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Pour le concerto de Britten seulement

mardi 18 janvier 2011 par Philippe Houbert
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Janine Jansen
© Decca/Kasskara

Quel drôle de programme l’Orchestre de Paris nous a offert en ce jeudi de janvier ! Deux œuvres concertantes et, pour faire bonne mesure, la deuxième suite de Daphnis et Chloé de Ravel. Sans doute la proximité d’une tournée en Espagne justifiait-elle ce concert qui servait, en quelque sorte, de répétition générale. Delà à transformer un patchwork musical en concert réussi, il y a un monde.

Le concerto pour violon de Benjamin Britten, composé en 1938-9 et créé en 1940, attendait 2011 pour connaître sa deuxième audition par l’une des premières phalanges françaises. C’est dire si Britten, en dehors de ses opéras, du War Requiem (superbe concert l’an dernier) et des quatre Interludes, reste « terra incognita » dans notre pays. Et c’est bien dommage car ce concerto mériterait d’être autant donné que ceux de Sibelius, Prokofiev ou Chostakovitch.

L’œuvre fut composée durant l’exil nord-américain du compositeur. Profondément antimilitariste, Britten fuit les fureurs qui s’annoncent en Europe au printemps de 1939. C’est au cours d’un séjour dans les environs de Montréal qu’il écrit ce concerto dans un esprit très différent de celui pour piano, qui date du printemps 1938. Si ce dernier avait une structure et un discours de style néo-classique, la nouvelle œuvre, sous un discours objectif, reflète certainement une partie des troubles moraux que Britten vivait à l’époque.

La version qu’en donna la violoniste néerlandaise Janine Jansen fut de grande qualité. Cette interprète ne nous était pas apparue, jusqu’à présent, comme une violoniste de très haute volée mais, ici, son investissement dans l’œuvre (un CD paru chez Decca avec le même Paavo Järvi en porte témoignage) est indéniable. Le thème initial du premier mouvement fut donné avec une infinie douceur, au chromatisme très sensuel sur les accords de flûte et de harpe. L’Agitato qui suit fut une merveille de conduite rythmique, respectant parfaitement la fougue du thème.

Janine Jansen nous donna un Scherzo brillant, se jouant des difficultés techniques qui, parait-il, auraient fait fuir Jascha Heifetz lui-même : glissandi, sauts de tierce, de sixte, d’octave, … Peut être manquait-il un brin de sarcasme dans cette version très réussie mais un peu lisse. Dans ces deux premiers mouvements, nous n’avions aucune réserve à exprimer quant à l’accompagnement de Paavo Järvi et de l’Orchestre de Paris. La grande montée précédant la cadence faisant office de transition avec le troisième mouvement étant même remarquable de mise en place. Les choses se gâtèrent légèrement dans cette passacaille finale, si typique de l’écriture de Britten. L’entrée solennelle du thème aux trombones fut ratée et les neuf variations qui suivirent, même si elles furent bien en place, apparurent très peu « Britten », mais plutôt « Sibelius » ou « Nielsen ». La marque de Paavo Järvi, très bon spécialiste du maître finlandais, est elle déjà si évidente ?

En tout cas, Janine Jansen continua à faire merveille dans ce finale, la péroraison finale venant couronner une très belle re-découverte de cette œuvre splendide. Espérons que d’autres violonistes s’y mettront (la discographie en est bien maigrelette encore) et que Paavo Järvi continuera à nous faire découvrir quelques pièces du même tonneau : Britten, Bax, Vaughan Williams, Delius, entre autres, mériteraient une attention du nouveau chef de l’Orchestre de Paris.

Un autre domaine méritant son attention, mais, là, nous sommes beaucoup plus pessimistes, c’est l’adéquation à la musique de Berlioz. L’écoute attentive du Harold en Italie fut assez cruelle à cet égard. La première partie, « Harold aux montagnes », fut encore assez bien rendue avec une très belle entrée d’Antoine Tamestit faisant de son alto plus un commentateur qu’un acteur, ce qui nous semble bien correspondre à la volonté poétique du compositeur. Certes, l’accompagnement orchestral nous parut bien lourd et manquant totalement de brio et de folie dans la coda, mais le pire restait à venir.

La deuxième partie est intitulée « Marche des pèlerins chantant la prière du soir ». Dans les savoureuses « Mémoires », Berlioz nous conte le souvenir attendri des processions religieuses de son enfance et de ces travellings sonores qui allaient influencer son écriture orchestrale. Dans la version que nous donna Järvi, point de travelling. La pièce débute et les pèlerins sont déjà là, devant nous. L’ironie persifleuse du cher Hector, avec ce choral monotone se déroulant comme une psalmodie, est totalement absente, tout étant dirigé de façon très carrée. Nous ne saurions dire si ces problèmes, imputables au chef, eurent une influence sur le jeu de l’excellent Antoine Tamestit mais le thème d’Harold, si beau dans cette pièce, parut bien absent. Où était l’impression de solitude du héros face à l’immensité du paysage environnant ?

Les choses ne s’arrangèrent guère dans la Sérénade de la troisième partie, manquant de feu et trop joliment retranscrite. Quant à l’orgie de brigands finale, si la mise en place orchestrale impressionne, il est permis de se demander pourquoi Järvi y confond Berlioz et Tchaïkovski, l’Italie de l’un et celle de l’autre. Pour un orchestre qui devrait rester marqué par l’ombre du grand Charles Munch, ce fut une dure leçon que de découvrir un Berlioz aussi « estonisé ».

Nous ne dirons pas grand-chose de ce marronnier orchestral parisien que constitue la deuxième Suite de Daphnis Chloé. Sans doute tout orchestre français doit-il mettre cela dans ses bagages lors d’une tournée à l’étranger, bien coincée entre les bérets, les camemberts et les bouteilles de beaujolais. L’œuvre est tellement bien écrite pour l’orchestre qu’on se demande ce qu’un chef peut en faire. L’Orchestre de Paris y fut brillant et Paavo Järvi d’un ennui accablant, tellement les amours de Pan et Syrinx semblaient se dérouler dans une forêt estonienne et la bacchanale finale manquer du nectar cher à Bacchus. A vouloir se montrer trop clinique, on en oublie l’esprit des œuvres.

Un très bizarre concert dont nous ne retiendrons que le concerto de Britten et quelques questions sur la relation privilégiée qui devrait exister entre l’Orchestre de Paris et la musique de Berlioz.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 13 janvier 2011
- Benjamin Britten (1913-1976), Concerto pour violon et orchestre opus 15
- Hector Berlioz (1803-1869), Harold en Italie, pour alto solo et orchestre, opus 16
- Maurice Ravel (1875-1937), Daphnis et Chloé, deuxième Suite
- Janine Jansen, violon
- Antoine Tamestit, alto
- Orchestre de Paris
- Paavo Järvi, direction











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