globale à une forme qui fonctionne par oppositions. Plutôt que de tirer la partition vers une affirmation du sens général ou une mise en valeur de ses particularités, Muti tend à renforcer ses faiblesses formelles. Le troisième mouvement manque également un peu de verve dans l’accompagnement : c’est correctement donné mais cela aurait pu être beaucoup plus exaltant.
Et les chaleurs de cette musique n’auront pourtant pas gagné le Théâtre des Champs Elysées sur lequel s’est vraisemblablement abattue une épidémie de pneumonie qui l’a transformé en sanatorium durant toute la durée de l’œuvre, qui reste un agréable moment un milieu d’un programme convenu, programme qui pataugera en deuxième partie de concert.

La deuxième suite du Tricorne de Manuel De Falla déçoit nettement : malgré une qualité technique certaine et une belle cohésion de la part de l’orchestre, les couleurs ternes et pâteuses, plus appropriées à Beethoven qu’à la musique du compositeur espagnol, ne sont pas relevées par une direction mécanique, fondée formellement sur des effets faciles et des contrastes appuyés, ne dépassant pas une vision trop proche du détail qui distingue bien les voix au sein de l’orchestration mais échoue sur la conduite dans la durée, faisant perdre le sens et la vitalité des mouvements. La « danse du meunier » est particulièrement à côté autant dans les couleurs pataudes que dans la direction fragmentée, et le chef se sort de la « danse finale » surtout en laissant l’orchestre faire du bruit, mais peut être n’est-il pas surprenant que ce soit la pièce la plus intrinsèquement espagnole qui soit la moins idiomatique et la plus ratée dans ce concert.

L’orchestre se sort mieux de la Rhapsodie espagnole de Ravel, peut être grâce à une plus grande familiarité avec cette musique. Le détail de la direction de Riccardo Muti permet ici de bien faire respirer les très nombreux solos de la partition, pour la plupart bien réussis, mais les mêmes défauts de construction globale apparaissent : Muti ne donne aucune impulsion véritable aux œuvres et se perd dans un travail sans âme du détail (notamment dans la Habanera), coupant court à toute tentative d’insuffler une énergie et une empreinte rythmique à une œuvre qui n’a jamais autant affiché, par le manque de fluidité globale, son statut d’orchestration d’une pièce pour piano - orchestration qui apparaît alors bien superflue. Encore une fois, en dépit d’une section lente amorphe qui vient perturber le déroulement formel, le dernier mouvement est un peu plus réussi grâce à l’absence de subtilité d’un orchestre qui peut se permettre de jouer fort.

Une exécution sans surprise du Bolero, correctement tenue mais sans brio, achève ce concert loin d’être honteux sur le plan technique mais qui manquait nettement, en dehors du concerto de Ginastera par Xavier de Maistre, de l’étincelle de vie nécessaire pour donner corps à ces œuvres sans tomber dans la lourdeur.

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- Paris
- Théâtre des Champs Elysées
- 14 janvier 2010
- Emmanuel Chabrier (1841-1894), España
- Alberto Ginastera (1916-1983), Concerto pour harpe et orchestre
- Manuel de Falla (1876-1946), Le tricorne, suite n°2
- Maurice Ravel (1875-1937), Rhapsodie espagnole, Boléro
- Xavier de Maistre, harpe
- Orchestre National de France
- Riccardo Muti, direction






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