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Premio Borciani, 13 juin, la matinée

lundi 13 juin 2011 par Richard Letawe
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Rubens Kwartet
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Le Concours Paolo Borciani débutait ce matin avec l’audition des quatre premiers quatuors participants dans le premier round de la compétition. La veille, au cours de la cérémonie d’inauguration de cette neuvième édition, le sort a désigné le Quatuor Rubens pour entamer l’épreuve, les autres formations se suivant alors dans l’ordre alphabétique, du S jusqu’au V, puis du A jusqu’au N, le Navarra Quartett devant dès lors ronger son frein jusqu’à mardi soir.

Au cours de ce premier volet de l’épreuve, les 19 formations en lice (les quatuors Balthus, Gaïa et Kazakh ont déclaré forfait), doivent toutes jouer le premier mouvement du Quatuor Op.59 n°2 de Beethoven, avant une œuvre de leur choix.

Nous allons tenter de suivre ce Premio Borciani au plus près, pour éviter d’être submergé par les heures de musique que nous allons écouter au cours de cette semaine. Nous prions donc nos lecteurs d’excuser le caractère peu soigné et peu-être peu posé de ces textes qui seront rédigés dans l’urgence de la compétition.

Les néerlandais du Rubens Kwartet ont donc le redoutable honneur de débuter la compétition, assez tôt le matin, alors que les suiveurs sont encore peu nombreux à avoir rejoint le Teatro Valli, superbe salle, mais dont l’acoustique très sèche ne laisse aucun droit à l’erreur aux instrumentistes : chaque erreur sera impitoyablement détectée par les oreilles du jury. Les Rubens entament le mouvement du quatuor de Beethoven avec circonspection, et ne vont jamais se départir d’une prudence et d’un flegme qui nuisent au parcours dramatique de la pièce, dont le discours semble ici sinueux. Il manque de tension, de persuasion dans cette interprétation qui est pourtant d’une belle qualité technique, mais qui laisse peu de traces dans les mémoires. Ils ont ensuite choisi le Quatuor n°3 de Bartok, qu’on retrouvera d’ailleurs très souvent au cours de cette semaine, pour lequel les deux violonistes échangent leurs postes, Joseph Puglia étant désormais le primarius. L’équilibre semble meilleur dans cette configuration, et le discours apparaît beaucoup plus cohérent et plus maîtrisé. Les parties lentes de ce quatuor de Bartok pourraient être envisagées avec un peu plus de douceur et d’abandon, mais les qualités d’articulation sont indéniables, la justesse rythmique est constante, l’assurance et la conviction de l’ensemble sont sans faille. Une prestation plutôt intéressante donc pour ce premier quatuor compétiteur, et dores et déjà l’impression que le Premio Borciani n’usurpe pas sa réputation de plus grand concours mondial de quatuor à cordes.

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Schumann Quartett
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Le Schumann Quartett fait ensuite sont entrée sur la scène du théâtre. Dans une optique tout à fait différente de celle des Rubens, les Schumann attaquent Beethoven avec la plus grande hargne, dans un geste survolté, imprimant à la partition une tension phénoménale. Le son est dur, l’optique semble trop démonstrative, mais les Schumann vont au bout de leurs convictions, et font preuve d’une superbe maîtrise collective, conduits par un premier violon virtuose. Ils poussent le tragique à fond, c’est du Beethoven pour temps de catastrophe, mais nous avouerons avoir été séduit par cette approche sans concession.

