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Preljocaj itinérant à Paris Quartiers d’Eté

mardi 2 août 2011 par Hermine Ferrand

Paris Quartiers d’Eté, le festival qui anime la capitale pendant la saison chaude (en principe...), a accueilli le Ballet Preljocaj pour deux spectacles en deux endroits différents : Annonciation était présenté pour la première fois dans un lieu de culte, en l’occurrence l’église Saint-Eustache dans le 1er arrondissement de Paris. Empty Moves I & II avait investi quant à lui la cour d’honneur des Invalides, où le festival s’est réfugié cette année faute d’avoir pu s’installer, comme les années précédentes, dans la cour du Palais Royal, pour cause de travaux.

Annonciation date déjà de 1996 et fait désormais figure de classique, ayant été récompensée par un prix [1] et étant entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. Cette courte pièce de vingt minute illustre l’épisode biblique de l’annonce de sa grossesse à Marie par l’ange Gabriel. Il s’agit pour le chorégraphe de son premier ballet sur un thème religieux, cette même religion qui l’inspirera souvent par la suite (notamment pour MC/14-22 : ceci est mon corps, Suivront mille ans de calme ...). Le chorégraphe a voulu mettre en scène la venue de l’ange comme une intrusion dans l’univers intime de Marie, et le bouleversement physiologique qu’il crée. S’ensuit une phase de grande animation chez la Vierge, exprimant l’inquiétude ou peut-être la révolte, sur une musique électronique aux intonations biologiques et même chirurgicales. Le calme reviendra (et avec lui, la musique de Vivaldi transcendée par les rythmes électroniques) et les deux danseuses marcheront d’un même pas avant de se quitter. Angelin Preljocaj a choisi une femme pour incarner l’ange Gabriel, tout simplement parce qu’il lui semble plus naturel que ce dialogue se passe entre deux femmes.

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Annonciation
© JC Carbonne

Cependant, cet ange a une allure plutôt autoritaire, si on le compare aux anges soumis et agenouillés des tableaux de la Renaissance. Impossible en effet de ne pas voir ce ballet à l’aune d’un inconscient collectif empli de ces instantanés picturaux. Il est d’ailleurs amusant de noter que le chorégraphe tire de cet épisode biblique un très court ballet, comme une version chorégraphique des tableaux que l’on connaît. La grande nouveauté de ces représentations parisiennes est le cadre de l’église Saint-Eustache. S’il éloigne quelque peu le spectateur de l’action, ce lieu confère une dimension plus spirituelle à Marie, mais souligne aussi, par contraste, l’érotisme dérangeant de cette chorégraphie.

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Empty Moves
© JC Carbonne

Empty moves I & II est un ballet qui porte bien mal son nom. Le concept est né de la bande-son qui l’accompagne : Empty words, un enregistrement de John Cage lisant en public, au Teatro Lirico de Milan le 02 décembre 1977 des fragments et phonèmes tirés au hasard du Journal de Henry David Thoreau (auteur de La Désobéissance civile, en 1849). Le musicien voulait opérer « une transition du langage à la musique, un langage dépourvu de phrases et non limité par un quelconque sujet. » Ce texte absurde, récité sur tous les tons par John Cage, entraîne au bout de quelques temps de vives réactions du public milanais. Preljocaj a voulu rendre ce « vide » par la danse. Quatre danseurs (deux hommes et deux femmes) dansent pendant une heure, dans un ballet sans thème ni argument. Certes, on a souvent l’impression de voir des ballets abstraits, mais ils sont toujours plus ou moins soutenus par une idée. Ici, c’est un flux limpide de pas qui s’enchaîne avec évidence : la logique de la danse pour la danse, sans aucune prétention, et même avec fantaisie. La bande-son utilisée créée, peut-être malgré elle, une poésie certaine qui berce le spectateur. Par son côté ludique et ses costumes naïfs et colorés, le ballet évoque inévitablement Cunningham mais aussi Bagouet, un des autres maîtres de Preljocaj. Loin d’être vides de sens, ces pas ont manifestement beaucoup de choses à raconter.

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- Paris
- Eglise Saint-Eustache
- 22 juillet 2011
- Annonciation
- Stéphane Roy (né en 1959), Crystal Music ; Antonio Vivaldi (1678-1741), Magnificat
- Angelin Preljocaj, chorégraphie et scénographie
- Virginie Caussin, Caroline Jaubert : danseuses
- Nathalie Sanson, costumes
- Jacques Chatelet, lumières

- Cour d’honneur des Invalides
- Empty moves I & II
- John Cage (1912-1992), Empty Words
- Angelin Preljocaj, chorégraphie
- Gaëlle Chappaz, Fabrizio Clemente, Julien Thibault, Yurie Tsugawa : danseurs

[1] Chorégraphie primée au Bessie Award 1997 à la 13ème édition du New York Dance & Performance Award











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