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Premio Borciani, 15 juin, la matinée

mardi 28 juin 2011 par Richard Letawe
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Schumann Quartett
DR

Il n’y a pas d’imposé au deuxième tour du Premio Borciani, pour lequel les participants avaient à choisir deux œuvres, une du XIXème et une du XXème siècle. L’audition reprend dans l’ordre alphabétique, avec pour débuter le Schumann Quartett. Au programme de la matinée, trois quatuors qui ont tous fait le même choix du Quatuor n°1 de Brahms.

Comme lors du premier tour, les Schumann se distinguent par leur énergie et leur muscle, et par la manière très virile avec laquelle ils abordent les grandes partitions. Cela surprend toujours, désarçonne parfois, notamment dans le premier mouvement du Quatuor n°1 de Brahms, qui fait l’effet d’un coup de poing. Les phrasés sont rugueux et abrupts, un peu précipités parfois, donnant l’impression d’un certain manque de maturité de l’ensemble, qui s’investit à fond dans sa tâche, mais en faisant un peu trop confiance au brio dont il est capable. Néanmoins, la qualité de la mise en place est impressionnante, et les Schumann ne perdent jamais le fil du discours, tendu, carré, d’une logique irréprochable. On a donc dans ce premier mouvement les prémisses d’une grande version, dont la hargne devrait seulement être tempérée d’un peu de souplesse. Ce que confirment les deux mouvements centraux, d’une délicatesse et d’une sensibilité dont on ne les aurait pas forcément crus capables. Il reste bien un peu de raideur dans la rythmique, et la fin de l’Allegro molto n’est pas d’une justesse infaillible, mais l’éloquence du chant de la Romance, la pureté d’intonation du premier violon, la vigueur sans complexe du Trio sont tout à fait convaincants. De même, le final, très rugueux, au son assez dur, est pourtant parfaitement défendable dans une optique juvénile, un peu sauvage, qui rappelle que Brahms était originaire des rives de la Baltique. Très engagée elle aussi, leur exécution du Quatuor n°3 de Bartok est de grande qualité, mais marque moins les esprits, les Schumann semblant ici avoir moins interrogé le texte qu’ils avaient décidé d’interpréter.

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Quatuor Voce
© Sophie Pawlak

C’est ensuite au tour du Quatuor Voce de défendre son programme. Leur version du premier quatuor de Brahms ne saurait être plus différente de celle du Schumann Quartett, car là où les Germano-Nippons ont été- à leur manière convaincante- secs et anguleux, les Français ont été d’une souplesse et d’une chaleur qui évoquent un Brahms plus méridional, mais sans être apaisé, car cette lecture reste suffisamment nerveuse et dramatique, menée par le premier violon frémissant de Cécile Roubin, qui montre un peu moins de brio qu’Erik Schumann, mais dont le chant est à la fois plus varié et plus subtil. C’est dans le mouvement lent que la version des Voce est la plus aboutie, ouvrant des Abymes de profondeur et d’émotion, dans une simplicité de conception admirable, les Voce respirant exactement ensemble, dépouillant chaque phrase de tout accent superflu.

Les Voce ont fait le choix pour l’œuvre moderne du Quatuor n°1 de Ligeti, pour lequel Sarah Dayan reprend la place de leader. C’est peu dire que les Voce y ont été convaincants, tant leur interprétation a semblé parfaitement évidente, d’une limpidité qui confine à la magie. Tout est parfaitement en place, les dosages dynamiques sont millimétrés, les sonorités d’une beauté ensorcelante, et pour mener l’ensemble, Sarah Dayan qui est ici sur ses terres d’élection, avec un jeu ferme, d’une précision diabolique, mais qui semble pourtant d’une incroyable facilité. Assurément, avec le Quatuor n°5 de Bartok des Calder en première épreuve, c’est ce que nous avons entendu de mieux jusqu’à présent, et bien évidemment, pour le Quatuor Voce, le troisième tour semble acquis.

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Acies Quartet
© Lukas Beck

La matinée se termine avec la prestation du Quatuor Acies, qui commence lui aussi par Brahms. Les Acies en donnent une version équilibrée et sobre, à la réalisation instrumentale soignée, qui culmine dans un deuxième mouvement d’une extrême douceur, joué sur le ton de la confidence. Cette lecture charmeuse est cependant assez lisse, rendant mal la sensibilité douloureuse du premier mouvement, et semble un peu trop se cantonner au juste milieu après les versions si engagées des Voce et des Schumann dans la même œuvre. Ensuite, dans le Quatuor n°3 de Schnittke, on s’ennuie ferme, tant les Acies semblent modérément concernés, donnant une lecture fonctionnelle mais tout à fait dispensable.

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- Reggio Emilia
- Teatro Valli
- 15 juin 2011
- Johannes Brahms (1833-1897), Quatuor n°1 en ré mineur Opus 51 n°1
- Bela Bartok (1881-1945), Quatuor n°3
- Schumann Quartett : Erik Schumann, Ken Schumann, violon ; Ayako Goto, alto ; Mark Schumann, violoncelle
- Johannes Brahms (1833-1897), Quatuor n°1 en ré mineur Opus 51 n°1
- Györgi Ligeti (1923-2006), Quatuor n°1 « Métamorphoses nocturnes »
- Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin, violon ; Guillaume Becker, Alto ; Florian Frère, violoncelle
- Johannes Brahms (1833-1897), Quatuor n°1 en ré mineur Opus 51 n°1
- Alfred Schnittke (1934-1998), Quatuor n°3
- Acies Quartett : Benjamin Ziervogel, Raphael Kasprian, violon ; Manfred Plessl, alto ; Thomas Wirsflecker, violoncelle











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