Les Schumann interprètent ensuite le Quatuor de Debussy, dans lequel on les sent un peu moins à l’aise, du moins dans un premier mouvement où ils semblent encore être en train de jouer le Beethoven précédent. Tout en muscles, assez raides, ils font valoir encore une superbe maîtrise de leurs instruments (un violoncelle majestueux !), mais le discours est trop univoque pour convaincre. Les poignets s’assouplissent cependant dans le deuxième mouvement, où le premier violon montre de superbes intentions, et qui bénéficie magnifiquement de leurs sonorités ensoleillées, de leur énergie et de leur peps. Les deux derniers mouvements proposent encore de très beaux moments de musique : l’altiste libère une musicalité raffinée, aux sonorités troublantes dans un andantino fait de douceur et de tendresse, alors que le finale, on l’on retrouve parfois la tendance des Schumann à forcer le trait de la virilité, reste fort bien mené, d’une vigueur et d’une assurance impressionnantes.

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Solstice String Quartet
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Le concours reprend après quelques minutes de pause par l’audition du Solstice String Quartet originaire de Grande-Bretagne. Malgré des qualités musicales certaines, leur prestation ne devrait pas leur permettre d’aller plus loin dans l’épreuve. Ils jouent un Beethoven solide et élégant, mais dont la polyphonie est parfois brouillonne, et qui semble ne proposer aucune progression dramatique, le récit étant platement déroulé, sans le moindre élément saillant pour retenir l’attention. Leur Quatuor de Debussy est mieux venu : si on les compare avec le Quatuor Schumann, on note une plus grande aisance stylistique, une souplesse plus facile, un équilibre plus naturel, mais là où les Schumann étonnaient par leurs parti-pris et leur fougue, les Solstice ont une expression beaucoup plus contrainte et timide. Fins musiciens, au jeu bien articulé mais manquant de force, ils rencontrent aussi quelques limites techniques : une altiste assez terne dans le troisième mouvement, un primarius qui s’égare parfois, ce qui les place en mauvaise position pour envisager continuer le concours.

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Quatuor Varèse
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Deux quatuors français ont été sélectionnés pour cette compétition, les Voce que nous avons déjà entendus plusieurs fois, et les Varèse que nous découvrons à l’occasion de cette première épreuve. Ils y ont fait forte impression. Leur interprétation de Beethoven est la plus convaincante de la matinée, puissante et résolue, mais qui n’oublie jamais de chanter, et qui propose une véritable parcours dramatique et laisse respirer la musique. C’est une version mûre, équilibrée, sans concession qu’ils offrent, et qui donne très envie d’entendre les autres mouvements du quatuor. Les Varèse jouent ensuite le quatuor Ainsi la nuit de Dutilleux, un choix original, mais où ils se montrent pleinement convaincants par la grâce de leurs sonorités, la subtilité des nuances de leur jeu, et par le fait qu’ils font très judicieusement ressentir la place de cette œuvre dans la musique française. Après avoir entendu deux fois le Quatuor de Debussy, écouter celui de Dutilleux vient bien à point…

Après cette riche matinée, au petit jeu des pronostics, nous mettrions volontiers une pièce sur les Varèse et les Shumann. Les Rubens semblent un peu en retrait mais ont eu la malchance de commencer très tôt, alors que les Solstice semblent encore trop tendres.

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- Reggio Emilia
- Teatro Valli
- 13 juin 2011
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor Opus 59 n°2 en mi mineur Razumovsky
- Bela Bartok (1881-1945), Quatuor n°3
- Rubens Kwartet : Sarah Kapustin, Jospeh Pugila, violon ; Roeland Jagers, alto ; Joachim Eijlander, violoncelle
- Claude Debussy (1862-1918), Quatuor en sol mineur Op.10
- Schumann Quartett : Erik Schumann, Ken Schumann, violon ; Ayako Goto, alto ; Mark Schumann, violoncelle
- Claude Debussy (1862-1918), Quatuor en sol mineur Op.10
- Solstice String Quartet : Jamie Campbell, Helena Nicholls, violon ; Meghan Cassidy, alto ; Gregor Riddell, violoncelle
- Henri Dutilleux (né en 1916), Ainsi la nuit
- Quatuor Varèse : François Galichet, Jean-Louis Constant, violon ; Sylvain Séailles, alto ; Thomas Ravez, violoncelle











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