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Prise en main en douceur de l’OPL par François-Xavier Roth

mercredi 3 décembre 2008 par Richard Letawe
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François-Xavier Roth
DR

S’il veut avoir une vie concertante heureuse, le mélomane vorace a intérêt à éviter principalement deux types de publics : les arrogants invités des concerts trop sponsorisés, et les provinciaux endimanchés, qui vont à leur sortie culturelle de l’année comme à la ducasse.

Ce soir au Théâtre Royal de Mons, où se produisait l’Orchestre Philharmonique de Liège, c’était le provincialisme obtus dans toute sa splendeur. La méconnaissance des usages du concert par certains était honteuse : applaudissements intempestifs, toux, bruits de papiers, commentaires incessants entre voisins, cette « musique de fond » n’a presque jamais laissé se concentrer les auditeurs motivés.

Nous reviendrons plus loin sur les exploits du public, intéressons-nous d’abord à ceux de l’OPL, placé ce soir sous la direction de François-Xavier Roth, qui sera le directeur musical de l’orchestre à partir de la saison prochaine. Il n’avait dirigé auparavant l’orchestre que dans le programme du Nouvel An de 2007, époque où la succession de Pascal Rophé n’était pas à l’ordre du jour. Les musiciens liégeois découvraient donc leur futur chef en connaissance de cause dans ce programme varié, qui ne débutait pas dans la facilité avec la redoutable Cinquième symphonie de Schubert.

Le chef ne s’y montre pas très convaincant à notre sens, car le jeu qu’il demande aux cordes de l’orchestre, très fin, et avec un vibrato minimum, produit un son décharné, dur, et une intonation assez crispante. Dès lors, comment apprécier cette direction fraîche et énergique, très détaillée, d’une élégance très subtile et finement dosée, quoique manquant parfois légèrement de souplesse, si le son de l’ensemble est aussi désagréable, froid et sans rondeur ? Voici donc des impressions très négatives sur cette exécution, qu’il faut cependant peut être tempérer, car il est possible que l’attitude du public nous ait rendu irascible et nous ait conduit à entendre tout en noir. Nous avons déjà entendu plusieurs fois François-Xavier Roth, toujours avec satisfaction, de plus, le reste du concert fut bien plus enthousiasmant.

Zemlinsky pour suivre avec les Six lieder sur des poèmes de Maeterlinck. Beaucoup les ont découverts il y a une dizaine d’années avec un fort beau disque d’Anne Sofie Von Otter, accompagnée par l’orchestre de la NDR et John Eliot Gardiner [1]. C’est Isabelle Druet qui officie ce soir, jeune mezzo française, récente deuxième prix du Reine Elisabeth de chant [2], qui n’est pas une inconnue sur Classique Info. Une voix radieuse, juste ce qu’il faut de vibrato, un timbre éclatant, un organe large et puissant, à l’émission facile, une diction souple, un legato somptueux. Elle n’a pas tout à fait le même talent de diseuse ni les fêlures expressives d’Anne Sofie Von Otter, mais le matériau vocal est d’une richesse incomparable. Mené avec beaucoup de tact, l’OPL propose un accompagnement luxuriant, chaleureux et généreux, sans donner une impression de touffeur, et surtout sans se laisser aller à couvrir la soliste. On regrettera cependant que le public se sente obligé d’applaudir entre chaque mélodie, cassant l’ambiance et la concentration. Public même pas chaleureux pourtant, qui n’applaudit à la fin que le temps d’un misérable rappel, bien injuste au vu de la prestation des musiciens.

Avec Till Eulenspiegel, il était possible d’envisager d’écouter la musique d’une traite, sans que le public s’en mêle. Même pas ! Par deux fois des spectateurs trop pressés, se saisissent du moindre moment de silence pour applaudir. Il y a des soirs où on est heureux de ne pas être armé, cela nous attirerait des ennuis ! Pourtant, la roborative exécution de ce Till par FXR et son futur orchestre avait de quoi enthousiasmer. La cohésion des pupitres est exemplaire, la précision du chef remarquable : pas un détail de l’orchestration ne passe à la trappe, chaque épisode est caractérisé, et l’humour, l’espièglerie de l’œuvre sont magnifiquement rendus. L’orchestre est splendide, sonore et précis ; on distinguera deux solistes de cet excellent ensemble, le corniste Bruce Richards à la palette dynamique de toute beauté, digne des meilleurs orchestres germaniques, et le concertmeister de ce soir, Daniel Garlitsky, au lyrisme chaleureux.

Voilà donc pour ce premier concert de François Xavier avec Liège depuis sa nomination. Chef enthousiaste, aux options parfois fantasques, poète et inspirateur plus que directeur à la main de fer, plein d’humour et bon communicateur, il pourrait bien être le bon choix pour l’avenir de l’OPL. On ne risque en tout cas pas de s’ennuyer avec lui.

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- Mons
- Théâtre Royal
- 22 novembre 2008
- Franz Schubert (1797-1828), Symphonie n°5 en Si bémol majeur D485
- Alexander Zemlinsky (1871-1942), Sechs Gesänge nach Gedichten von Maurice Maeterlinck Op.13
- Richard Strauss (1864-1949), Till Eulenspiegels lustige Streiche Op.28
- Isabelle Druet, mezzo-soprano
- Orchestre Philharmonique de Liège
- François-Xavier Roth, direction

[1] un disque Deutsche Grammophon 439 928-2

[2] engagée par l’OPL pour ce concert avant ce concours











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